M'hamed Hamrouch
25 Mars 2004
Le colloque, qui a été organisé les 23 et 24 mars à Tétouan par la Wallonie-Bruxelles et le ministère de la Culture marocain, a le mérite d'avoir suscité le débat sur un grand sujet de préoccupation.
Si ce colloque, qui s'est tenu à l'occasion du 40ème anniversaire de l'immigration marocaine en Belgique, revêt un aspect festif, il doit nous porter à méditer avec discernement sur une question migratoire inspirant plutôt l'inquiétude. L'onde de choc provoquée par les récents attentats terroristes de Madrid a frappé non seulement le coeur de l'Espagne mais aussi le Maroc, sachant que ces attentats auraient été majoritairement commis par des immigrés marocains. La vigilance doit aujourd'hui plus que tout autre temps rester de mise, le bon sens et l'intérêt commun voulant que, dans les pays d'accueil, il faut prendre garde à diaboliser les immigrés marocains sous prétexte que ces attentats portent la signature d'une poignée de ressortissants dévoyés en Espagne.
Le terrorisme, faut-il le rappeler, n'a pas de frontières, donc pas de nationalité, et moins encore de religion. Les Marocains, qui étaient sortis nombreux au lendemain du 11 mars manifester spontanément dans les rues de Rabat ou Madrid, qui avaient exprimé leur solidarité avec les victimes tragiques des attentats de Madrid, proclamant que les citoyens, d'où qu'ils soient, de quelque culture ou religion qu'ils se revendiquent, sont tous des "victimes potentielles du terrorisme", ces Marocains avaient aussi fait la tragique expérience des abominables attentats ayant visé Casablanca le 16 mai 2003.
Une preuve, s'il en faut, que le terrorisme, tel qu'il existe aujourd'hui, est un phénomène universel, que les attentats abjects qui ont ciblé Madrid ont déjà visé Casablanca, Ryad et autres capitales arabes.
Il faut maintenant comprendre que nous, Arabes ou Occidentaux, sommes face à un même danger qui exige un même combat. Ce combat devrait commencer par réfléchir, de ce côté et de l'autre, sur les moyens de se prémunir contre ce fléau désastreux, de faire en sorte quela jeunesse de l'immigration, déjà en proie à la marginalisation ou plus encore à l'exclusion, soit pleinement intégrée dans les pays d'accueil, en lui offrant les moyens et les conditions de sa promotion sociale et de son épanouissement intellectuel, en luttant contre toute forme de discrimination sur la base de la différence de religion, de culture ou de peau, en reconsidérant les stéréotypes comme celui-là, extrêmement dangereux: "derrière tout Arabe, se cache un terroriste", en supprimant aussi les poches de misère où trop souvent les immigrés sont enfermés, étant donné que la misère, avec son cortège de frustrations et de désespoir, fait un lit propice à
l'intégrisme.
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