Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Emissions interactives : l'incivisme déborde sur les ondes

Mbagnick Ngom

4 Mai 2004


Ils ont été nombreux à saluer la libéralisation du paysage médiatique sénégalais. Aujourd'hui, le constat semble unanime: certaines émissions interactives tournent plus à l'anarchie du fait d'auditeurs mal intentionnés. Cette situation, estime certains acteurs de l'audiovisuel, n'est que le reflet des comportements inciviques qui rythment le quotidien des populations.

Les émissions interactives sont perçues comme des tribunes favorisant «l'expression plurielle des idées et des opinions sur les différents aspects de la vie nationale et, sous ce rapport, ont une vocation libératoire en permettant d'exprimer amertume, colère et frustration». Pour Modou Ngom, directeur de la Communication au ministère de l'Information, qui fait ces remarques, si ces émissions qui permettent à un «citoyen ordinaire de réagir à chaud sur des sujets d'actualité sont à mettre au crédit de notre démocratie, il n'en demeure pas moins que les dispositions relatives aux lois et règlements régissant ces radios ne sont pas toujours respectées». Introduisant une communication sur «Du mauvais usage des émissions interactives», lors de la journée d'études organisée le 29 avril par le Haut conseil de l'audiovisuel (Hca) en partenariat avec le Centre culturel américain de Dakar, Modou Ngom note que «ces dérapages ont souvent trait aux atteintes à la dignité de la personne humaine, au crédit des Institutions, à la vie privée des citoyens, etc.». Aujourd'hui, reconnaît le conférencier, des instances de régulation comme le Conseil supérieur de l'audiovisuel (Csa) en France, ou la Federal communication commission (Fcc) aux Etats-Unis sont encore confrontés aux mêmes difficultés face aux émissions interactives.

Si dans ces pays, les dérapages sont surtout liés aux propos obscènes, pornographiques, à l'apologie de la violence, au Sénégal par contre «il est certain que ces dérapages ne sont que le prolongement de comportements inciviques notés quotidiennement dans la rue, de la part de certains citoyens».

Et face à cette situation qui a conduit ailleurs à des suspensions d'émissions et à des obligations de déplacement de programmations à des heures tardives du soir comme en France, ou encore à des amendes comme aux Etats Unis, le Hca a jusqu'ici privilégié la sensibilisation et la responsabilisation, à travers des rencontres d'information avec les responsables de radios.

Les participants aux travaux de la journée ont par ailleurs regretté l'absence des patrons de presse qui sont les principaux acteurs. Ils ont exprimé le souhait de voir les pouvoirs publics lutter contre la banalisation des émissions interactives. Aussi, ont-ils mis l'accent sur la nécessité de doter le Hca de moyens pour contraindre les acteurs à se soumettre à la réglementation, tout en évitant d'aller dans le sens de la répression. Des recommandations de l'atelier, on retiendra surtout, en plus de l'idée d'installer un observatoire des émissions interactives, la volonté des acteurs de s'investir pour «défendre par tous les moyens le pluralisme médiatique et le droit à l'information» qui garantissent «une prise de parole plus large».

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