Leila Hallaoui
9 Janvier 2004
Des inquiétudes surgissent à l'approche de l'accord de libre-échange entre le Maroc et les Etats-Unis
L'approche de la signature de l'accord de libre-échange entre le Maroc et les Etats-Unis provoque une vive tension du côté du Collectif de défense et de promotion des médicaments génériques. C'est le silence qui entoure ce prochain engagement du Maroc qui perturbe le plus ce collectif qui a réouvert, mardi soir à Casablanca, un débat sur l'accès des citoyens aux médicaments dits génériques.
L'initiative devait réitérer, en fait, l'appel unanime du collectif à faire des médicaments génériques au Maroc une voie de guérison adaptée aux moyens du consommateur, mais aussi, de développement pour nos industriels pharmaceutiques. Pour cela, le collectif croit en le pouvoir de la sensibilisation et tente donc, depuis sa création en septembre dernier, de susciter la réflexion sur le sujet.
Chose faite après la table ronde organisée à Rabat en octobre pour exhorter toutes les parties concernées par le sujet à réagir (commerce extérieur, santé et finances, industrie pharmaceutique et associations). Les pouvoirs publics ont en effet réagi par la tenue de deux réunions, l'une avec la participation des industriels en présence des négociateurs marocains chargés des questions relatives à la propriété intellectuelle. Tandis que l'autre a associé aux industriels les représentants de la société civile et a été présidée par le Premier ministre lui-même.
Donc, il est clair que le gouvernement est totalement conscient de l'enjeu que représente le médicament générique sauf que cela ne peut pas à lui seul dissiper les inquiétudes. Le collectif l'a amplement souligné au cours de sa dernière rencontre en dénonçant l'embargo qui pèse sur le texte de l'accord bilatéral et l'urgence de le lever le plus tôt possible. "Nous n'avons aucune idée sur le sort qui sera réservé au médicament générique dans cet accord ni si le citoyen y aura droit", a déclaré Mme Nadia Bezzad, vice-présidente de l'Organisation pan-africaine de lutte contre le sida (OPALS) et présidente de l'OPALS-Maroc.
Ce libre-échange a, en effet, fait parler de lui mais en ce qui concerne l'agriculture et le textile seulement, alors que les termes de l'accord comprennent aussi ce secteur très sensible qu'est le médicament dans notre pays. L'inquiétude se trouve ainsi légitimée d'autant que des rumeurs circulent sur l'existence préalable d'un compromis sur deux articles, 9 et 10, se rapportant aux dispositions de prorogation de la période de monopole sur les brevets. Et c'est justement cela que craignent les professionnels du secteur pharmaceutique national pour qui un "oui" dans ce sens-là signifie la fin.
Il est urgent pour le gouvernement de faire une déclaration officielle à ce propos afin que l'avenir du médicament au Maroc ne soit pas sous l'emprise de prédateurs qui en ont fait un marché juteux de plusieurs milliards de dollars.
Et, il n'y a pas que le collectif qui tire la sonnette d'alarme, les Médecins sans frontières l'ont rejoint pour exiger eux aussi que le texte du projet de cet accord de libre-échange soit rendu public. Et ce, afin d'effectuer une analyse éclairée des dispositions sur la propriété intellectuelle. L'organisme "MSF" appelle de même le gouvernement à rejeter toute disposition de ce type (ADPIC) pour que le Maroc puisse remplir son engagement issu de l'Accord de Doha d'assurer la protection de la santé publique et la promotion de l'accès à tous les médicaments. Car dans le cas contraire, souligne MSF, la signature de cet accord limitera considérablement les circonstances dans lesquelles des licences obligatoires peuvent être délivrées pour des médicaments et étendra la durée de protection des brevets pharmaceutiques au-delà de 20 ans requis par l'accord sur les ADPIC. Les conséquences se traduiront aussi, selon toujours MSF, par l'attribution d'un pouvoir injustifié à l'autorité d'enregistrement des médicaments pour faire respecter les brevets pharmaceutiques et de droits exclusifs sur les données pharmaceutiques.
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