Aline GroËme
8 Mai 2004
Port Louis — Face à la péninsule du Morne, le vent a planté son royaume. Brises et bourrasques ont attiré Club Mistral, un centre de windsurf international, à l'Indian Resort. Visite du spot fréquenté par des surfeurs dont l'ambition est de planer.
Un court instant, le vent reprend haleine. D'abord une douce brise. Puis, un souffle rauque et salé. Au Morne, l'alizé gagne rapidement en intensité. Tourne, tournoie, tourbillonne. Fait enfler la houle, rythme la marée. Attire des intrépides aux muscles bronzés qui cherchent sans répit à l'apprivoiser. A s'en faire un allié. Une force capricieuse momentanément maîtrisée par des surfeurs en mal de ciel.
Tous partagent le besoin viscéral de s'envoler. L'envie répétée de se suspendre au temps, entre gris et vert. De planer jusqu'à confondre la monotonie du ciel et le teint pratiquement hivernal de la mer. La haute saison du kitesurf est arrivée. La demande en équipements (kite, harnais, casque, chaussures, gilet) s'accélère graduellement du côté de la péninsule. Le mouvement est alimenté par l'ouverture depuis novembre 2003 de Club Mistral.
Ses marques trouvées, la multinationale, qui propose à la fois la location de matériel et des cours de kitesurf, a officiellement lancé ses activités hier. Son enseigne chargée de références au vent provençal se trouve à l'hôtel Indian Resort, au Morne.
« C'est le meilleur spot de toutel'île. »Rayonnante dans son deux pièces coordonné, Yola Bichler, la directrice de Club Mistral, qui a fait le déplacement pour l'occasion, explique que c'est grâce au bouche à oreille qu'elle a entendu parler du Morne. De son lagon protégé. De ses passes - dont Manawa et Chameau - connues des initiés. Et surtout de son exposition exceptionnelle au vent.
"Jouer avec le vent"
Près de la jetée, les pieds enfoncés dans le sable, Reggie Sieberhagen fait de grands gestes. Sans se préoccuper des sautes d'humeur de l'air ambiant, le moniteur de kitesurf s'active au-dessus de sa pompe. Avec précaution, il a déplié une aile toute neuve sur la plage. Rouge avec des étoiles bleues sur les bords, elle ne requiert que cinq minutes d'attention. Au fur et à mesure, l'inscription Vegas 12 se détache distinctement. Pour empêcher l'aile légèrement dentelée de prendre le large, Reggie lui jette quelques poignées de sable.
Les mains libres, il déroule les quatre lignes qui attacheront l'homme à son rêve. Posées à plat sur le sable, Reggie les pince ensuite entre ses doigts compétents. Refait le chemin à l'envers pour être sûr de ne pas se tromper. Sangle son harnais. Empoigne sans tarder la planche. File dans l'eau.
Tilo Beckmann, le directeur du centre local de Club Mistral, a observé la scène de loin. Son regard bleu froid de professionnel se réchauffe d'un sourire : « Le travail n'est pas trop dur. Il s'agit juste de jouer avec le vent. »
La partie commence lentement. Après un temps d'adaptation, Reggie enfile la planche à ses pieds. Dans un jet d'écume, il trace une courbe sur l'océan. Direction l'horizon. De la plage, il n'est plus qu'une silhouette bleue et blanche tractée par l'aile rouge.
Demi-tour. Reggie prend de la vitesse. Revient vers nous. S'élance. Le bond est timide. Ses jambes forment à nouveau un angle droit avec la mer. C'est reparti. Le round d'observation entre le vent et le moniteur est terminé. Les efforts du surfeur lui gagnent son ciel. Cette fois, son corps tendu reste suspendu plusieurs secondes d'affilée entre eau et air avant d'être rattrapé par la pesanteur.
Avec cette facilité née de la pratique, le moniteur nous gratifie de volutes gracieuses, de bonds prodigieux et de quelques loopings. « Son truc préféré, c'est de sauter au-dessus de la jetée », commente Tilo Beckmann. Mais deux bateaux ancrés à proximité auront raison de la témérité de Reggie.
Trois-quart d'heure plus tard, à peine essoufflé, le moniteur sort de l'eau sans grelotter. La démonstration terminée, c'est le sourire aux lèvres qu'il s'apprête à enseigner la technique aux clients de l'Indian Resort ayant retenu ses services. Patient et concis, il dirige notamment Dimitri, le « mauvais élève » qui emmêle par deux fois ses lignes. Jette un rare coup d'oeil au couple d'Italiens visiblement mordus de glisse. Avant de céder à nouveau à l'appel conjugué du vent et de la mer.
"Club Mistral, la technique au secours de l'instinct"
Ne devient pas "kitesurfer" qui veut. Il faut un minimum de six heures de cours pour maîtriser la base et faire quelques mètres.Contrôler le kite nécessite dix heures de pratique en moyenne.
Première leçon : le néophyte manoeuvre une aile de 2,5 mètres pendant deux heures. Il ne quitte pas le lagon. Deuxième étape : la nage-traction. Une aile de quatre à six mètres est arrimée à deux lignes. L'élève s'exerce à bouger l'aile. Au bout de 45 minutes, il garde une main sur le harnais et tend l'autre dans l'eau. Vient l'étape de la planche. Il faut coordonner ses gestes pour maintenir l'aile à midi, tout en enfilant sa planche. Tirer la barre à soi sert à donner plus de force à la traction exercée par le vent.
Ce sport exige des pratiquants une condition physique excellente. Le kitesurfer doit être un bon nageur. Il doit être capable de relever son kite quand il est seul dans l'eau. Club Mistral est présent dans plus de quinze pays, du Cap Vert aux Barbabes, en passant par Sainte-Lucie.
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