Sud Quotidien (Dakar)

Afrique de l'Ouest: Cartographie des conflits en Afrique de l'Ouest : ces nouvelles guerres qui minent le continent

Mame Aly Konte

7 Mai 2004


analyse

Une quinzaine de conflits en deux décennies, (1980-2000), distribuée de part et d'autre du continent, voilà le bilan des guerres qui minent l'Afrique d'aujourd'hui.

Comme une traînée de poudre, les sociétés africaines se déchirent, se fissurent sans que des moyens efficaces ne soient trouvés pour arrêter la spirale de la violence qui a fini de faire le tour des régions les moins exposées comme naguère la Côte d'Ivoire agitée pour des raisons politiques, la Sierra Léone et le Libéria, pour des raisons à la fois politiques et économiques. Le reste du continent pour des raisons géopolitiques, culturelles et encore économiques. Une nouvelle cartographie des guerres, c'est l'effort que tentent experts , universitaires et politiques du continent réunis autour des sociétés civiles depuis quelques années pour trouver l'origine des conflits et les solutions pour assurer la sécurité des hommes et des femmes d'Afrique.

Au fil des ans, les conflits ont fait de l'Afrique un continent instable et peu sûr. Dans ces guerres où les vainqueurs ne sont jamais connus, les lendemains sont souvent plus difficiles à gérer. Si faire la guerre ou entrer en rébellion est souvent facile, la véritable bataille ne commence, selon les spécialistes en relations internationales et médiations dans les conflits, qu'à la suite des échauffourées. Au moment où il faut tout reconstruire, bâtir et retrouver la cogestion des sociétés.

Plusieurs années après le départ de Mobutu, la question de la terre oppose toujours dans l'ex-Zaïre, Interhamués et Congolais de part et d'autre des grands lacs. Dans le conflit qui mine la Côte d'Ivoire, le véritable problème dépasse de plus en plus les politiques, pour devenir une affaire de partage des terres entre générations d'Ivoiriens composés de soit-disants autochtones aux Maliens, Burkinabés, Ghanéens et Sénégalais présents sur le territoire ivoirien bien avant les indépendances et le tracé des frontières. C'est dans ce contexte qu'il est devenu bien difficile de gérer aujourd'hui les dynamiques de paix en Afrique en général et en Afrique de l'ouest en particulier. Si on y ajoute les rébellions (Chez les touaregs du Mali et du Niger, mais aussi en Casamance au Sénégal,) on est encore loin de faire le tour des conflits.

Aujourd'hui, estime Alioune Tine, Secrétaire exécutif de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (Raddho), " Ces conflits sont définis par les géopolitiques comme des conflits nouveaux dans la mesure où il est difficile de saisir le jeu de force géopolitique d'envergure internationale. A l'en croire, ces conflits, même s'ils sont prévisibles ou prédictibles, surprennent par leur soudaineté, contrastent avec les conflits inter-etats dans la mesure où nous n'assistons pas à des déclarations de guerre, ni ne respectent les normes, les conventions et les traités relatifs aux droits humanitaires et aux droits de l'homme. Pire, poursuit le professeur Tine, ils n'ont cure des normes et valeurs traditionnelles de l'Afrique, souvent donnent l'impression de se dérouler dans le chaos, l'anomie sociale et la perte de sens (génocide au Rwanda, atrocités en Sierra Leone, Liberia, Côte d'Ivoire etc.). "

Pour le professeur Alioune Tine, " On les considère d'ailleurs à tort comme des conflits ethniques. Or sur la question, les chercheurs ne sont pas en phase avec les médias parce que l'éthnicité masque souvent les causes réelles et les facteurs déclencheurs des conflits. " A l'en croire, " l'ethnicité représente beaucoup plus les symptômes que les causes profondes de ces conflits. " Citant certains ethnologues, comme le Français Jean Loup Amselle, il dira que, " Les ethnies ne sont pas des données séculaires et qu'elles ont été définies et délimitées par les autorités coloniales. " Le géographe Yves Lacoste, spécialiste des questions de géopolitique et directeur de la revue Hérodote, dit pour sa part " qu'on peut considérer ces conflits comme les réalités de deuxième type : des représentations géopolitiques qui comme les idées nationales se sont constituées au cours de l'histoire dans des luttes et des relations d'influence et qui peuvent se cristalliser, s'estomper, se fondre et continuer d'évoluer. "

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Cela veut dire ainsi, pour les spécialistes, que l'ethnicité n'intervient pas dans la dynamique des conflits, mais surtout dans la distribution de l'espace, dans les alliances qui peuvent se nouer au-delà du tracé des frontières reconnues depuis la conférence de Berlin (signé par la France, la Belgique et l'Allemagne et la Turquie) entérinée par la charte de l'Organisation de l'Unité africaine dès sa naissance en 1963.

Ce qui fait dire au politologue Michel Ghaly que, " l'Etat post-colonial porte en lui la guerre et même les facteurs de sa reproduction élargie, autrement dit, les frontières artificielles sont considérées aujourd'hui comme des facteurs belligènes, en ce sens qu'elles ont constitué des ruptures bio topiques par la déterritorialisation historique, culturelle et politique de certaines communautés africaines. "

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