Il y a moins de trois semaines, les chefs d'Etat de l'UMA ont solennellement déclaré leur engagement à renforcer les mesures de confiance dans tous les domaines, à oeuvrer en commun pour la lutte contre les fléaux représentés par le terrorisme sous toutes ses formes ainsi que le crime transnational organisé (trafic de stupéfiants et d'armes, et le blanchiment d'argent).
Ils ont également affirmé leur détermination à consolider davantage la coopération en matière de sécurité entre leurs pays et de s'appuyer sur le «Pacte pour la paix et la stabilité dans le Bassin occidental de la Méditerranée», présenté par la Libye. Sur le plan économique, les cinq Maghrébins ont insisté sur la nécessité de promouvoir le processus d'intégration économique régionale et sous-régionale, à travers la création d'une zone maghrébine de libre-échange. Celle-ci apparaît comme l'un des instruments de réalisation de cette intégration. Toutes ces bonnes résolutions ont été prises à Tunis lors du sommet des chefs d'Etat et de gouvernement des pays du Bassin occidental de la Méditerranée. Elles ont fait consensus parmi les responsables politiques qui, aujourd'hui, ont refusé de se rassembler autour d'une même table pendant deux jours. Les tables de Tunis sont-elles, à ce point, plus accueillantes que celles d'Alger ? Pourquoi les déclarations de bonnes intentions joliment formulées, les engagements diplomatiques dépourvus d'obligation et les voeux pieux dévotement énoncés lors du sommet des 5+5 étaient-ils impossibles à reformuler lors du sommet des 5 ?
Car il est bien évident que les ambitions du VIIème sommet de l'Union du Maghreb arabe n'étaient pas démesurées. Nul, en effet, ne s'attendait à voir cette communauté devenir l'espace de coopération multilatérale qu'elle est supposée être. Pas plus que l'on n'espérait assister à la résolution du contentieux historique entre l'Algérie et le Maroc ou à la disparition des tensions entre la Libye et la Mauritanie. Intervenant très exactement 16 jours après la rencontre euro-méditerranéenne, l'annulation du sommet de l'UMA n'est pas tant l'expression notable de l'incapacité des Etats du Maghreb à résoudre leurs conflits (cette résolution n'est pas évidente et encore moins simple) mais la démonstration saisissante de leur inaptitude à y faire face seuls. Cette incapacité affichée de faire à 5 ce qu'ils se sont empressés d'exécuter à 10 suscite des questions dont les réponses risquent fort d'être, sinon douloureuses du moins déplaisantes à entendre.
Généreux en discours relatant les vertus de la fraternité, ils refusent de se réunir de façon formelle. Insistant sur la nature commune des menaces qui pèsent sur eux, ils s'accusent mutuellement d'entretenir les tensions nationales respectives. Prompts à réagir à la moindre tentative d'ingérence extérieure, les dirigeants maghrébins finissent par ne se parler qu'en présence des «étrangers». Situation d'autant plus troublante que ces «étrangers» ne sont pas neutres quant à la persistance de certains conflits, lesquels permettent l'intrusion d'influences extérieures. De plus, ces «étrangers» ne cessent d'être sollicités. De la promotion des investissements et l'accroissement des flux touristiques à la protection de l'environnement, en passant par la consolidation de l'infrastructure de base, le soutien financier (Facilité euro-méditerranéenne d'investissement et de partenariat et la Banque euro-méditerranéenne) et la protection de l'héritage civilisationnel commun, les demandes sont innombrables et de toutes natures. Mais le plus affligeant n'est-il pas que ces demandes soient dispersées ? Constamment et irrémédiablement dispersées.Dispersées en dépit des résultats mitigés depuis le lancement de Barcelone et malgré le rang aligné pour la circonstance face à la puissante Europe unie.

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