H.m.
8 Mai 2004
interview
De plus en plus de patients sont suivis pour asthme. Sa fréquence a-t-elle réellement augmenté ? Oui, elle a beaucoup augmenté dans le monde, depuis une trentaine d'années. En Tunisie, elle est estimée de 3 à 6% chez les enfants d'âge scolaire. Les fréquences les plus élevées sont observées dans les villes, elles sont plus faibles en zones rurales. L'asthme est la maladie chronique la plus fréquente de l'enfant.
Le point avec Dr Agnès Hamzaoui, pneumologue à l'hôpital Mami de l'Ariana.
- Quels sont les facteurs responsables ?
L'asthme survient souvent chez des sujets prédisposés génétiquement, on retrouve souvent d'autres membres de la famille souffrant d'asthme ou de manifestations allergiques comme un «rhume des foins» ou une allergie cutanée. L'asthme est d'abord lié à l'allergie, particulièrement chez l'enfant. Les allergies les plus importantes sont dues aux acariens qui sont des insectes microscopiques retrouvés dans la poussière des maisons. Des allergies aux pollens, et aux poils d'animaux comme le chat sont assez fréquentes. Les manifestations liées à la prise d'aspirine sont assez sévères. Chez l'enfant, l'allergie aux cacahuètes est toujours à rechercher. Les allergies professionnelles sont fréquentes dans certains métiers comme ceux de l'industrie textile. Il est cependant possible de souffrir d'un asthme sans allergie. C'est souvent le cas des asthmes qui se déclarent chez des adultes au-delà de la quarantaine. Par ailleurs, les crises d'asthme peuvent être déclenchées par de très nombreux signaux autres que l'allergie. Nos bronches, quand nous respirons de l'air pollué, se referment pour nous protéger en diminuant l'entrée d'air dans nos poumons. Les bronches d'asthmatiques se referment trop vite et trop fort. C'est ce qui provoque la crise d'asthme et la sensation d'essoufflement qui l'accompagne. Parmi ces facteurs déclenchants, sont fréquemment rapportés l'exposition à des irritants : fumée de cigarette, pollution atmosphérique automobile et industrielle, peinture fraîche
- Les bronchites mal soignées sont-elles responsables d'asthme ?
Non. Elles révèlent simplement la maladie. Les infections virales : rhumes, bronchites, bronchiolites du tout-petit peuvent provoquer des crises chez des patients asthmatiques, mais pas chez des sujets aux bronches normales.
- A quel âge l'asthme se déclare-t-il ?
L'asthme apparaît le plus souvent chez l'enfant entre trois et cinq ans, mais il peut se manifester chez les tout-petits nourrissons de six mois. Une autre forme d'asthme est l'asthme tardif de l'adulte, atteignant surtout les femmes après la ménopause.
- Les enfants asthmatiques guérissent-ils ?
Chez les petits enfants «siffleurs», une disparition complète des troubles est fréquente avant l'entrée à l'école. L'asthme d'un enfant sur deux disparaît à la puberté, plus souvent chez les garçons. Un enfant sur quatre sera définitivement guéri. Les autres risquent de rechuter à l'âge adulte.
- Existe-t-il des médicaments efficaces ?
Bien sûr. Nous disposons de deux types de médicaments à associer. Les bronchodilatateurs qui permettent d'ouvrir les bronches pendant les crises en relâchant les muscles bronchiques et les anti-inflammatoires inhalés, corticoïdes qui normalisent les tissus bronchiques. Ce traitement anti-inflammatoire est essentiel, il permet de retrouver une fonction respiratoire normale et d'éviter de nouvelles crises. L'association des broncho-dilatateurs et des corticoïdes inhalés est extrêmement efficace chez la majorité des asthmatiques qui mènent une vie normale. Il est cependant indispensable que le traitement soit régulier et continu. Il ne faut surtout pas l'arrêter parce que l'on va mieux : cette amélioration prouve l'efficacité du traitement et la nécessité de le continuer. La crainte des effets secondaires des corticoïdes inhalées (en spray) n'est pas fondée. Ils sont très bien tolérés même par les enfants et ne retentissent pas sur la croissance.
- L'utilisation des sprays est-elle indispensable ?
Oui, c'est la meilleure voie d'utilisation des médicaments dans l'asthme. Elle permet de cibler l'action des médicaments en évitant les effets secondaires. Il n'y a pas à craindre de s'accoutumer aux sprays: l'utilisation excessive de broncho-dilatateurs reflète une insuffisance du traitement anti-inflammatoire. Les sprays ont une image négative dans notre pays, un peu honteuse qui n'a aucune raison d'être.
- La désensibilisation joue-t-elle un rôle important ?
Seulement chez les patients allergiques, particulièrement quand une rhinite allergique est associée. Elle est particulièrement indiquée chez l'enfant. Elle n'est pas toujours efficace. Un traitement médicamenteux est toujours associé au début, et l'efficacité de la désensibilisation se juge sur la possibilité de diminuer les traitements médicamenteux.
- Peut-on faire du sport quand on est asthmatique ?
Absolument. Le but du traitement est d'aboutir à une vie normale, donc une activité physique normale. Les enfants ont besoin de faire du sport pour se développer physiquement, être intégrés dans leur classe et ne pas se considérer comme des handicapés. Les activités sportives peuvent provoquer des crises d'asthme, mais un traitement bien conduit permet de les éviter. De nombreux champions sont asthmatiques. Alors, évitons les dispenses de sport. Le soutien des professeurs de sport et de l'équipe scolaire serait d'un grand apport.
L'asthme est une maladie chronique, mais qui bénéficie de thérapeutiques efficaces. Bien sûr, il est lassant de prendre tout le temps des médicaments, mais le but du traitement anti-asthmatique est de permettre une vie normale. Cet enjeu mérite l'adhésion des patients, de leurs familles et des médecins, ne pensez-vous pas ?
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