Il est le nouveau venu dans le monde des fanatiques des Lions Indomptables. Rien ne lui résiste. Une autre coqueluche des gradins est née.
« Marimar du Cameroun » est à coup sûr le supporter le plus en vue des Lions Indomptables à Tunisie 2004. Ngahane Ndambeun Jean Pierre, 28 ans sonnés, ne passe pas inaperçu dans les gradins du stade, à l'occasion des matches de l'équipe nationale du Cameroun à cette 24 ème édition de la Coupe d'Afrique des nations de football. En effet, le jeune fan des Lions Indomptables est une infatigable bête de scène dans les stades de football.
Le match de Marimar du Cameroun se conjugue généralement en deux verbes : chanter et danser. Avant le match, c'est lui qui lance le cri de ralliement aux Lions Indomptables. « Allez Les Lions ! Allez les Lions On va gagner », entonne-t-il Repris en choeur par les autres supporters de l'équipe nationale du Cameroun, le cri de ralliement a pour effet de mettre l'ambiance dans des gradins refroidis par la fraîcheur hivernale de Tunisie. Et déjà, les chansons se succèdent les unes aux autres. Aux commandes, pour battre la mesure, un certain Marimar du Cameroun. Coiffée sous des traits féminins, la vedette des gradins chante et danse joyeusement sous les regards admiratifs de ses compatriotes et du public. Le spectacle attire par ailleurs les foules. Et très souvent, Marimar du Cameroun inspire les uns et les autres. Le coin se transforme alors en bal dansant à ciel ouvert.
L'attraction du match sur l'aire de jeu finit toujours par reprendre le dessus. Mais, Marimar du Cameroun n'en a cure. « Je continue à mettre l'ambiance jusqu'à la fin du match. Même si tous les regards sont orientés sur les vingt-deux acteurs de l'aire de jeu », explique le jeune homme. Et de poursuivre : « à la mi-temps, je continue à entretenir la bonne humeur, soit en dansant, soit en faisant la comédie ».
Can 2004
Au fait, qui est cet inconnu des milieux de l'équipe nationale du Cameroun ? « Je suis comédien. Je me masque en femme par défi. Juste pour prouver aux uns et aux autres que la comédie n'est pas la chasse gardée des hommes. Je suis aux côtés des Lions Indomptables grâce au Pari mutuel urbain du Cameroun (Pmuc), l'un des tops sponsors des Lions Indomptables ». C'est clair : les sorties enlevées du jeune artiste cachent une opération marketing. La preuve : les costumes arborés par l'animateur et non moins amuseur public sont aux couleurs du sponsor bienfaiteur. Le prix à payer pour un voyage tous frais compris !
Il n'en saurait être autrement. « La plus grande difficulté dans ma carrière est la précarité financière. Je suis très mal rémunéré. Je n'arrive pas à joindre les deux bouts », jette t-il sans honte. L'histoire de sa carrière est en effet celle d'un jeune homme désabusé par le métier de sa vie. « J'ai fait mes débuts de comédien à l'école primaire. J'animais souvent les soirées culturelles à l'occasion des fêtes de la jeunesse. Mes sorties étaient toujours à succès. Pourtant, je me retrouvais sans le sous à la fin de mes prestations ». Aussi, décide-t-il de mettre sa carrière en suspens. Le temps pour lui de mûrir et de pouvoir gagner décemment sa vie. « En 1994, je rebondis avec le Pmuc qui s'installait au Cameroun ». Sous le pseudonyme de Mariama, il est animateur du groupe du service commercial. A l'occasion, il fait de nombreux voyages à travers le pays. La rémunération : 20 000 fcfa par jour hors de la ville ; 10 000 fcfa dans la ville. Le hic : les missions sont saisonnières. Il faut donc serrer la ceinture. « Je m'organisais plus ou moins bien. J'étais encore chez mes parents. Mais, j'étais très juste dans mes finances ». La rupture avec la société des courses équestres survient en 1996. Mariama débarque à Bafoussam où il est agent publicitaire dans une savonnerie de la place. Son salaire mensuel de 60 000 fcfa est arrondi par des spectacles dans les cabarets de la cité.
Les premières responsabilités d'homme seul ne tardent pas. Outre le paiement du loyer à 15 000 f cfa , il faut se nourrir. Difficile à y parvenir. Et pour cause, son employeur fait banqueroute quelques mois après. En 1999, Marimar du Cameroun dépose ses valises à Douala. Il y exerce, à la fin de chaque année, comme animateur comédien dans un supermarché de la ville. « Entre temps, je vivotais grâce à des rentes récoltées pendant les animations de fin d'année. Les camarades de mon parti, le Rdpc, volent par ailleurs à mon secours. »
Depuis juin 2002, l'artiste (dont le pseudonyme est devenu Marimar, en référence au célèbre feuilleton mexicain diffusé sur les antennes de la télévision nationale) a renoué avec le Pmuc. « Je suis animateur danseur de l'équipe de football. Je gagne ponctuellement 10 000 fcfa après l'animation d'un match de football dans la ville de Douala. » Insuffisant pour nourrir une femme et trois gosses. D'où le souhait qu'il formule, à savoir : trouver un emploi stable. A ce sujet, son regard se tourne vers la société des courses équestres. La Can 2004 et les retombées publicitaires y afférentes pourraient militer en sa faveur.
En attendant, basta la fiesta dans les gradins pendant les matches des Lions Indomptables.

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