L'Express (Port Louis)

15 Mai 2004

Ile Maurice: Allégations : la Police Land Fraud Squad en ligne de mire

Port Louis — Antoine Chetty a nommément cité hier un policier en service comme étant le complice du gang dans un complot pour vol de terrains.

Depuis huit ans que la Police Land Fraud Squad (PLFS) existe, il y a eu des centaines de cas de vols de terre et une infime quantité d'enquêtes élucidées. Comment l'expliquer ? Pour des hommes de loi, cela ne fait pas de doute : certains membres de cette brigade se sont rendus complices de transactions frauduleuses. Une allégation que renforce la dernière déposition d'Antoine Chetty, consignée hier.

Le suspect a en effet incriminé en présence de son avocat, Me Samad Golamaully, un policier de l'escouade engagée dans la lutte contre la fraude dans les transactions foncières. Il s'agit d'un policier en service. Cet officier, affirme Antoine Chetty, aurait participé à un complot ourdi par le notaire Vinay Deelchand dont il a évoqué les « liens étroits » avec des membres de la PLSF.

La semaine dernière, Antoine Chetty avait impliqué une douzaine d'officiers sans les nommer. Il s'était dit en mesure de « les identifier ». Il a hier donné plus de détails sur le type de relations qu'aurait entretenus le notaire avec la brigade. Il a démontré comment le système Deelchand a « infiltré » cette escouade policière.

S'il y a complicité, comment ces policiers s'y prennent-ils ? « Ils intimident les victimes qui viennent déposer, » répond Me Golamaully.

« Souvent, ces policiers découragent les plaignants qui viennent rapporter des fraudes. Ils leur disent que c'est à travers un procès civil qu'ils pourraient régler la chose. Or, la plupart du temps, ces présumées victimes n'avaient pas les moyens d'intenter un procès. »

AUCUNE ACTION ENGAGÉE

L'avoué Rangasamy Pazhany soutient les propos de son collègue. Il est un de ceux qui osent dire tout haut qu'il y a des choses pas nettes autour de la PLFS. « Je connais beaucoup de cas où les victimes de vols de terres se sont rendus à la Land Fraud Squad mais elle n'a engagé aucune action. Ils cherchent aujourd'hui justice par un procès en civil alors que ces affaires sont des délits criminels. »

A la Fraud Squad, on se défend d'avoir intimidé ou fait la sourde oreille aux plaintes. Un des enquêteurs de cette brigade reconnaît qu'il y a une surprenante disparité entre le nombre de plaintes reçues et le nombre d'actions légales initiées par la PLFS. De toutes les brigades de police, elle est celle qui entame le moins de poursuites « Mais il faut comprendre que bien souvent, après enquête, on se rend compte que le notaire est lui-même la victime. Contre qui alors entrer l'action. Il n'a fait que signer les documents et les personnes concernées par la fraude ont produit de fausses cartes d'identité. Si quelqu'un utilise une carte d'identité qui porte votre nom et sa photo pour vendre un terrain qui vous appartient, il est difficile de retracer l'escroc en question »

Ce n'est pas une excuse valable, de l'avis des hommes de loi qui préparent un dossier contre la Land Fraud Squad, avec une centaine de plaintes de présumées victimes. "Quel que soit le cas de figure, on peut toujours enquêter et retracer l'escroc. Il y a mille et une façons de le faire."

L'affaire de la Land Fraud Squad ne fait que commencer. Il n'est pas impossible que le policier soit convoqué pour un interrogatoire au début de la semaine prochaine. A la lumière de son interrogatoire, les hommes de Hector Tuyau, inspecteur à l'Anti- Drug & Smuggling Unit (Adsu) décideront de l'interrogatoire d'autres éléments de cette escouade.

L'interrogatoire de Antoine Chetty sur des activités de la PLSF se poursuivra la semaine prochaine. L'escouade est actuellement dirigée par deux assistants surintendants, Noël Francis Bansy et Dilchand Bhogun. Selon nos recoupements, ils n'ont à aucun moment été incriminés par Antoine Chetty.

COMPLOT ALLÉGUÉ

Mooraghen interrogé sur le piège tendu à Nundlall

L'interrogatoire du suspect Moonsamy Mooraghen a continué hier en présence de son avocat, Me Hervé Lassémillante. Les questions ont porté sur le complot allégué ourdi en octobre 1994, dans l'enceinte de la Special Mobile Force à Vacoas, pour incriminer Satish Nundlall dans un trafic de drogue. Ce dernier est un ex-partenaire du tandem Vinay Deelchand-Mooraghen. Ce complot, selon les dires d'Antoine Chetty, aurait été évoqué en présence de Raj Dayal, l'ex-commissaire de police. Moonsamy Mooraghen, le notaire Vinay Deelchand et Antoine Chetty seraient aussi impliqués.

La maison de Satish Nundlall avait été fouillée à deux reprises par l'Anti-Drug & Smuggling Unit (Adsu) le jour prévu dans le complot. Mais les hommes de Vinod Appadoo, aujourd'hui surintendant à l'Adsu, étaient rentrés bredouilles. Une autre équipe, menée par l'inspecteur Ramasawmy et Hector Tuyau, s'étaitrendue à Belle-Rose, non loin de l'hypermarché Super U. Dans une maison abandonnée ils avaient arrêté un dénommé Siven Benyaya avec une dose d'héroïne. Celui-ci avait allégué que Satish Nundlall était son fournisseur. Ce dernier avait alors été incarcéré pendant trois jours. La raison de ce coup monté ? Satish Nundlall n'aurait pas été satisfait des transactions financières et immobilières dans lesquelles Deelchand et Mooraghen étaient impliqués. Ces derniers nient de leur côté toute allégation de complot. Dans sa récente déposition, le surintendant Vinod Appadoo confirme qu'il avait reçu à l'époque des instructions en haut lieu pour perquisitionner le domicile de Satish Nundlall.

Mario Vithilingum, autre suspect dans l'affaire Deelchand, a été examiné hier par le médecin légiste Satish Boolell. Il avait été interrogé jeudi par la CID de Quatre-Bornes au sujet de la violente agression subie par Lalldev Gajadhur à son domicile en juin 1998. Diabétique et asthmatique, le suspect a été reconduit en cellule. Outre Mario Vithilingum, un certain Cyril César a été arrêté dans le cadre cette agression.

De son côté, Dev Hurnam est toujours admis à l'hôpital du Nord. Les résultats des analyses de l'avocat, obtenues hier, indiquent que son sang est encore épais et qu'il souffre d'hypertension. Ces analyses ont été faites jeudi par un panel de médecins qui estiment que son hospitalisation doit être prolongée. Le bulletin de santé de Dev Hurnam a été communiqué hier aux médecins-légistes Abdool Khalick Mohungoo et Soudesh Gungadin. Ils n'ont pas objecté à cette hospitalisation prolongée.

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