Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: La corruption et le tribalisme maintiennent les agents de la fonction publique dans la misère

Sakaz

12 Février 2004


Kinshasa — Au Congo Démocratique, tout le monde sait que les fonctionnaires réussissent rarement une grève. Les débuts de grève ont toujours été tonitruants et les fins lamentables. Les débrayages dans l'Administration publique n'ont jamais réussi à améliorer les conditions socioprofessionnelles des agents de l'Etat. A la base de cette situation, la corruption et le tribalisme.

Depuis la deuxième République les Congolais ont maîtrisé la recette pratiquée par Mobutu selon laquelle il faut " diviser pour régner ". Dans le monde syndical, la démonstration de cette philosophie a été éclatante en permettant la descente du fonctionnaire aux enfers.

En effet, malgré la multiplicité des syndicats comme : Conamafet, Dynafet, Synafet, Syeco, Sypen, Front Syndical, Intersyndicale de l'Administration publique, Syneco, Syap, etc. la condition socioprofessionnelle des fonctionnaires ne fait qu'empirer. Dans son souci de bien se faire voir de l'opinion, le pouvoir a même placé un syndicaliste virulent à la tête de la Fonction Publique. Mais les résultats obtenus n'ont jamais été à la hauteur des espoirs suscités par cette nomination politique. Malgré la multiplication des contrôles, la situation du fonctionnaire ne s'est jamais améliorée.

En examinant de près les causes de ce statu quo persistant, on décèle facilement l'impact de la corruption des délégués qui négocient avec l'employeur qui est le gouvernement. Ces représentants de la base n'ont jamais hésité pour accepter les enveloppes tendues par l'employeur sous prétexte de " prime de négociation ". Ce qu'ils n'expliquent pas à la base est le fait que ces enveloppes sont conditionnées à l'acceptation des exigences posées par le pouvoir. La disparité des enveloppes et la discrimination dans les rapports avec l'employeur ont conduit les délégués syndicalistes à dévoiler le pot aux roses pendant les négociations syndicales bilatérales de 1999, au Centre Kimbanguiste. En outre, aussi bien à l'EPSP qu'à la Fonction Publique, plusieurs leaders syndicalistes ont été nommés aux postes de commandement en récompense pendant les négociations.

En plus de cette corruption du monde syndical, il y a aussi le tribalisme qui joue contre les intérêts des fonctionnaires. A ce sujet, on a remarqué à plusieurs reprises qu'une fois qu'un ministre est en place, les ressortissants de sa tribu et de son ethnie se constituent en réseau pour non seulement rapporter au ministre tous les propos de couloir tenus contre lui, mais aussi s'organiser en obstacle contre toute grève et revendications salariales. L'argument primaire, mais efficace avancé est toujours le même : les autres tribus veulent déstabiliser le ministre pour placer leurs ressortissants à la place. Il n'y a que les esprits élevés qui débusquent la tricherie et soutiennent contre vents et marées les revendications justes, même contre leurs frères de tribus. Le mal, ce qu'ils sont vraiment minoritaires et pèsent très peu sur le mouvement général de la grève.

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