Lyès Ibalitène
16 Mai 2004
«Il n'y aurait pas de plus beaux cadeaux pour nous en cette année de célébration de dix années de démocratie que de se voir attribuer la Coupe du monde 2010.»
Le voeu, d'il y a quelques jours, est d'un certain Nelson Mandela, symbole vivant de la réconciliation sud-africaine et icône de tout le continent. Voeu exaucé. Sans surprise aucune tellement l'Afrique du Sud présentait des arguments imbattables pour s'imposer face à ses adversaires et devenir le premier pays africain à accueillir la plus prestigieuse des compétitions sportives dans le monde.Bien plus qu'un cadeau d'anniversaire, une consécration avouée des efforts d'un pays en rupture avec le régime raciste de l'apartheid. Rupture jeune de dix années mais qui porte en sa raison d'être un idéal l'âge mature de nombreuses décennies de lutte de tout un peuple. D'une nation. Car, hier c'était, avant et après tout, incontestablement la victoire d'une nation qui a su se réconcilier avec elle-même avant de se réconcilier avec les autres nations et le reste du monde. Dès lors, quoi de plus significatif de pareille vérité que d'accueillir toutes ces nations et tout ce reste du monde chez soi.
En Afrique du Sud. En 2010, ils seront pas moins de 32 pays, des dizaines de milliers de spectateurs et des millions de téléspectateurs à se réunir autour de la planète foot et à communier sur le socle des nobles valeurs humaines, dans cette terre de l'autre extrémité du continent si belle à regarder conjurer le mauvais sort et lutter contre son passé. La plus belle des reconnaissances peut-être pour un pays longtemps banni par les nations du football, et d'autres disciplines, pour avoir été un exemple typique et au-dessus de toute concurrence dès qu'il s'agissait d'exceller dans les pratiques aussi horribles que honteuses de la ségrégation raciale, savamment entretenues par les idéaux inhumains du tristement célèbre apartheid. Assurément, il y a dans cette consécration et dans la liesse populaire qui s'est emparée des villes de cet immense pays qu'est l'Afrique du Sud un spectacle qui précède le spectacle de 2010 et qui vous offre à contempler la victoire politique et économique d'un pays aux ressources si gigantesques qu'elles ne demandaient qu'à être débarrassées d'une chape de plomb nommée apartheid pour s'affirmer et convaincre le monde entier que le pays des trois prix Nobel de la paix que sont Nelson Mandela, Frederik De Klerk et Desmond Tutu pouvait offrir nettement mieux au monde que la ségrégation raciale.«Je me sens très jeune aujourd'hui.
Cette victoire est extraordinaire. Je tiens à remercier tous ceux qui nous ont encouragés. Je m'adresse à ceux dont les espoirs ne se sont pas concrétisés en leur disant qu'il ne faut pas se décourager. Il faut faire preuve d'humilité et ne pas faire preuve d'arrogance, nous sommes tous égaux», avouait hier Nelson Mandela. Très jeune. Si jeune que le vieux militant de 85 ans qui a passé un quart de siècle de sa vie dans les geôles de l'apartheid ne préfère avoir de mémoire que les «dix années de démocratie». De l'Afrique du Sud qui gagne.
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