La Presse (Tunis)

Tunisie: 79 oeuvres de Raouf Zarrouk à la galerie Chérif Fine Art : dichotomie et frénésie créatrice

Adel Latrech

23 Décembre 2003


L'exposition qui se tient à la galerie Chérif Fine Art à Sidi Bou Saïd est de Raouf Zarrouk, un transfuge qui nous vient de New York où il a élu domicile depuis 35 ans.

Très jeune, il se fait remarquer par son talent. Jean Cocteau ou encore Max-Paul Fouchet, dont il devient l'ami, l'encouragent à poursuivre l'élan créateur qui couve en lui. En 1967, il est invité au Liban pour une exposition. Pris sous le charme de Beyrouth, il y reste un an. En 1968, il retourne à Paris, c'est le mois de mai, la capitale française est en proie à des agitations estudiantines et le théâtre d'événements précurseurs d'un ordre nouveau. Zarrouk décide alors de traverser l'Atlantique et de tenter l'aventure ailleurs.

Happé au vol par l'intensité des activités culturelles et étourdi par la frénésie du mouvement pictural qui distingue New York de tout ce qu'il a vécu précédemment, Raouf Zarrouk s'y installe définitivement et fait carrière. Une brillante carrière puisque le Centre Georges-Pompidou, le Musée d'art moderne de Paris, le musée Wilson de Genève, la Fondation David Rockfeller et la Présidence de la République libanaise collectionnent ses oeuvres.

Un artiste «global»

Les 79 toiles exposées sont là pour démontrer qu'il s'agit bien d'un artiste «global» comme on se plaît à le qualifier outre-Atlantique. Une peinture à multiples facettes, à base, essentiellement, de fusain, d'huile et d'aquarelle. L'artiste semble suivre de près les recherches picturales modernes qui se font aux Etats-Unis. Ce qui n'empêche pas sa peinture d'être authentiquement tunisienne, à quelques exceptions près. New York, Est- River, Brooklyn Birdge, Mohican et Indian Lake constituent, à eux cinq, la période américaine.

Raouf Zarrouk pratique d'une façon originale ce langage international qu'est devenu le collage en introduisant des éléments hétérogènes créant de la sorte, et dans le tableau, des contrastes inattendus. C'est le cas de «Fenêtre fleurie». Il utilise également le montage qui donne de la profondeur à certains tableaux.

Fenêtres ouvertes on allitération des thèmes débattus

Des fenêtres, il y en a. Des écrans carrés, sorte de vitrines qui s'ouvrent sur le large et qui préfigurent une prédisposition, une tendance aux voyages, aux escapades.

Cette prédisposition naturelle ne serait-elle pas annonciatrice par avance d'un éclectisme qui refuse les systèmes préétablis et qui s'intéresse à tous les sujets? D'où ce vertige kaléidoscopique qui s'empare de vous. Cette frénésie créatrice chez Raouf Zarrouk se devine dans les nombreux thèmes abordés dans ses tableaux. La mer, les barques, le marin, le poisson, les femmes nues ou voilées, les Berbères, la Castafiore, la Simpson, la préhistoire et la série consacrée à la Grèce antique; tous ces tableaux constituent une espèce d'allitération des thèmes débattus.

«Deux bouteilles», «La pastèque», «Fruits de mer», «Les poissons» : tableaux après tableaux, invariablement, les mêmes objets sont posés ou peints de la même façon, dans des tons pâles, gris, bleus, orange, devant des fonds monochromes. C'est la même toile et ce n'est jamais la même, comme dans les écrits de Marguerite Duras où les variations de tons sont imperceptibles, où les silences ont autant de poids que les mots.

Les vides, les espaces, les ombres, les écarts d'échelle comptent dans la peinture de R. Zarrouk autant que les objets eux-mêmes. Une si belle exposition, en 79 peintures, dessins et miniatures, à méditer sous le ciel hivernal de Tunis.

La peinture de l'inconscient

Liens Pertinents

R. Zarrouk qualife sa peinture de l'inconscient qui ne connaît ni le temps, ni la réalité extérieure. «C'est une méditation spirituelle entre les thèmes de ma période antéaméricaine et les diagrammes de ma vie actuelle, aux Etats-Unis.

Une sorte de corrélation, de dépendance de deux phénomènes qui se succèdent et aboutissent en fin de compte à un même but. Celui de la recherche de soi ! Et pourtant, je continue à fuir le monde du réel. Si mon port d'attache se situe aujourd'hui en Amérique, c'est par dichotomie que je le fais. Je tiens à vivre deux concepts par opposition, deux faces d'un même phénomène : l'acceptation et le rejet que nous avons, à la fois, de la culture occidentale.

Cet antagonisme ou cette dualité, je l'ai traduite dans ce portrait du «Marquis de Sade» auquel j'identifie, de la manière la plus sadique, l'Occident».

Cette exposition à laquelle est associé le Rotary Club de l'Ariana, la Rose est à l'affiche jusqu'au 14 janvier prochain.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2003 La Presse. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Tunisie

Rubriques