Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Congo-Kinshasa: Ainsi parlait Mobutu

De Xavier Messe

28 Janvier 2004


Le maréchal Mobutu est debout dans une limousine décapotée. Il descend l'imposant boulevard Lumumba qui fend le luxueux quartier la Gombé en deux pour se rendre au Mont Ngaliéma, sa résidence de chef d'Etat.

Le maréchal Mobutu est debout dans une limousine décapotée. Il descend l'imposant boulevard Lumumba qui fend le luxueux quartier la Gombé en deux pour se rendre au Mont Ngaliéma, sa résidence de chef d'Etat. De part et d'autre les populations acclament le " président fondateur " du mouvement populaire pour la révolution (Mpr).

La canne en ébène massif levée vers le ciel dans une main, l'autre main salue la foule en transe.

Le soir, Mobutu fait venir à lui Mokolo Wampombo, directeur général du centre national de documentation (Cnd) service de renseignement et la police politique zaïroise. Il l'interroge : " comment se porte mon peuple ? " Le débonnaire directeur général répond : " président-fondateur, le peuple est content. Il vous aime " Mobutu reprend : " dites à Sakombi Enongo (ministre de l'Information) de poursuivre son travail de sensibilisation".

Pendant ce temps, à Matongè et à Kingamboua deux quartiers populeux de Kinshasa, le peuple en guenille boit la " Primus ", danse Franco, oublie sa misère. Dans d'autres villes de l'immense Zaïre, le spectacle est le même : on s'ennuie, on chante, on danse, on vote massivement à chaque fois

Quelques années après, en 1998, la limousine de Mobutu fermée remonte le boulevard Lumumba en sens inverse sous la pluie des jets de pierres. Elle se dirige à l'aéroport de Ndjili. Mobutu s'en va, honni, hué par le même peuple qui l'acclamait hier. Il ne reviendra jamais vivant à Kinshasa.

Ces images portées, on les retrouve partout où les dirigeants, enfermés dans leur palais marbré, refassent de voir la misère du peuple qui grandi. Ils se fient aux motions trompeuses et flatteuses des zélateurs des régimes. En politique comme dans d'autres domaines, l'histoire nous apprend que les grands hommes arrivent aux affaires avec un programme ambitieux. Ils le réalisent dans le temps et dans l'espace. Ils s'en vont. L'histoire les inscrit au panthéon de l'Universel. Ce n'est jamais la longévité aux affaires qui les y conduit. Les exemples sont légion.

Paul Biya ne lit pas que Machiavel. Il a lu - je crois - Voltaire et Tocqueville. Peut-être Tchakoutine aussi. En écoutant les appels du collectif des présidents du Rdpc du Wouri lui demandant de faire abroger la loi qui limite le mandat présidentiel, il devrait penser aux thuriféraires du régime de Mobutu. Le peuple silencieux, parfois aphone, mais de plus en plus nombreux, de plus en plus pauvre, pourrait un jour avoir une réaction imprévisible. Ce ne serait pas faute de l'avoir sut, mais de ne l'avoir pas écouté.

"Ne m'appelez plus journaliste !"

Un étudiant en journalisme m'interroge : " avez-vous un journaliste que vous appréciez le plus ? " Au risque de choquer certains de mes confrères camerounais pétris de talents, c'est le nom de Sennen Andriamirado qui me vient aussitôt à l'esprit. Ce Malgache nous a quittés il y a bientôt cinq ans ; il était journaliste à l'hebdomadaire tunisien " Jeune Afrique " paraissant à Paris. Sennen, comme nous aimions l'appeler avait tout du bon journaliste : un sens poussé de l'information, curieux, doté d'une immense culture générale, le tout aboutissant sur une plume acerbe. De tout le temps que je l'ai connu, Sennen ne s'était jamais départi de son éternel calepin et de son stylo. Il note tout, relève des détails dans ses notes. Il ne décroche le téléphone qu'après avoir ouvert son calepin. Il lisait une dizaine de journaux par jour, avec la même aisance en français qu'en anglais.

Politiquement engagé, Sennen parvenait toujours à dominer ses pulsions idéologiques pour privilégier l'information, le commentaire ou l'analyse dépouillés de tout esprit de partisianisme. Journaliste à l'esprit indépendant, il avait poussé son goût de liberté en déclinant poliment une offre d'argent qu'un chef d'Etat africain lui faisait au terme d'une interview en ces termes : " merci monsieur le président, je suis en mission et le journal a pris en charge toutes mes dépenses ! "

A voir des confrères qu'on a coutume d'appeler les " journalistes du Hilton " se bousculer pour exiger les perdiements après une conférence de presse, après la " couverture " d'une réunion ; à les voir fabriquer des " articles " hybrides et réclamer des paiements, à s'imaginer comment ils publient des documents calomnieux sur des personnalités que d'autres cherchent à ternir l'image en les discréditant, à savoir que toutes ces brebis galeuses se font appeler néanmoins " journalistes ", Sennen Andriamirado se retourne tout le temps dans sa tombe en criant : " Ne m'appelez plus journaliste ! "

Caetano Veloso et ses écoles

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Vu d'Afrique, le nom du Brésil évoque le football d'abord, la Samba ensuite. Cette musique qui meuble les nombreux carnavals que les Brésiliens organisent le long de l'année est aussi une grande activité qui s'apprend dans des écoles spécialisées. En dépit de la présence de nombreux Noirs au Brésil, ou de sa proximité du sud des Etats-Unis où les Noirs américains jouent le blues et le jazz, le pays du roi Pelé est resté insensible à la musique noire. Paradoxalement, c'est un Brésilien à la peau blanche, Caetano Veloso, chanteur et guitariste adulé qui pratique le jazz dans son pays. Il joue la Soul music en martelant ses phrases d'un dicton emprunté au rapp. Veloso avoue aimer la voix suave de Brook Benton, ce monstre de blues qui, ayant cessé d'enregistrer il y a plus de trente ans, ses disques caracolent toujours au sommet des hits parades dans le sud des Etats-Unis.

Caetano Veloso n'est pas que musicien. Il écrit des ouvrages. Il a publié une autobiographie intitulée " Pop tropicale et révolution " et une anthologie musicale, " Antologia ".

Politiquement engagé à gauche, Veloso n'aime pas le rock parce qu'il ne charrie aucune trace de révolte. Son camarade de philosophie à l'université devenu chanteur et guitariste comme lui, Guberto Gil est aujourd'hui ministre de la Culture du président Lula. Veloso a 60 ans aujourd'hui, plus célèbre et plus énergique que jamais. Lorsqu'il évoque les années 70 où les militaires brésiliens l'avaient exilé avec son ami Gil à Londres en les obligeant à payer de leurs poches leur voyage, Velosa commente : " C'était aussi, une école comme la philo à l'université ou l'apprentissage de la guitare "

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