Bakayoko Youssouf
30 Décembre 2003
Lentement, mais sûrement, le Liberia sort de l'ornière. Quatorze ans de guerre civile dévastatrice dans ce pays avec plus de 200 000 morts et quelque 750 000 déplacés ont créé une situation humanitaire désastreuse.
La signature d'un cessez-le-feu à Accra au mois d'août dernier entre les différentes factions armées a jeté une lueur d'espoir sur le pays des anciens esclaves. Aujourd'hui, loin d'avoir définitivement retrouvé le chemin de la paix avec le départ, le 11 août en exil au Nigeria de Taylor, l'ancien chef de guerre, le Liberia est en train de renaître de ses cendres. Des changements notables sont amorcés. Avec le concours de la communauté internationale, les habitants de Monrovia ont à nouveau goûté à l'eau courante et aux bienfaits de l'électricité après une interruption de sept ans. Sans oublier l'état de la voirie qui est en train d'être amélioré par les soldats de la MINUL. Ces travaux dont les maîtres d'ouvrage restent les casques bleus offrent du travail à une importante frange d'une population qui ploie sous le poids d'un taux de chômage de 85 %. Une occupation qui, du reste, a encouragé les anciens combattants à ranger les armes dans les rateliers. Le processus de désarmement a pu être amorcé sous l'égide des soldats de l'ONU. Même s'il faut en convenir, le processus a pris un faux départ parce que mal ficelé. L'engouement était réel chez les partisans de Taylor et les autres factions.
Jusqu'avant la suspension du processus dont la reprise est prévue à la mi-janvier, quelques 12 000 combattants, toute tendance confondue, ont pu facilement déposer les armes. Cependant, beaucoup reste à faire pour désarmer, démobiliser et réinsérer environ 40 000 miliciens ou soldats gouvernementaux. Petit à petit, les scènes de pillages de soldats en armes sont en train de chuter. Même si cela subsiste encore dans les contrées les plus reculées. La vie est en train de renaître là où l'espoir était perdu.
L'effet est ressenti jusque même dans le panier de la ménagère. Un pari réussi par le président intérimaire, Gyude Bryant qui l'a promis, le 14 octobre, date de son investiture. Un sac de riz s'achète aujourd'hui entre 17 et 19 dollars US contre 100 dollars pendant les combats entre le LURD, les soldats pro-Taylor et le MODEL. Le prix du carburant a lui aussi chuté de façon drastique. De 1000 dollars libériens, aux heures chaudes de la guerre, il est descendu à 100 dollars libériens. Les fonctionnaires, eux, voient le bout du tunnel. Taylor avait réussi à accumuler 12 à 15 mois d'arriérés de salaires. Mais, Guyde Bryant a réussi à leur verser, chaque fin de mois, leur salaire. Bien malheureusement, des écueils demeurent sur la voie de sortie du chaos. Il est vrai que les canons ont cessé de tonner, mais les conditions de vie, de transport des populations ne sont pas des plus reluisantes. Monrovia, avec ses 1,4 million d'habitants, manque d'hygiène. Les écoles n'ont pas encore totalement ouvert les portes. L'économie ne s'en porte pas toujours mieux malgré ces signes de reprise d'un train de vie normal. Les investisseurs, avec la psychose de guerre, ont du mal à mettre la main à la poche. Jacques Klein, le représentant de Kofi Annan est d'avis avec eux. "Personne n'investira un centime au Liberia tant que les combattants s'y promèneront avec des armes", avertit-il.
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