Zénabo KAFANDO
16 Mars 2004
L'accès aux anti-rétroviraux n'est pas aussi évident que cela, si l'on en croit ce témoignage d'une malade qui s'adresse, ici, au ministre de la Santé, vice-président du conseil national de lutte contre le sida.
Monsieur le Ministre,
Je suis femme au foyer et viens d'être veuve. J'ai la charge de trois enfants. Après le décès de mon mari , précédemment enseignant, j'ai décidé, après avoir discuté avec mon médecin traitant , de faire mon test VIH. Malheureusement, le résultat de mon test m'apprend que je suis séropositive.
Etant dans un centre prescripteur d'Antirétroviraux, mon médecin m'a auparavant rassuré de la disponibilité de ces médicaments que vous auriez mis à disposition pour tout patient sans discrimination aucune.
Je sais que grâce aux efforts inlassables que vous déployez pour nous, certains centres ont commencé à en prescrire. Cet effort est fort louable et encourage tout le monde à s'investir dans la lutte pour arrêter ce fléau.
Cependant, je suis complètement découragée et n'arrive pas à comprendre ce qui m'arrive ! Surtout quand cela vient de supposés responsables d'un comité ministériel et pas des moindres. Depuis que je connais mon statut sérologique, tout semble s'écrouler autour de moi. En effet, malgré les paroles rassurantes des agents que j'ai rencontrés dans des associations et qui m'ont conseillée, malgré les nouvelles rassurantes diffusées dans les médias, tout ne semble pas très transparent.
En effet, il semble exister une complicité entre le premier responsable de ce comité ministériel et son gestionnaire de produit. Et dire que ce ministère est celui où la discipline est la qualité première et le sens de l'honneur sacré.
En effet, dans ce centre de prescription des ARV, quel ne fut pas mon étonnement lorsqu' après tous les efforts pour réunir les frais nécessaires pour mes examens avant la prescription de ces produits et malgré les promesses de mon médecin traitant, il me fut signifié que les ARV étaient réservés à une certaine catégorie particulière de malades. Une liste de "ces privilégiés" circule entre les mains du pharmacien gestionnaire et improvisé prescripteur du centre.
Ces deux responsables du comité gèreraient à leur convenance ces ARV. Ils détiendraient par devers eux ces ARV et les carnets de bons d'examens destinés en fait à tout malade fréquentant le centre et qui devraient être gérés par des prescripteurs agréés.
Monsieur le Ministre, a-t-on le droit de prendre la vie d'autrui en otage ? Ne sommes-nous pas égaux devant la loi ? Pourquoi certains ont droit et d'autres doivent attendre ? Que deviendront mes enfants déjà orphelins de père et si vulnérables ? Un pharmacien est-il autorisé à prescrire des ARV et des examens ? Peut-on, parce que président d'un comité ministériel, donner des ordres pour que "sa liste de patients" soit prioritaire ? Quels sont les critères d'éligibilité et de prescription de ces médicaments que nous attendons depuis ? Si tous les efforts que vous déployez sur le terrain sont rendus vains, cela compromettrait vraiment la lutte contre le VIH et l'on est en droit de se poser la question suivante : à quel trafic d'ARV devrions-nous nous attendre ?
ZK s/c Djibril Ouédraogo Cél: 62 35 90
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