Le Journal de l'Economie (Dakar)
Malick Sylla
22 Mars 2004
Dakar — Après 13 mois de négociation, le royaume du Maroc vient de signer un accord commercial très avantageux avec les Etats-Unis. Si les produits marocains bénéficient dès à présent d'un accès libre sur le territoire américain, en revanche, les secteurs sensibles de l'économie marocaine (agriculture, textile-habillement et médicaments) disposent de longues périodes d'adaptation avant l'ouverture du marché. De quoi doper très fortement les investissements privés.
Le royaume du Maroc et les Etats-Unis ont conclu, le 2 mars 2004, à Washington, un accord de libre échange (ALE) destiné à éliminer les barrières douanières et à ouvrir les marchés aux travailleurs, agriculteurs et consommateurs des deux pays. Il s'agit du premier accord conclu par les Etats-Unis avec un pays d'Afrique et le deuxième signé avec un pays arabe après la Jordanie en 2001. Cet accord s'inscrit dans le cadre du plan du président Georges W. Bush d'établir une zone de libre-échange entre son pays et le Moyen-Orient d'ici 2013, si l'on en croit le département américain du Commerce.
Quoiqu'il en soit, l'accord obtenu par le Maroc est le fruit de 13 mois d'intenses et âpres négociations qui ont fini par payer, surtout du coté marocain. En effet, le royaume chérifien a réussi à obtenir une protection dégressive sur une longue période de son secteur agricole qui représente 78% de l'emploi en milieu rural, en particulier pour les céréales qui font vivre près de huit millions de Marocains. Ainsi, dès la première année, les Etats-Unis pourront exporter entre 240.000 et 700.000 tonnes de blé tendre. Cette fourchette sera augmentée progressivement sur une durée de 10 ans pour atteindre 400.000 à un million de tonnes et sera accompagnée d'un démantèlement total au terme de cette période.
L'avantage pour le royaume chérifien, c'est que les exportations américaines seront indexées sur la production nationale marocaine, si bien qu'en cas de besoin, le Maroc pourra invoquer les clauses de sauvegarde pour protéger ses producteurs. La clause s'appliquera notamment en cas de différence significative des prix. Concernant les légumineuses, les Marocains ont pu obtenir un démantèlement tarifaire total sur une durée de 18 ans sans limitation de quantités.
Néanmoins, les négociateurs marocains ont fait quelques concessions à leurs homologues américains. C'est ainsi que pour les viandes rouges destinées aux hôtels et restaurants de luxe, les Etats-Unis pourront exporter un quota annuel de 4.000 tonnes pour lequel le désarmement douanier se fera sur une période de cinq ans. Et pour les toutes les quantités dépassant ce plafond, le Maroc dispose de 18 ans pour atteindre un droit de douane nul. Pour le bouf standard, un quota de 2.000 tonnes a été retenu avec un démantèlement de 10 ans. Le même mécanisme a été appliqué pour le poulet avec un quota de 1.250 tonnes. Pour le surplus de ces 1.250 t, le désarmement tarifaire sera opéré au bout de 19 ans. Il faut relever le sort réservé aux cuisses de poulet (non consommées par les Américains et qui pourraient inonder le marché marocain à des prix très bas), où le démantèlement est de 25 ans. Ce qui est rare dans le accords de libre-échange.
Pour les produits industriels, à l'exception du textile et de l'habillement, le Maroc réduira, dès l'entrée en vigueur de l'ALE, au taux zéro les droits de douane pour 32,6% de ses positions tarifaires. Par contre 14% seront démantelés sur deux ans et 10,8% sur cinq ans pour le reste, 42,1% le taux zéro sera atteint dans un horizon de 9 et 10 ans. Du coté américain, on accorde un taux zéro dès la première années de l'ALE à près de 99% des produits industriels marocains.
Concernant les textiles et l'habillement, les Américains ont accepté que les produits manufacturés marocains exportés aux Etats-Unis utilisent du tissu importé d'autres pays dans la limite d'un quota d'un quota de 30 millions de mètres carrés par an et pour une durée de 10 ans. Par contre, les produits textiles marocains bénéficient d'un taux zéro dans l'immédiat.
Dans le domaine des médicaments génériques, l'ALE ne prévoit pas la prolongation de la durée d'un brevet et ne remet pas en cause les acquis de l'industrie pharmaceutique marocaine. L'accord donne en outre la possibilité au Maroc de disposer de flexibilités nécessaires pour protéger la santé publique et garantir à tous l'accès aux médicaments.
Comme on le voit, les enjeux économiques d'un tel accord sont importants pour les deux partenaires. D'une part, il permet au Maroc de diversifier ses marchés d'exportation et du coup de réduire sa dépendance commerciale vis-à-vis de l'Union européenne. Il pourrait aussi profiter du dynamisme de l'économie américaine qui se caractérise par sa forte résistance aux chocs extérieurs et par l'importance de sa demande. Le royaume chérifien pourrait également attirer davantage d'investissements directs étrangers, lesquels devraient intensifier les transferts de technologie. Ce qui favoriserait la compétitivité des entreprises marocaines.
D'un autre coté, les Etats-Unis, en délocalisant certaines de leurs industries au Maroc, pourraient mieux affronter la compétition avec l'Union européenne. Au Maroc même, les entreprises américaines sont intéressées par un certain nombre de secteurs porteurs comme les technologies de l'information et de la communication, les bâtiments et travaux publics, l'agro-industrie, l'équipement médical ou les assurances.
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