Bernard Saminaden
17 Mai 2004
Port Louis — L'antidrogue pourrait arrêter un policier désigné par Chetty ce week-end. Les enquêteurs comptent aussi interroger rapidement Raj Dayal sur les allégations de l'ex-chauffeur.
Les enquêteurs de la brigade antidrogue (Adsu) abordent une étape très sensible cette semaine dans l'affaire Deelchand. Si Antoine Chetty confirme ses allégations dans une déposition, ils vont probablement arrêter un policier affecté à la Land Fraud Squad dont le nom a été communiqué à Ramanooj Gopalsingh, le commissaire de police. Ce policier aurait fait la navette entre le bureau du notaire Deelchand et la Land Fraud Squad dans les années 2000 et probablement avant : un va-et-vient avec une valise remplie de billets destinés à des hauts gradés.
Chetty aurait affirmé ce week-end à un enquêteur que Deelchand lui a dans le passé demandé d'échanger un chèque de Rs 500 000 à la State Bank. Chetty allègue qu'il est ensuite revenu avec l'argent liquide et que cette somme a été remise à un policier dans le bureau du notaire. Antoine Chetty devrait donner sa déposition dans la semaine.
Les enquêteurs cherchent donc des traces de la transaction. Ils doivent vérifier les comptes bancaires et les achats effectués par le policier incriminé. D'après Chetty, presque la totalité de l'argent en provenance de Vinay Deelchand à destination de policiers servait à les arroser pour bons et loyaux services rendus dans des affaires de vol de terrains.
Les victimes, malgré leurs plaintes, n'ont ensuite jamais su pourquoi personne n'était ni arrêté ni inquiété. Pour une soixantaine de ces "pigeons", l'arrestation de ce policier signifie peut-être la fin d'un long tunnel parsemé d'injustice.
Selon nos recoupements, l'arrestation de ce policier aurait déjà été envisagée car il aurait des informations concernant les relations entre le notaire Deelchand et certains policiers. Cela aurait vraisemblablement un effet domino et un "véritable coup de tonnerre" est attendu par les enquêteurs.
D'autre part, nous apprenons que les enquêteurs, vu la complexité de cette affaire de vente illégale de terrains, envisagent de faire appel à un juge à la retraite. Ils écartent l'idée d'avoir recours à d'autres notaires de renom pour éviter tout conflit d'intérêts. Le juge à la retraite pourrait alors démonter le mécanisme du vol de terrains. Ainsi, par exemple, certains lots auraient été achetés et revendus le même jour par le même propriétaire. On évoque aussi une affaire douteuse concernant plusieurs arpents situés au Morne où le notaire Deelchand serait impliqué avec un ressortissant italien. Ce dernier, selon des informations obtenues par Interpol, serait dans le collimateur de la police italienne. Il pourrait s'agir d'une affaire de blanchiment portant sur Rs 40 millions.
Le cas Dayal
L'ex-commissaire de police, Raj Dayal, sera-t-il appréhendé cette semaine ? Cette possibilité a été sérieusement évoquée dans le courant du week-end par les principaux enquêteurs qui estiment qu'il pourrait brouiller l'enquête s'il n'est pas rapidement interrogé.
La bronchite de l'ex-commissaire fait éternuer les enquêteurs qui chercheront l'avis du parquet avant de passer ou non à l'action. La maladie de Raj Dayal ne serait d'ailleurs pas un véritable obstacle, selon certaines sources émanant du judiciaire. Il pourrait en effet poursuivre son traitement médical en cellule et être interrogé aussitôt qu'il reprend des forces. Son certificat médical, émis par le Dr Ramdin, arrive à expiration vendredi.
Raj Dayal a été désigné par Antoine Chetty comme étant partie prenante d'un complot contre l'homme d'affaires Satish Nundlall. L'ancien homme de main du notaire Deelchand a expliqué aux enquêteurs de l'Adsu comment de la drogue aurait été placée chez Nundlall, avec l'aval de Deelchand, lors d'un complot concocté au Warrior's Retreat à la Special Mobile Force (SMF), et ce en présence de l'ex-commissaire de police. Raj Dayal a nié en bloc les allégations portées contre lui et a fait état d'un complot de trafiquants de drogueà son égard.
Dev Hurnam, un mois déjà
L'avocat-parlementaire est une autre personnalité impliquée par Antoine Chetty sur laquelle les enquêteurs veulent mettre le grappin pour l'interroger au plus vite. Il est attendu en cour mercredi pour sa motion de remise en liberté. Cela fait exactement un mois qu'il a été arrêté et conduit en cellule policière au poste de Moka. Souffrant de troubles cardiovasculaires et d'hypertension, il a fait une sorte de "tour de Maurice médical". De la Cardiac Unit de l'hôpital Victoria il est allé à l'hôpital du Nord. Après avoir obtenu sa décharge du Dr Santosh Reebye, il a été se faire soigner par le Dr Prakash Doolub à la clinique Med Point à Phoenix. Comme aucun médecin ne voulait le soigner, il s'est rendu à la City Clinic de Port-Louis où le Dr Basdeo Goolaup, médecin généraliste, l'a soigné.
Finalement, la cour a statué que Dev Hurnam doit retourner en cellule après avoir obtenu l'avis médical des médecins de la police. Mais il a encore échappé à la cellule après avoir passé la semaine dernière à l'hôpital Victoria où les médecins légistes Khalick Mohungoo et Soudesh Gungadeen ont conclu qu'il était souffrant. L'avocat parlementaire refusant de se faire examiner à l'hôpital Victoria par le Dr Asrak Patel, cardiologue, il est retourné à la case départ, c'est-à-dire à l'hôpital du Nord.
Les enquêteurs attendent avec impatience sa décharge pour l'interroger sur les allégations d'Antoine Chetty selon lesquelles il aurait commandité le meurtre de deux policiers et l'agression du Senior Puisne Judge Bernard Sik Yuen. L'avocat-parlementaire a nié en bloc ces accusations dans ses affidavits.
Antoine Chetty devrait consigner d'autres dépositions cette semaine sur les liens allégués entre Vinay Deelchand et la Land Fraud Squad.
Inspecteur Tuyau et Me Collendavelloo
En marge de l'enquête, ce week-end, l'inspecteur Hector Tuyau a déposé plainte contre l'avocat Ivan Collendavelloo. Il reproche à ce dernier d'avoir tenu des propos hautement diffamatoires et racistes à son égard en le traitant de "Zako". L'avocat de Sandeep Appadoo d'Agnis Property a nié ces allégations.
L'incident aurait éclaté lorsque Sandeep Appadoo a réclamé une lettre émanant d'un certain Soyfoo qui avait écrit à Chetty. Soyfoo aurait réclamé de l'argent dans cette lettre pour que de la drogue soit placée chez Faizal Buglah.
D'autre part, un autre incident a eu lieu samedi quand Me Zafruddin Jaunbaccus s'est rendu aux Casernes centrales pour rencontrer son "client" Moonsamy Mooraghen. Les policiers de service l'auraient alors informé que l'avocat de Mooraghen est Me Hervé Lassémillante et qu'il ne peut donc voir le détenu. Les enquêteurs auraient en effet des documents indiquant que Mooraghen et Me Jaunbaccus sont partenaires dans la société Zavi Pro foncier Ltd, impliquée, avec Vinay Deelchand, dans le scandale de Le Bouchon.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2004 L'Express. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.