Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Recherche sur le sida : alliance entre l'ANRS, l'IRD, l'Institut Pasteur et le Sénégal

Fara Diaw

3 Mars 2004


L'Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et l'Institut Pasteur de Paris ont décidé de joindre leurs forces, depuis quelque temps, dans la recherche sur le Sida, au côté de l'Agence nationale de Recherche sur le SIDA (ANRS), à travers le principalement le programme « SIDAK », lancé en 1994 à Dakar où se trouve son site.

Cette alliance scientifique a été de nouveau concrétisée lors des cinquièmes journées scientifiques entre chercheurs de ces trois organismes français et Sénégalais qui viennent de se tenir à Dakar, les 26 et 27 février derniers, et où l'on a noté la présence, dans la capitale sénégalaise, du Pr. Jean François Girard, président de l'IRD, du Pr. Alain Gouyette, directeur adjoint de l'institut Pasteur, et du directeur de l'ANRS, le Pr. Michel Kazatchine.

Les deux équipes de chercheurs sénégalais et français parmi lesquels, le Dr Ibra Ndoye, le Pr. Souleymane Mboup, le Pr. Papa Salif Sow, le Pr. Eric Delaporte et le Dr Martine Peeters de l'IRD de Montpellier (France), le Dr Emmanuel Lagarde de l'unité INSERM 88 (France) et le Dr Roland Landman de l'hôpital Bichat de Paris, ont, avec les « patrons de l'ANRS, de l'IRD et de l'Institut Pasteur de Paris, passé en revue tous les « dossiers » de recherche en cours.

Selon le Dr Ibra Ndoye, « le programme de recherche est bien avancé et de nombreux et intéressants protocoles de recherche en cours vont permettre aux cliniciens et chercheurs des laboratoires de virologie de mieux affiner les thérapies données aux malades du SIDA et, surtout, de maîtriser l'évolution des mutations du virus à travers les populations ».

Il a expliqué que ce programme de recherche « SIDAK a aussi permis d'asseoir une bonne base de départ pour l'initiative sénégalaise d'accès aux médicaments antirétroviraux, à un moment où beaucoup de scientifiques à travers monde croyaient, à tort, que les pays africains n'avaient pas les capacités de gérer et coordonner efficacement et durablement la gestion de ces médicaments, somme toute, pas comme les autres ».

« D'ailleurs, la réussite de cette initiative a incité les organismes internationaux, dont l'OMS, à leur choisir comme un modèle de bonnes pratiques thérapeutiques pour les pays africains, dans la mesure où on a les mêmes résultats que dans les pays riches du Nord », a dit le Dr Ibra Ndoye.

Le Pr. Michel Kazatchine, directeur de l'NARS, agence créée en 1992 pour financer et animer toutes les recherches sur l'épidémie de VIH/SIDA tant dans les domaines des sciences « dures » (virologie, biologie moléculaire, immunologie, essais cliniques, etc.) que dans les sciences sociales et économiques, a indiqué que le programme est constitué d'un ensemble de recherche exemplaire dans la lutte contre le VIH/SIDA et dans tout ce que ce problème compte en compartiments complexes ». L'ANRS finance des chercheurs dans des groupes de recherche appartenant à des instituts en vue du développement de nouveaux moyens de lutte contre le SIDA, avec comme principales priorités les pays en développement (PVD).

FACILITER L'ACCES AUX THERAPIES ANTIRETROVIRALES

Et la part du budget de l'ANRS (48 millions d'euros par an) consacré aux sites de recherche dans les PVD, dont celui de Dakar est le plus grand, est passée de 7% à 20 % entre 1998 et 2004. D'autres sites de recherche sont situés également en Afrique, au Burkina Faso, en Côte d'Ivoire et récemment au Cameroun, mais aussi au Brésil, au Vietnam et au Cambodge, avec pour chaque site son propre programme de recherche basé sur les priorités nationales de santé publique, les compétences.

