Assoumane Bamba
5 Avril 2004
Le Rwanda célèbre, le 07 avril, le 10e anniversaire du génocidede 1994. Les cérémonies commémorative ont débuté hier dimanche en fin d'après-midi à Kigali avec le lancement d'une conférence internationale sur les massacres. Entre avril et juillet 1994, ce génocide a fait environ un million de morts parmi la minorité tutsie et les Hutus modérés.
Ces massacres avaient été planifiés par le régime extrémiste de l'époque. L'attentat, le 06 avril 1994, contre l'avion du Président rwandais hutu, Juvenal Mabyarimana a servi de détonateur à cette explosion de haine et de violences. Au plus fort des tueries, le contingent de quatre mille casques bleus envoyés au Rwanda, dans le cadre de la Mission d'observation des Nations Unies (MINUAR) en 1993, a été réduit à deux cent soixante-dix hommes. Le débat sur l'échec de l'ONU et l'indifférence de la communauté internationale continue d'alimenter la polémique, notamment celle portant sur le rôle de l'opération française «turquoise» au Rwanda. Les accusations de l'opposition ivoirienne contre la France, condamnant cette dernière pour n'avoir porté assistance aux populations lors des massacres des 25 et 26 mars derniers à Abidjan, en ajoutent un peu aux faiblesses et l'ambiguïté des opérations militaires françaises en Afrique. Pour Paris, «Turquoise» était une opération humanitaire. Pour ses détracteurs, le gouvernement rwandais en tête, cette opération était un moyen déguisé d'aider les génocidaires à fuir. A la veille de cet anniversaire, les relations sont tendues entre les deux capitales. Kigali et Paris, à la suite d'un article paru, en mars, dans «Le Monde», article faisant état du rapport (non publié) du juge français Bruguière accusant l'actuel Président Tutsi Paul Kagamé d'avoir été le «principal décisionnaire» dans l'attentat contre l'avion de l'ancien Président Juvénal Habyarimana. Le chef de l'Etat rwandais est amer : «Oui, ils (les Français) ont sauvé des gens, mais ils ont sauvé ceux qui tuaient et pas ceux qui étaient en train d'être tués».
Kagamé est rejoint par des ONG françaises. Qui révèlent, dans les conclusions d'une «Commission d'enquête citoyenne» mise en place en mars 2004, l'implication de la France dans les massacres. Selon ces Organisations non gouvernementales, «à l'aéroport de Goma (ex-Zaïre, frontalier avec le Rwanda) contrôlé directement par les Français durant l'opération «turquoise» (fin mai à juillet) les avions-cargos n'ont cessé d'affluer pendant et après le génocide à destination des forces armées rwandaises qui ont encadré les massacres». Dix ans après le génocide, des zones d'ombre existent sur l'implication de la France. La nécessaire réconciliation et l'indispensable justice demeurent une longue quête. Les blessures du silence ne se sont pas encore refermées. Pis, peu d'auteurs des massacres ont été jugés malgré la mise ne place du TPIR (Tribunal pénal international du Rwanda) à Arusha, en Tanzanie, le 08 novembre 1994 et des «Gacaca», les tribunaux populaires installés en 2002. C'est une justice communautaire inspirée des assemblées villageoises pour épauler la justice classique très limitée. En effet, si les planificateurs sont jugés devant le TPIR, les tueurs présumés, eux, comparaissent devant la justice rwandaise classique qui en a jugé environ sept mille. De nombreux observateurs jugent la justice lente. Le manque de magistrats (huit cents, début 1994, il n'en restait que quarante à la fin des tueries) a laissé le champ libre aux Gacaca dont sept cents sur huit mille prévus ont pu démarrer effectivement à ce jour.
L'un des grands défis qui se pose, au gouvernement rwandais, est de réduire la population carcérale estimée à environ quatre-vingt-dix mille personnes. Cent vingt mille tueurs présumés croupissaient fin 1996 dans les prisons du Rwanda dans l'attente de leur jugement. Quelque vingt-cinq mille détenus ont été libérés en 2003. Outre le TPIR, les Garcaca, la Cour d'Assises belge a jugé en juin 2001, en vertu de la loi belge alors en vigueur dite de «compétence universelle», quatre Rwandais de participation au génocide dont deux religieuses. Elle les a condamnés à des peines allant de douze à vingt ans de prison. Classé 158e des pays les plus défavorisés en 2003, Kigali n'est pas encore arrivé à faire oublier la tragédie d'avril 1994. Les Rwandais vivent dans le souvenir douloureux de ces événements et sont trop dépendants de l'aide internationale. L'élection, en août 2003, de Paul Kagamé avec 95, 05 % des voix, à l'issue d'élections contestées par l'opposition n'a pas pour autant stabilisé la situation intérieure. Le pays est menacé de divisionnisme ethnique. La main de fer de Kagamé pousse les partis d'opposition en exil.
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