Fraternité Matin (Abidjan)
Ernest Aka Simon
23 Décembre 2003
Abidjan — Une réflexion sur la presse ivoirienne dans son fonctionnement et sur les rapports qu'elle entretient avec la Minuci (Mission des Nations unies en Côte d'Ivoire). Tel a été le centre d'intérêt de la rencontre que les responsables de Fraternité Matin, conduits par le Directeur général, Honorat Dé Yédagne, ont eue le mardi 10 décembre avec des représentants de la Minuci dans les locaux de l'entreprise.
Les journalistes ivoiriens, en temps de guerre, exercent leur métier sans contrainte. Honorat Dé Yédagne a invité M. Frederic Schohler et Mme Ledron Kadidia, membre de la division de l'Information à l'Onu et chargée de l'information à la Minuci à apprécier cet environnement. Qu'on ne trouve nulle part ailleurs.
Cette liberté, Fraternité Matin l'a conquise au lendemain de l'avènement de l'actuelle Direction générale par une réorientation éditoriale qui l'a affranchie de la tutelle politique. Résultats, le positionnement de Fraternité Matin qui en fait le journal leader ivoirien. Preuve qu'aujourd'hui, selon le Directeur général, les Ivoiriens sont désireux d'une bonne presse. Qui leur donne des informations et non des opinions.
Mais, pour y arriver, la presse a besoin d'un soutien économique. Faute de quoi, prévient Honorat Dé Yédagne, "elle se vend moins cher aux politiques".
Le projet de la nouvelle loi sur la presse pourrait résorber le problème de la presse en Côte d'Ivoire. Le souhait du Directeur général de Fraternité Matin, c'est de voir la Minuci encourager le gouvernement à faire aboutir ce projet. Mieux à faire de l'Olped un moratoire, avec l'onction de l'Onu, pour retirer des cartes de presse. En cas de manquements graves à l'éthique et à la déontologie.
Sous l'égide des Nations unies, Honorat Dé Yédagne propose qu'un séminaire de formation des journalistes soit organisé par l'Olped, avec la participation de juristes étrangers.
Des avis judicieux maintes fois exposés devant des missions internationales en visite en Côte d'Ivoire dans le cadre de la recherche de la paix. Mais sans résultat. Sinon des accusations de ces missions qui, selon Zio Moussa, le conseiller du D.G, traitent la presse ivoirienne de "médias de la haine". Sans discernement.
"Quand nous lisons certains rapports de ces missions, même de l'Onu, nous sommes estomaqués", s'est-il indigné. Zio Moussa a dénoncé le traitement partisan de l'information par certains journaux étrangers qui manipulent l'opinion africaine... voire ivoirienne.
Certes, a reconnu le conseiller du D.G, les médias ivoiriens posent problème. Parce que derrière eux, il y a des hommes politiques. Pour que la presse joue pleinement son rôle, dans un environnement démocratique, Zio Moussa pense qu'elle doit "être soutenue par des organisations internationales".
Dans les accords de Marcoussis, il y avait un volet relatif à l'environnement économique. "Des missions défilent, mais nous ne voyons rien venir". Alfred Dan Moussa, Directeur des rédactions et président de l'Olped, s'inquiète des retombées financières de la production des journaux qui s'amenuisent. Vu que la vente de ces journaux ne couvre pas le territoire national. D'où un "manque à gagner qui menace les salaires des journalistes".
Des émissions de la radio nationale diffusées dans les zones occupées permettraient aux messages de réconciliation nationale de toucher plus de populations. Le président de l'Olped a sollicité le concours de l'Onu, à l'effet de la réunification.
"La presse actuelle est aussi divisée que le pays ne l'est". Le rédacteur en chef central, Lebry Léon Francis a appelé les journalistes à un effort d'ensemble pour accompagner la paix. Avant de faire remarquer que "les rapports entre la presse et la Minuci ne sont pas développés".
Les rapports faits par l'Onu n'ont pas toujours reflété la réalité du terrain, de l'avis de Christian Migan, secrétaire général de Fraternité Matin. Pour lui, le pire serait évité si l'Onu avait, dès le départ, apporté son expertise. Néanmoins, il a reconnu que la presse est partisane. Cette situation, Ferro Bally, rédacteur en chef central, l'explique : "Dans les rédactions, nous avons des journalistes militants qui défendent leur chapelle politique". Ferro Bally fait remarquer que cela ne devrait pas amener les missions des organisations internationales à avoir des clichés préconçus sur la presse ivoirienne.
Ferro a donc demandé à la Minuci d'avoir "des rapports sains avec la presse". Il a appelé de ses vœux le déblocage des fonds notifiés dans les accords de Marcoussis. "Pour que la presse sorte de l'ornière".
Ses voeux ne seront pas exaucés de si tôt. M. Frederic Scohler a déclaré, sans ambages: "ce que je ne peux pas vous promettre, c'est de vous assurer le déblocage de fonds pour la presse". Invoquant, de fait, le caractère politique du mandat de la Minuci.
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