Le Pays (Ouagadougou)

Burkina Faso: Mutilations génitales féminines - Ouagadougou, capitale de la "tolérance zéro"

Par Barthélemy LOUGNIE et Félix Koffi AMETEPE

8 Février 2004


Dans le cadre de la journée internationale de Tolérance zéro aux Mutilations génitales féminines (MGF) célébrée le 6 février de chaque année, une conférence de presse sur la question a eu lieu à la salle de réunion du ministère de l'Action sociale et de la solidarité nationale. Elle a été l'occasion pour la ministre de l'Action sociale, Mariam Lamizana et le Comité national de lutte contre la pratique de l'excision (CNLPE), de faire le point avec la presse sur l'état de cette lutte.

La pratique des mutilations génitales féminines (MGF) dont l'excision est une des composantes est inadmissible en ce siècle. C'est le cri du coeur de Mariam Lamizana dans son introduction à cette conférence de presse. Elles sont environ deux millions de petites filles qui courent le risque d'être mutilées chaque année dans le monde. Cette pratique expose celles qui en sont victimes à des complications souvent irréversibles sur leur santé physique et mentale, compromettant ainsi leur avenir, leur chance de procréer sans risque. C'est pour parer à cette tragédie silencieuse que plusieurs actions sont menées. On notera au niveau local, la création d'un Comité national de lutte contre la pratique de l'excision (CNLPE) qui est affilié au Comité interafricain sur les pratiques traditionnelles néfastes (CI-AF) qui est une organisation non gouvernementale regroupant les comités nationaux de vingt-huit pays africains où perdurent les MGF. L'action soutenue de ce comité a suscité un éveil des consciences au plan international, se traduisant par la production d'importants textes et la tenue de conférences dans le but de combattre la pratique. Tout cela a abouti à de grands progrès.

Au Burkina Faso on retiendra que, par son action, le CNLPE a enregistré des acquis majeurs. Ainsi, selon Hortense Palm, secrétaire permanente du CNLPE, une étude menée en avril 2003 dans certaines régions indique un recul sensible des MGF. D'une pratique qui concernait 66% des jeunes filles avant le début de la lutte, ce taux a baissé de 43 points. Cependant, reconnaît la ministre de l'Action sociale, l'excision étant une pratique séculaire fondée sur des croyances fortes, c'est une lutte de longue haleine qui est engagée et il est donc difficile, au bout d'une décennie de combat, d'aboutir à des résultats très probants.

L'excision est un délit

Cependant, le grand mérite de cette croisade contre les MGF est d'avoir sensibilisé largement les populations sur les dangers des mutilations, et d'avoir amené certains réfractaires à adhérer à cette lutte. Ainsi, pour les blocages d'ordre religieux, le CNLPE a eu le mérite d'avoir suscité le débat sur la question à travers l'éclaircissement des textes sur lesquels certains fondaient leur adhésion à la pratique. A la lumière de ces éclaircissements, des refracaires ont adhéré à la lutte. Mais un autre maillon de la chaîne de l'excision est l'exciseuse : qu'en est-il de la politique de leur reconversion pour les inciter à entrer dans le rang? Pour Mariam Lamizana, d'abord le Burkina Faso n'a pas opté pour la reconversion économique des exciseuses par le soutien de l'Etat. Du moment que l'excision est considérée comme un délit, il n'y a pas de raison que l'Etat mette en place une politique de reconversion économique de personnes coupables d'actes délictueux. Ensuite, une étude a démontré que l'excision n'est pas un métier qui fait vivre sa pratiquante. C'est une activité qui se pratique en saison sèche.

C'est pourquoi l'abandon de la pratique de l'excison ne coupe pas l'exciseuse d'une source de revenus. La reconversion est sociale , de sorte à orienter les ex-exciseuses vers le rôle d'animatrices sociales pour aider à la sensibilisation des populations.

Notons que la journée internationale de tolérance zéro contre les MGF a été célébrée à Ouagadougou sous le thème : "action conjointe pour accélérer l'élimination de la MGF". Présidée par Mme Chantal Compaoré, épouse du chef de l'Etat et ambassadrice de bonne volonté du comité interafricain sur les pratiques traditionnelles néfastes (IAC- CI-AF), cette journée a permis d'informer et de sensibiliser les partenaires techniques et financiers en vue de les inciter à s'engager activement dans la mise en oeuvre du programme commun d'action contre la MGF adoptée en février 2003 à Addis-Abeba en Éthiopie. Cette initiative africaine qui regroupe treize pays dont le Burkina, vise l'éradication des MGF au plus tard en 2010 en Afrique et dans le reste du monde à travers "une approche énergique, coordonnée et intégrée". Le coût du programme est évalué à 15.528.000 $ US.

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