Rabi Mitibkèta
26 Avril 2004
Il n'est point de doute, les Nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) sont un tremplin pour gravir les échelons du développement. Au point qu'aujourd'hui, les vrais analphabètes sont ceux qui ne maîtrisent pas l'outil informatique. Bill Gates, le concepteur américain de Microsoft, le sait mieux que quiconque, lui qui a ravi à tous, et en un temps record, la palme d'or de l'homme le plus feuillu de notre époque. Et les sociétés qui sont allées à son école ne tirent nullement le diable par la queue.
Ce n'est donc pas un secret que l'information et la communication constituent l'une des clefs du développement. Le Burkina Faso a, certes, pris le train en marche, mais promet d'être des premières nations africaines à l'arrivée. La voie pour y parvenir est toute tracée : le "Forum national de réflexion et de validation de la stratégie d'opérationnalisation du plan de développement de l'infrastructure nationale de l'information et de la communication". Tout un programme qui a réuni du 22 au 24 avril courant plus de 700 délégués autour du premier ministre Paramanga Ernest Yonli, pour qui c'était l'occasion d'aborder différemment la résolution des problèmes de développement avec de meilleures chances d'atteindre les objectifs du millénaire. Les ambitions affichées par le Yonli national, tout comme les objectifs de ce forum, sont nobles et mériteraient d'être saluées si et seulement le grand rassemblement de Ouagadougou n'avait pas pris l'allure d'une foire, et peut- être même d'une battue nationale pour une souris. Car le sujet est d'une importance telle qu'il n'aurait pas dû être confié en 72 heures à une masse, là où une bonne cinquantaine de personnes de ressources, triées sur le volet, auraient suffi à accoucher de cette nouvelle bible du développement. Mais hélas, ici on a maintenant de la prédilection pour le folkhlore et les perdiems au détriment de l'efficacité et de l'efficience. C'est fou que les Etats les plus impécunieux soient ceux qui sont spécialisés dans la dilapidation des deniers publics. Non, on n'avait vraiment pas besoin de 7 centaines de participants pour ce qui a pris l'allure d'une kermesse où on se marchait sur les pieds à l'heure de la pause-café et du déjeûner. On se croirait revenu à l'époque de la révolution, où les marxistes pensaient que le nombre faisait la qualité. Mais bon, n'allons pas trop vite en besogne ou en médisances, car les nouveaux prophètes de l'information et de la communication pourraient nous surprendre agréablement, et le forum, accoucher d'une montagne, mais pas d'une souris. Attendons donc de voir.
Elections municipales au Niger Et ceux qui ne croient ni à Dieu ni à diable ?
Comme le dit un adage africain bien connu, ce ne sont pas les problèmes qui cherchent l'homme, c'est l'homme qui cherche les problèmes. Si cela est vrai dans le quotidien du commun des mortels, ça l'est aussi et peut-être surtout dans la gouvernance des Etats. On en a eu encore l'illustration tout récemment au Niger voisin et frère. Qu'est-ce à dire ? Pour les élections à venir, les municipales notamment, les autorités de Niamey ont décidé de faire prêter serment sur un livre saint, aux magistrats dont on sait qu'ils sont institutionnellement chargés de piloter les différentes commissions électorales. Tollé général chez les hommes costumés de robes et d'hermine qui, en guise de protestation, ont décidé de boycotter les scrutins à venir si l'exécutif les maintenait dans une telle obligation. Les magistrats nigériens, entre autres arguments, estiment que c'est la laïcité de l'Etat qui est ainsi remise en cause. Faux ! rétorque le ministre de la Justice, qui explique que la cour suprême a attesté la constitutionnalité de la mesure querellée, et qu'en tout état de cause, ce n'est pas d'un serment coranique qu'il s'agit, puisque chacun est libre de le prêter sur le livre de son choix : Coran pour les uns, Bible pour les autres, et même Torah pour ceux dont ce serait la tasse de thé. Ok ! très bien ! Mais quid de ceux qui n'ont pas de livre saint à eux, comme les adeptes des religions traditionnelles qui, qu'on le veuille ou non, étaient au commencement de l'aventure spirituelle africaine ? Par ailleurs, quel cas faites-vous, grand frère Tandja, de ceux qui ne croient ni aux livres, saints fussent-ils, ni aux fétiches, c'est-à-dire ni à Dieu ni à diable et qui sont des citoyens de plein droit, dans une république qui se veut laïque comme le Niger Oui, décidément ! Ce ne sont pas les problèmes qui cherchent l'homme, c'est les gouvernants qui cherchent souvent les problèmes !
Sénégal Le sopi change encore d'attelage
Le Sénégal a un nouveau chef du gouvernement. Il se nomme Macky Sall et était ministre d'Etat chargé de l'Intérieur et des Collectivités territoriales dans la précédente équipe. Le nouveau Premier ministre remplace ainsi Idrissa Seck, considéré comme le fils spirituel du président Wade, jusqu'à ce que les relations entre Gorgui et son protégé deviennent franchement exécrables ces derniers mois. Notons que ce remaniement intervient seulement quelques semaines après les célébrations marquant le quatrième anniversaire de l'alternance. Quatre années d'exercice du sopi (changement en wolof) pour le président Wade, et autant de premiers ministres : avant Macky Sall et Idrissa Seck, le célèbre chauve de Dakar avait déjà grillé, on se rappelle, Moustapha Niasse et Mame Madior Boye. On pourrait se croire revenus aux temps forts de la révolution démocratique et populaire dans notre pays, où les remaniements étaient annuels. Autant de changements d'équipages au sommet de l'Etat pourraient paraître comme des signes de dynamisme dans la volonté affichée des autorités de faire bouger les choses. On pourrait aussi y voir le signe d'une véritable instabilité au sein de l'exécutif. La patrie de la Téranga serait- elle si difficile à gouverner, et la tâche, si ardue qu'on est obligé d'effectuer autant de changements d'équipages ? Ou alors doit-on croire que le président est tellement exigeant dans la conduite des affaires et de la bonne gouvernance qu'il a du mal à trouver la combinaison idéale pour réaliser ses ambitions pour son pays ? A moins qu'il ne soit, disent ses adversaires, si difficile que travailler avec lui relève de la gageure. Quoi qu'il en soit, autant trop de stabilité est nuisible parce qu'on finit par s'enliser dans une certaine routine, autant une instabilité chronique est sujette à caution, dans la mesure où l'on s'empêtre dans d'éternels recommencements.
Réaction de l'ambassadeur de la République algérienne
Suite à notre "billet craquant" de lundi dernier intitulé "Sacré Chirac !" nous avons reçu de l'ambassadeur d'Algérie au Burkina la réaction suivante.
Monsieur le directeur de publication,
Au nom de la fidélité qui me lie à votre quotidien, et du sérieux qui caractérise votre publication, je me permets d'exprimer l'indignation que m'a inspiré la lecture d'un billet signé de Rabi Mitibkèta, dans l'Observateur paalga daté du lundi 19 avril 2004, dans lequel il porte un jugement des plus fantaisistes sur l'élection présidentielle du 8 avril 2004 en Algérie. Je n'ai pas l'intention de polémiquer avec M. Mitibkèta, mais je lui dis seulement que son opinion ne peut valoir celles des centaines d'observateurs étrangers qui ont supervisé le déroulement du scrutin aux côtés des représentants de chacun des candidats et qui ont attesté de la régularité du vote. Je vous saurais gré de bien vouloir insérer cette mise au point dans votre prochaine édition et vous prie d'agréer ma considération distinguée.
L'ambassadeur, H. D. Bouchouareb
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