Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Pierre Caron : Simenon n'était pas une machine littéraire

Propos recueillis par Thiéry Gervais Gango

23 Décembre 2003


interview

Journaliste, juriste et écrivain canadien, il est venu au Cameroun pour parler du père du " Commissaire Maigret ".

Vous venez de passer quelques jours au Cameroun. Séjour au cours duquel vous avez échangé avec journalistes, universitaires et écrivain camerounais sur Georges Simenon et sur le livre (Mon ami Simenon) que vous venez d'écrire sur lui. Quel souvenir gardez-vous de ce voyage camerounais ?

Je vais être plus mesuré en parlant uniquement de Yaoundé. Quand je venais ici, j'ai des amis qui m'ont dit que j'allais avoir un choc. Je ne sais pas à quoi cela renvoyait. Je sais que je repars avec cette image de gens dans la rue qui luttent pour survivre. Je garde par ailleurs un bon souvenir des échanges que j'ai eus avec les écrivains et les universitaires. Nous avons convenu de voir dans quelle mesure nous pouvions, au Canada, diffuser chaque année cinq livres camerounais dans ce pays qui connaît très peu l'Afrique. En échange, nos amis camerounais travailleront pour donner une visibilité aux livres canadiens de leur choix. L'échange sur Simenon était intéressant. Et ça fait plaisir de voir qu'ici il y a un intérêt pour ce grand auteur.

Qu'est-ce qui vous a amené vers Georges Simenon?

C'était purement l'amour de la littérature. Je l'ai découvert six mois à peu près avant de lui écrire. Je savais qu'il était là, qu'il écrivait beaucoup... Je me méfiais cependant qu'il soit une recette. Je m'en tenais un peu éloigné. Mais un jour, mon épouse m'apporte trois de ses oeuvres en même temps. J'ai aimé. Je lui ai écrit pour dire que j'étais étonné qu'on puisse faire des livres avec des choses toutes simples. Il m'a répondu et ça s'est poursuivi.

Votre livre s'intitule "Mon ami Simenon". C'est un livre sur un ami ou sur quelqu'un dont la démarche vous a séduit ?

L'ami Simenon, c'est le personnage avec lequel je me suis beaucoup entretenu par correspondance et qui m'a enseigné tant de choses, notamment la simplicité des choses à dire, l'amour des siens et surtout le bonheur qu'on peut avoir à être en famille. Dans le ton de ses lettres, il ne s'agissait pas de littérature. Je n'ai pas l'impression qu'il s'est agi de cela entre-nous. Encore moins de propos intellectuels. C'était un homme et non une machine de l'écriture. Il était très heureux de marcher, de faire des choses simples que sa notoriété et son statut auraient pu l'empêcher de faire. Certains journalistes ont été déçus en découvrant le livre. Ils s'attendaient à des lettres très intellectuelles, très stylées, très raisonnées. Ils ont eu droit à des choses très simples.

Votre livre est-il donc un hommage à un ami ?

Le livre a pour prétexte la littérature. Il s'agissait de dire aux gens comment et pourquoi on peut devenir un accro de la littérature. Pourquoi on lit sans se lasser et comment on peut s'enfermer pendant de longues heures, des jours et des nuits entières seul à seul avec soi-même pour créer, inventer des personnages et des histoires, etc. C'est ce que j'ai voulu raconter. Le prétexte a été Simenon. Comme je ne suis pas un écrivain célèbre, je ne suis pas sûr que cela intéresserait les éditeurs que j'écrive à la première personne des choses qui me concernent. Simenon m'a permis de le faire avec beaucoup plus de chance.

Au cours de votre séjour à Yaoundé, on a très peu parlé de vous, de vos origines

Liens Pertinents

Je suis né dans une famille extrêmement modeste. Je n'ai aucune idée de 50% de mes origines. A un an, j'ai été adopté par un couple qui a assuré mon éducation jusqu'à l'âge de 10 ans par-là. J'ai ensuite continué dans les internats. Par la suite il m'est arrivé une chance extraordinaire. J'ai gagné, vers 14 ans, un concours littéraire qui a fait qu'on me prenne dans un journal local pour faire des articles. Fort de cela, je suis allé m'installer à Québec. Je travaillais dans plusieurs journaux en même temps que je préparais ma licence en lettres. Ensuite je vais à Montréal où je vais continuer à travailler dans des journaux et notamment ce que nous appelons les journaux artistiques. C'est un peu du "people". Par la suite, je vais travailler pour La Presse, le quotidien le plus important de langue française en Amérique du Nord. A un moment, j'ai eu envie d'aller faire des études de droit. Pour les payer, j'ai été chauffeur de taxi de nuit. Après mes études de droits, j'ai travaillé pour un hebdomadaire et pour un certain nombre de journaux, même d'obédience anglo-saxonne. A cette époque, j'ai été amené à écrire trois nouvelles par semaine. Par la suite, j'ai décidé de ne plus travailler avec les journaux. Je voulais faire une carrière d'écrivain.

Qu'est-ce qui vous pousse alors à la décision ?

La raison pour laquelle on écrit, c'est la liberté. Pour moi, écrire, c'est un geste de pleine liberté. Je voulais être libre. Je ne voulais pas qu'on touche à mon écriture.

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