Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Riziculture : calvaire des femmes de la vallée du Mininki

Sidy Dieng

23 Décembre 2003


Jadis poissonneuse, la vallée du Mininki dans la région de Kaolack, s'est aujourd'hui asséchée.

A en croire des anciens du village Koungheul Socé riverain de la vallée, l'assèchement remonte à très longtemps. Il serait la conséquence de médisances proférées par une femme griotte sur les eaux. Des eaux qui auraient noyé son unique enfant. Dans sa douleur profonde, raconte El Hadji Camara, un vieux notable de la localité, la femme a adressé à la vallée cette prière: "Oh toi vallée qui a englouti l'unique enfant que le Ciel a daigné m'a donné, que ton eau, source de ta puissance infinie, tarisse à jamais." Depuis, poursuit le vieil homme, les eaux se sont petit à petit retirées jusqu'au tarissement total de la vallée.

Aujourd'hui, les femmes de Koungheul Socé s'investissent laborieusement sur le lit du cours d'eau. Elles y pratiquent la riziculture pendant la saison des pluies dans des conditions difficiles. "D'énormes quantités d'eaux pluviales déferlent dans la vallée chaque année après les semis. Dans leur furie et leur hâte de quitter la vallée "maudite" pour se jeter dans le fleuve Gambie, elles emportent avec elles toutes les cultures". Aussi, les femmes se voient-elles obligées de reprendre, à chaque fois, les semis.

Outre la furie dévastatrice des eaux, les femmes de la vallée du Mininki sont confrontées au manque quasi total de matériel agricole. La méthode traditionnelle est toujours de mise dans cette localité. Les sauterelles, les grenouilles et autres insectes prédateurs ajoutent aussi au ravage des cultures. Aussi, Awa Coulibaly, présidente du groupement des femmes de Koungheul Socé lance-t-elle aux autorités mais surtout aux organisations comme Agrecol Afrique à leur venir en aide. Ce d'autant plus que les 14 villages riverains de la vallée et regroupés au sein de son groupement ont tous opté pour l'agriculture biologique. "Ce que nous voulons, c'est une formation dans les techniques culturales modernes et les méthodes de lutte biologique contre les déprédateurs", supplie-t-elle.

A la question de savoir pourquoi n'utilisent-elles pas les produits chimiques comme les pesticides pour leurs cultures, Awa rétorque: "Nous avons juré de plus jamais utiliser de pesticides ou d'engrais. L'utilisation de ces produits, par l'endettement qu'elle a engendré, a été la cause principale de toutes nos malheurs. L'espoir es revenu dans notre contrée quand nous avons décidés de rompre d'avec ces pratiques".

Malgré toutes ces difficultés, les femmes arrivent par la force de leurs bras, à faire des récoltes de 600 kg par quart d'hectare. Quelque 30 hectares sont cultivés par les femmes. Une sous-exploitation des potentialités de la vallée due au fait que la riziculture est un domaine réservé exclusivement aux femmes. Cette exclusivité, Sara Camara, président de l'Union des comités écologiques de Mininki (Ucem) l'explique par le fait que le riz n'est pas l'aliment de base de la localité. Les femmes produisent le riz pour simplement venir en appoint au capital vivrier composé principalement de mil et fonio. D'autres évoquent cependant des difficultés comme le non aménagement des terres et surtout celle relative à la commercialisation. Les femmes de Koungheul Socé vivent aussi le calvaire du manque d'infrastructures sociaux de base. Koungueul Socé ne dispose que d'une case de santé. Le poste sanitaire le plus proche se trouve à quelques quatre kilomètres du village. Il se trouve séparé de ce poste par la vallée. Cette dernière se remplit d'eau pendant l'hivernage et devient impraticable. Une situation qui rend impossible toute évacuation d'urgence pendant cette période. Une autre difficulté est la scolarisation des filles. Ces dernières sont retenues à la maison, confie Souané Camara, instituteur du village, par les mamans pour les seconder dans le travail. Les hommes par contre refusent tout bonnement d'envoyer leurs filles à l'école. "C'est, estiment-ils, une façon de leur éviter tout risque de déracinement. Ils veulent que les filles restent ancrées dans les valeurs de leur société."

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