Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Privatisations: l'Etat piégé

Moubarack Lo

23 Décembre 2003


Dans le cadre des programmes d'ajustement structurel, l'Etat du Sénégal a engagé, en 1987, une politique de désengagement du secteur parapublic, marquant ainsi une rupture par rapport à la stratégie mise en oeuvre au lendemain des indépendances. Une vingtaine de sociétés au capital majoritairement public ont ainsi été cédées partiellement ou totalement au secteur privé.

De fait, l'Etat, après un démarrage saccadé de l'exécution du programme, a atteint certains objectifs qu'il s'était fixés, à savoirde réduire son poids dans l'économie, de supprimer les subventions aux entreprises publiques et d'accroître le rôle du privé. Mais un lourd écueil demeure : le secteur privé sénégalais a finalement peu bénéficié des premières vagues de privatisations, contrairement aux expériences des pays émergents. En Malaisie, par exemple, le gouvernement a utilisé les privatisations comme des leviers pour développer une capacité nationale et renforcer la part des entrepreneurs malaisiens dans l'économie, en mettant en place des incitations et en encourageant les joint-ventures entre les Pme, le personnel des entreprises publiques et les investisseurs institutionnels locaux. Ainsi, le capital international est, dans chaque opération, théoriquement limité à 25 %, et doit apporter avec lui une expertise non disponible localement ou des opportunités d'exportation et d'insertion dans les circuits mondiaux. Au contraire, au Sénégal, l'Etat s'est fait piéger en érigeant, parfois sous contrainte, des cahiers de charges qui ne donnaient aucune marge de manoeuvre aux acteurs locaux pour présenter une offre de reprise acceptable.

Or, pour plusieurs sociétés privatisées, parce qu'elles ciblaient le marché domestique, que les sommes en jeu n'étaient pas élevées et qu'une certaine expertise existait sur place, des solutions locales auraient pu être trouvées, en faisant preuve d'innovation et de perspicacité et en concluant, si nécessaire, des contrats d'assistance technique avec des partenaires stratégiques extérieurs. En vérité, il en est des privatisations comme des autres aspects de la politique économique. Parce qu'il ne s'est pas organisé pour penser ses options stratégiques et arrêter sereinement des positions de négociation défendables, l'Etat a eu tendance, depuis le début des programmes des institutions de Bretton Woods, à suivre mécaniquement ou à rejeter leurs orientations, sans chercher à trouver le juste milieu qui lui permettrait de satisfaire concomitamment les exigences d'orthodoxie financière et d'ambition nationale.

La relégation du Plan de développement au second plan en a été la principale raison; car, disparaissaient avec lui les instruments d'une politique globale et cohérente. Il urge donc pour l'Etat de reprendre la main et d'inventer un schéma directeur des privatisations et des grands travaux intelligent, dans le cadre d'une vision plus large de croissance forte, durable et dont les fruits seront équitablement répartis entre les citoyens. Un schéma qui prenne en compte, de manière équilibrée et responsable, les impératifs de développement industriel, d'ouverture au capital international et de promotion des entrepreneurs sénégalais.

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