Mounirou Fall
12 Mai 2004
analyse
Symbolique, la monnaie unique est l'objectif clé de "l'initiative monétaire accélérée" pour intensifier l'effort global d'intégration de la Cedeao. Des études empiriques menées en mars 2001 indiquaient qu'une union monétaire multiplie les échanges par trois. Compte non tenu de l'informel, le commerce entre les pays membres de la Cedeao (plus de 210 millions d'habitants et 300 millions en 2015) ne représente qu'un peu plus de 10% du total de leurs exportations et importations. Les raisons de cette situation ? Barrières tarifaires, absence de politique commerciale commune, de réseau de transports défaillant et conflits régionaux.
L'utilisation d'une monnaie unique dans les transactions intra-régionales permettrait des économies de devises. En outre, une monnaie unique réduirait les transactions transfrontalières de nature spéculative qui sont à présent, courantes avec les monnaies de l'Afrique de l'Ouest, (le FCfa, valeur refuge) selon le FMI. La perte de la souveraineté nationale dans l'utilisation des instruments monétaires (taux de change et d'intérêt) est le coût évident d'une union monétaire. A ces défis lancés aux politiques, les experts mettent en balance les "bienfaits" de l'euro pour l'Union européenne qui s'en sert comme instrument de politique monétaire et diplomatique. La Cedeao a beaucoup à gagner dans l'intégration. Des avantages des économies d'échelle, création d'un marché commun, attraction des investissements directs étrangers, union douanière, monnaie unique, des baisses des coûts de transaction.
Difficultés à effacer la balkanisation monétaire
A côté du franc CFA et de l'escudo (Cap Vert), six autres pays frappent chacun leur monnaie. Gambie (dalasi), Ghana (cedi), Guinée (franc), Liberia (dollar), Nigeria (naira) et Sierra Leone (leone). Ils visent, depuis décembre 1999, à créer une deuxième union monétaire avec une monnaie commune en Afrique de l'Ouest. Baptisée 'ECO', la mise en circulation de la monnaie unique de cette nouvelle zone monétaire de la région ne se fera pas dans un court terme.
En fait, Abuja, Accra, Banjul, Conakry, Freetown et Monrovia s'étaient engagés à adopter une monnaie commune avant janvier 2003 et à oeuvrer vers la fusion de leur union monétaire avec l'UEMOA en janvier 2004. Laissant encore dubitatifs les experts, le nouveau deadline est fixé au 1er juillet 2005. Pourtant, l'Institut monétaire de l'Afrique de l'Ouest a ouvert ses portes en 2001 dans la capitale ghanéenne. L'organisme intérimaire est chargé de faciliter la transition à la banque centrale commune dont l'entrée en fonction était prévue à la fin 2002.
Au moins 200 millions de dollars pour sa mise en place
Le principal goulot d'étranglement est le degré de non respect des critères de convergence par les six membres et les indicateurs macroéconomiques mal en point dans certains Etats de la région. On se rappelle, en Afrique de l'Ouest, les efforts d'intégration ont débuté avec les initiatives venant du Togo et du Nigeria en 1975, à l'inauguration de la Cedeao. Ainsi, dans la déclaration pour une seconde union monétaire, en 1999 à Lomé, les six Etats "retardataires" qui voudraient être "Fast track" s'étaient engagés à remplir les critères de convergence préalables à l'introduction d'une monnaie unique. Des conditions sont jugées moins contraignantes que celles régissant actuellement l'Uemoa.
En fin 2003, les candidats à la nouvelle union monétaire devaient atteindre ces résultats qui sont : un taux d'inflation inférieur à 5 %, des réserves brutes en devises couvrant au moins 6 mois d'importation, le financement du déficit budgétaire par la Banque centrale limité à 10 % des recettes fiscales de l'année précédente, enfin un déficit budgétaire plafonné à 4 % du produit intérieur brut (Pib).
Bien qu'il soit en attente de sa réalisation, l'enjeu de la monnaie unique justifie l'expression de cette volonté politique. Mais la "concentration des pouvoirs" entre les mains des seuls chefs d'Etat est "un gros caillou" sur la piste de l'intégration.
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