Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Natation - Malick Fall : "Mettre des moyens pour dénicher d'autres Malick Fall et Khadija Ciss"

Propos recueillis par Omar DIAW

15 Mai 2004


interview

Avec une moisson de neuf médailles aux derniers championnats d'Afrique organisés au Maroc, le Sénégal vient de réaliser la meilleure performance de son histoire. Une performance rendue possible par un étonnant Malick Fall qui a engrangé deux médailles d'or au 50 m nage libre et au 100 m brasse, mais aussi les minima pour représenter la natation sénégalaise, en compagnie de Khadija Ciss, aux Jeux Olympiques d'Athènes en 2004. Après cette consécration, l'ancien nageur de l'Etics de Mboro et nouveau pensionnaire de natation de Lyon depuis, quelques semaines, classé 70ème sur 85 à Sydney en 2000, vise une place de la finaliste des JO 2004. Aussi, évoque-il la question des moyens susceptibles de mettre la natation sénégalaise sur la voie de la performance. Entretien

Comment appréciez-vous votre participation à ces championnats d'Afrique ?

Obtenir des médailles d'or pour la première fois , c'est magique pour le Sénégal. Devant les Egyptiens, les Marocains, personne ne s'attendait à ce que le Sénégal puisse décrocher des médailles. Cela nous a fait plaisir. Maintenant, il y a le public sénégalais qui nous encourage à ce niveau.

Qu'est ce qui a changé entre votre derrière championnat, en Egypte en 2003, et ceux de Casablanca, en 2004 ?

Il n'y a pas de secret. Il fallait travailler plus que les autres pour avoir toutes ces performances et ces médailles. Nous nous sommes bien battus pour espérer décrocher des médailles.

Est-ce qu'il y a des adversaires qui vous ont particulièrement posé quelques difficultés ?

Il y toujours des concurrents, comme les Egyptiens, les Algériens, les Sud-Africains qui sont parmi les meilleurs au monde. Je me suis dit qu'il faut y aller parce que je me suis bien entraîné, j'avais aussi le meilleur temps d'engagement en série. Je me suis dit qu'il était possible d'avoir des médailles.

Vous étiez donc tranquille avant d'entamer les championnats d'Afrique

C'est le sport et il faut se faire plaisir. Il y a ceux qui sont angoissés, c'est normal. Nous étions bien concentrés. Les coachs nous ont remonté le moral. Quand nous sommes en compétition, nous pensons aux Sénégalais qui nous suivent aussi.

Vous avez beaucoup progressé. Quel est le secret de cette progression ?

Comme je l'ai dit tantôt, il n'y a pas de secret. Du moins, s'il y a un secret, c'est l'entraînement. Ensuite, il faut comprendre ce qu'est la natation. En Afrique noire, nous sommes pratiquement les meilleurs. Il n'y a jamais eu un Africain noir à avoir décroché autant de médailles en championnat d'Afrique .

Votre séjour en Europe y est-il pour quelque chose ?

Il m'a apporté beaucoup de techniques. En France, on me demande où j'ai appris la natation. Si je leur réponds : au Sénégal, ils ne me croient pas parce que nous n'avions pas de bassins. Je pense que d'ici deux ou trois ans, le Sénégal pourra avoir d'autres Malick Fall ou d'autres Khadija Ciss. Avec notre entraîneur, Malick Fall, nous pouvons faire de bons résultats. Avant d'aller en Egypte, j'avais mes objectifs en tête. Je n'ai pas changé de technique, peut-être que j'ai progressé sur les plongeons et les virages. Cela demande beaucoup de force. Les autres sont plus musclés que moi, mais moi, ce qui me fait avancer, ce ne sont pas les muscles. J'ai travaillé ma technique ici au Sénégal et en France. J'ai continué avec Damien Chambon, mon entraîneur, avec qui je m'entends très bien.

Y a-t-il des insuffisances que vous avez comblé en France ?

J'ai quitté le Racing Club de Paris, il y a trois semaines. Mon entraîneur qui était avec moi au Racing est parti à Lyon. Et comme j'avais la chance d'avoir un entraîneur avec qui je m'entendais bien, je l'ai suivi. Depuis, je peux dire que j'ai fait mes meilleurs temps avec lui. Je commence à bien me rapprocher sur les 100 et le 200 m. J'avais trop de mal à faire 1'05, mon meilleur temps alors étant 1'03. Deux semaines avec lui, j'ai refait mes performances. Cela veut dire qu'il me connaît bien.

La première fois que je suis allé en France, c'est lui qui m'a entraîné et il est aussi un passionné du Sénégal. On m'a demandé ce que je compte faire aux Jeux olympiques, j'ai répondu qu'il faudrait garder les pieds sur terre, car la natation africaine n'est pas comme la natation mondiale. Nous aimerions arriver en demi-finale, si Dieu le veut. Moi, je ferai le maximum y arriver. Notre objectif sera, comme la dit le président de la Fédération (Dr Mohamed Diop : ndlr) d'être parmi les trente premiers et, en sus, de battre des records nationaux. Si nous disputons les demi-finales aux Jeux, tant mieux, car nous avons l'avenir devant nous, surtout en 2008.

Selon vous, quels sont les moyens techniques qu'il faut pour accéder à une médaille olympique ?

En ce moment, je ne travaille pas la musculation parce que j'étais dans une marge de progression. Nous devons travailler techniquement avec la musculation. Mais je crois que cela viendra. Aujourd'hui, nous avons franchi une étape qui est vraiment très importante. Nous avons eu des médailles aux championnats d'Afrique, aux Jeux africains et c'est clair que tout le monde va nous regarder à l'avenir. Comme cela devient de plus en plus sérieux, nos moyens aussi devraient suivre.

Quel est votre spécialité ?

Au début de ma carrière avec l'entraîneur Malick Fall, j'avais commencé avec le crawl. Puis j'avais dit que la brasse me plaisait bien. Je suis qualifié aux Jeux olympiques avec le 4 fois100 nage libre, mais je fais toutes les nages : papillons, dos, crawl.

Les adversaires vont désormais vous regarder d'un autre oeil. Est-ce à dire que quelque chose va changer dans vos objectifs ?

Nous ferons le maximum, car les marges de progression sont comme les escaliers. Nous essayons de monter de plus en plus haut. Nous voulons être parmi les meilleurs, mais il faut que les gens sachent que la natation n'est pas comme le football, où l'on peut aller jusqu'à trente voire quarante ans. La natation est une affaire de jeunes. Je crois qu'il faut mettre des moyens pour les jeunes afin qu'on puisse dénicher d'autres Malick Fall, d'autres Khadija Ciss.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2004 Sud Quotidien. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Sénégal

Rubriques