Faouzia Ababsa
25 Décembre 2003
Deux ans après sa démission du gouvernement et la publication d'un mémorandum de sortie de crise, Ahmed Benbitour revient à la charge. Il annoncera d'abord son intention de briguer un mandat de cinq ans pour les présidentielles.
Pour ce faire, et depuis cette annonce, il ne cesse de multiplier les sorties médiatiques. Hier encore, l'ex-chef de gouvernement a rendu public un manifeste qu'il a intitulé «Manifeste pour l'Algérie». Un document divisé en trois chapitres. Dans le premier, l'ex-ministre des Finances jusqu'en 1997 explique les raisons qui l'ont poussé à rédiger un tel texte. D'entrée de jeu, M. Benbitour se défend de ce qu'il soit un programme dissimulant «une quelconque ambition politicienne démesurée». C'est au contraire, estime le rédacteur, une «action d'aiguillage et/ou un tableau de bord pour l'avion-Algérie, longtemps cloué au sol, afin de permettre cette fois-ci une véritable opération de décollage».
Ratissant large, l'ex-sénateur du tiers présidentiel indique que le manifeste s'adresse à «toutes les Algériennes et à tous les Algériens, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, conscients de la gravité de la situation». Une gravité qu'il avait déjà décrite, il y a à peine quelques jours et dont les responsables directs ne sont autres, selon lui, que les dirigeants actuels du pays. Une situation grave qui, d'après lui, si elle «est reconduite, fera exploser le pays». Ahmed Benbitour estime que le document rendu public est «porteur de changement» et s'inscrit dans cette «optique en proposant sa conception architecturale et son plan d'aménagement. Ce seront la promotion d'une large mobilisation collective pour assurer le succès aux décisions fondamentales initiées, la mise en place des outils et des mécanismes indispensables à la réalisation de l'objectif défini, la sécurisation du processus de changement contre toute pratique de régression ou de statu quo». Ce changement, selon l'ex-chef de gouvernement, ne peut intervenir qu'en faisant basculer l'Algérie dans une véritable transition démocratique, à l'image de ce qui s'est fait dans d'autres pays, «ayant déjà connu les sévices de partis uniques, dictatures ou guerres civiles».
Le cas échéant, le pays «empruntera définitivement les chemins de la division, de la décrépitude et de l'inconnu». Et pour amorcer ce changement, M. Benbitour ne propose pas moins qu'un «partenariat politique, à finalité démocratique et de libération de la société». Il avertit cependant que ledit partenariat ne doit aucunement signifier «un partage du pouvoir ou autres cohabitations malsaines au nom d'un quelconque "gouvernement d'unité nationale", dont les pratiques et malversations ne sont plus à décrire ou à dévoiler».Dans le second chapitre, Ahmed Benbitour indique que le manifeste s'adresse à l'ensemble des partis politiques, «toutes tendances confondues, à l'institution militaire, à la société civiles, mais aussi aux éventuels candidats aux présidentielles». Aux partis politiques, il lancera : «Cessons les faux débats ! Arrêtons d'attendre que le changement vienne d'ailleurs et unissons-nous autour d'une concertation partagée et agissons ensemble pour le statut de notre pays et des générations à venir !» Un appel qui ne risque pas d'être entendu de sitôt, Ahmed Benbitour n'ayant pas répondu à l'invitation d'assister aux états généraux des démocrates républicains. A l'institution militaire, il fera un appel du pied en l'exhortant non «à reproduire le passé et consacrer le statu quo ni d'observer le silence en signe de neutralité politique» mais à «démilitariser les esprits et contribuer avec d'autres acteurs politiques, économiques, intellectuels ainsi que les médias, à un engagement irréversible du pays dans une transition démocratique».
En fait, Ahmed Benbitour, à l'instar d'autres personnalités politiques, se refusent à ce que l'armée sorte totalement du champ politique. En ce qui concerne la société civile, l'ex-chef de gouvernement estime qu'il faut qu'elle se mobilise. «Critiquer le pouvoir en place est devenu monnaie courante. Mais responsabiliser les différentes composantes de notre société n'est pas encore un discours accepté. Car la culture victimaire a pris le dessus sur le sens du devoir et de l'engagement.»Dès lors, estime l'ex-sénateur, «nous sommes tous, chacun à son niveau et à son degré de conscience, indépendamment de la faillite morale et politique du régime, responsables du labyrinthe dans lequel nous nous trouvons actuellement».Enfin, s'interdisant de donner un quelconque conseil aux éventuels candidats à la Présidence, Ahmed Benbitour n'en attire pas moins leur attention sur le fait que «l'élection présidentielle ne devrait pas être une fin en soi». Sinon, estime-t-il, elle ferait dans le «clonage politique et la reconduction du statu quo et du même régime avec d'autres personnes mais avec les mêmes pratiques pour les mêmes résultats sinon d'autres plus graves. Cette élection doit être un moyen et un outil pour une transition démocratique en mesure de préparer l'Algérie à répondre aux grands défis de demain».En somme, Ahmed Benbitour propose la constitution d'un «Front patriotique de transition» dans lequel pourrait se retrouver l'ensemble des partenaires et de définir la période de transition.
Il reprendra ses propositions, à savoir «l'endiguement de la crise» par la «mise en place d'un vaste programme de bonne gouvernance, basé sur la participation égale et le traitement égal, ainsi que la transparence et la contestabilité, afin de séparer sensiblement le gap qui sépare gouvernants et gouvernés». L'endiguement de cette crise s'étalera sur une année. A partir de 2005, il s'agira, selon l'ex-chef de gouvernement, de s'atteler à «l'achèvement des transitions». Alors seulement seront réunies les conditions de la consolidation «du système démocratique», avec l'organisation d'élections législatives et communales.M. Benbitour conclura son manifeste en appelant «les Algériennes et les Algériens et tous ceux à qui est adressé le document à engager un débat autour de ses propositions en s'engageant à contribuer, avec toutes les forces créatrices de mon pays, sans exclusion et sans jugements de valeur, dans l'élaboration et l'exécution de tout projet en mesure d'aider l'Algérie et son peuple à sortir de leurs crises et leur éviter le chaos et l'éclatement». Le but de tout cela étant, bien sûr, comme il l'a déjà affirmé dans de précédentes occasions, de «barrer la route à la réélection de Abdelaziz Bouteflika».
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