« La philosophie de nos programmes est la recherche en direction de l'affinement renforcé des méthodes de prévention de l'infection à VIH et d'accès de plus en plus facilité aux thérapies antirétrovirales dans les PVD », a dit le Pr. Kazatchine dont l'agence entretient des relations avec l'IRD, l'Institut Pasteur, le CNRS, l'INSERM, des ministères français (Affaires étrangères, Recherche et Santé), mais aussi les NIH (National Institutes of Health) et le CDC (Centers for Diseases Control) des Etats-Unis. D'autres instituts collaborent aussi dans le programme de recherche mené au Sénégal, dont notamment la fondation Léon Mba et les organismes précités. Le travail du laboratoire de Virologie et de bactériologie, dirigé par le Pr. Souleymane Mboup, a permis enfin la mise en place d'un réseau de laboratoires dans une dizaine de pays africains et un de ses rôles est d'observer la résistance du VIH aux médicaments antirétroviraux dans ces régions du continent africain.

Parmi ces « dossiers» de recherche, se trouvent quelques-uns, très intéressants, dont la recherche sur la transmission du virus de la mère à l'enfant, de nouvelles méthodes de suivi des thérapeutiques chez les malades qui, elles, visent la réduction des coûts des ARV et l'efficacité à travers, par exemple, l'utilisation de trois antirétroviraux en une seule dose, etc.

BONNES PRATIQUES THERAPEUTIQUES SENEGALAISES

Sur ce registre, le Pr. Papa Salif Sow, chef de service à la clinique des Maladies Infectieuses, qui assure également la tutelle médicale du centre de traitement ambulatoire (CTA) au CHN de Fann, a indiqué « que ce protocole de recherche sur l'utilisation de 3 antirétroviraux en une seule dose a mis en exergue des résultats importants. Il cherche à améliorer, voire renforcer l'adhésion des malades aux traitements à travers le développement de schémas thérapeutiques mieux adaptés et de l'utilisation des langues nationales.

« Il suffit, maintenant, de prendre une seule dose de 5 médicaments, juste avant le coucher, contrairement au schéma précédent où il fallait ingurgiter 16 comprimés dans la journée, ce qui suscite avec force des effets désagréables chez des malades », a précisé le Pr. Papa Salif Sow.

Le site de Dakar verra l'accroissement des capacités d'accueil et de suivi des malades de la clinique des Maladies Infectieuses « Iba Diop Mar » du CHN de Fann, à travers la réalisation, en son sein, d'un nouveau centre de recherche clinique. « La recherche sur le SIDA est une course (ndlr : scientifique, sociale, médicale et économique) contre la montre et l'IRD est particulièrement attentif à cette alliance (ndlr : ANRS, IRD, Institut Pasteur et les partenaires nationaux des PVD) que nous développons dans tous les aspects des domaines de l'épidémie de VIH/SIDA », a expliqué le Pr. Jean-François Girard, président de l'IRD.

Pour sa part le Pr. Alain Gouyette, directeur général adjoint de l'Institut Pasteur de Paris (IPP), a indiqué que « l'IPP a actuellement 24 instituts à travers le monde, dont certains en Afrique, et avec comme missions la lutte contre les maladies infectieuses, les connaissances sur les agents pathogènes, le développement de vaccin et, tout récemment, de nouveaux moyens médicamenteux ».

Selon lui, « l'IP a un rôle très important à jouer dans la lutte contre le VIH/SIDA, notamment dans cette alliance scientifique où il ne s'agit pas de compétition entre instituts ».

Au sujet de la polémique qui s'est soulevée ces derniers temps en France sur une réduction du budget national alloué à la recherche scientifique (ndlr : par le gouvernement Raffarin) et son éventuel impact sur tous ces programmes de recherche, les Prs. Kazatchine et Girard ont indiqué que « les programmes vont se poursuivre normalement, malgré tout et que l'onde de choc sera faiblement ressentie »

Aux dernières nouvelles, diffusées par l'AFP, le gouvernement français, confronté à une fronde sans précédent du monde de la recherche, a annoncé une série de mesures pour tenter de désamorcer la crise de ce secteur, sans convaincre les chercheurs en colère qui ont immédiatement qualifié ce plan de "dérisoire".

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