10 Mars 2004
Une clinique de la région parisienne propose aux femmes excisées une opération chirurgicale pour reconstruire leur clitoris. Une technique novatrice qui limite les risques à l'accouchement et rend aux femmes leur sexualité.
On la croit irréversible. Pourtant, l'excision, et surtout ses conséquences peuvent faire l'objet d'une réparation chirurgicale. Loin des tabous, dans les locaux de la clinique Louis XIV, située à Saint-Germain-en-Laye, non loin de Paris, le docteur Pierre Foldès, chirurgien urologue français, pratique l'opération gratuitement depuis plusieurs années.
Car le clitoris, cet organe érectile et zone la plus sensible de l'appareil génital féminin, est long d'un peu plus de dix centimètres et seule sa partie externe, visible, est coupée lors de l'excision. Sa reconstruction consiste à le "débarrasser de la surface cicatricielle qui le recouvre et à reconstituer, avec les artifices de la chirurgie plastique, un organe normalement innervé, c'est-à-dire qui n'est pas un organe mort", précise le Dr Pierre Foldès.
Armé de son scalpel, ce docteur engagé qui travaille aussi avec Médecins du monde, a jusqu'à présent reconstruit le clitoris amputé d'une centaine de femmes africaines, de plus en plus nombreuses à venir le voir. "Elles habitent en France, sont de passage ou ont fait le voyage [pour l'opération] et sont principalement originaires du Burkina Faso, du Sénégal, du Mali et de la Côte d'Ivoire, de l'Egypte aussi", explique-t-il. Et si elles sont prêtes à parcourir tant de kilomètres, c'est bien parce que cette intervention est susceptible de leur changer la vie. L'opération est effectuée sous anesthésie locale et dure environ une heure. Elle permet de remédier aux effets secondaires des mutilations sexuelles féminines comme l'incontinence ou les déchirures périnéales, beaucoup plus fréquentes chez les femmes excisées ou infibulées, et particulièrement lors de l'enfantement (selon une étude récente, près d'une femme excisée sur dix met au monde un enfant mort-né). Car en libérant les parties génitales des cicatrices dues aux mutilations, l'opération rend, en même temps, à la vulve son élasticité naturelle. L'accouchement, notamment, en est ainsi facilité.
Après l'opération, le clitoris retrouve sa position ainsi que son aspect d'origine. Il faut cependant attendre plus longtemps, plusieurs semaines ou quelques mois, avant que la reconstitution neurologique s'accomplisse. Les femmes retrouvent alors, progressivement, la sensibilité de leurs tissus intimes en même temps que celle du clitoris, cet organe dont la seule fonction est le plaisir.
"C'est ce que les femmes que j'ai opérées me disent, assure le Dr Foldès. Le rétablissement de la sensibilité n'est pas encore établi scientifiquement. Mais c'est bien ce que j'essaye de prouver". Car comment comparer et savoir si un clitoris reconstitué est aussi sensible qu'un autre, puisque les femmes qui ont eu leurs organes mutilés n'ont jamais connu, le plus souvent, de sexualité clitoridienne. Mais grâce à cette sensibilité nouvelle, clé du plaisir, cette intervention devient plus qu'une simple opération chirurgicale et permet à celles qui l'ont subie de reprendre possession d'elles-mêmes en même temps que de leur sexualité. Le docteur Pierre Foldès est, jusqu'à présent, le seul au monde à proposer officiellement une telle technique. Ailleurs, notamment à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, ou aux Etats-Unis, les hôpitaux ne proposent que la désinfibulation, c'est-à-dire la réouverture, simplement, de la vulve. Le chirurgien français projette de développer la formation de médecins africains à la reconstruction clitoridienne.
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