Farida Belkhiri
17 Mai 2004
Diplômé de l'Académie Chopin de musique, le Trio Strings adapte le répertoire classique et jazz à des instruments à cordes, violon et violoncelle
Sur une scène jonchée de roses jaunes, le trio Strings exhibe fièrement ses instruments à cordes. C'est à eux qu'il doit son nom. C'est pour eux également qu'il a adapté des morceaux de musique classique composés et écrits pour orchestres. Les partitions n'ont de place que pour deux violons et un violoncelle.Pour leur premier concert à Alger, samedi dernier, à la salle Ibn Zeïdoun, les trois musiciennes polonaises (deux violonistes et une violoncelliste), toutes vêtues de noir, amorcent avec du M. Oginski. Adieu la patrie, une ouverture purement polonaise qui marque le cachet de cette soirée, organisée dans le cadre de la 5e édition du Festival culturel européen.Après ce prélude, le trio attaque la première partie du programme avec une oeuvre de Haydn. Les cordes égrèneront le Trio londonien n°1 pour enchaîner avec la fameuse valse de J. Strauss, le Beau Danube bleu (Op. 314). Les deux beaux morceaux classiques qu'on a l'habitude d'écouter joués par des formations bien plus «riches» en instruments (orchestres de chambre, symphonique ou philharmonique), ont trouvé dans ce trio à cordes des interprètes qui ont su préserver toute la beauté et toute la pureté de leurs mélodies. La douceur du chant des violons soutenus par le violoncelle imposait le silence. Seul le froissement discret des feuilles des partitions qu'on retournait perturbait de temps à autre le doux écoulement des notes. Le Trio Strings traite la musique à l'unisson, animé par la même passion qui dicte le mouvement à leurs archets. La Valse de Chopin,
A mineur, prend une autre couleur, s'exprime sous une autre forme à travers l'amalgame de tons engendrés par les deux instruments à cordes. Le violoncelle s'applique, par des touches légères et fugaces, à «contrer» les mélodies rythmiques et souples des deux violons, produisant un contraste fluide, changeant. Le même contraste est employé par les trois musiciennes quand elles reviennent sur le répertoire polonais en exposant la musique traditionnelle de la Pologne. Une musique folklorique très «modérée», énoncée dans Kujawiak et Dudziarz de H. Wieniawski. En écoutant ces deux airs, on a l'impression que le violon «gémit» alors que le violoncelle se fait «grondeur». Avec ses poussées énergiques, le violoncelle s'emploie à libérer le violon de sa mélancolie, de sa méditation. Une «bataille» mélodique se déclenche entre les deux instruments sans qu'il y ait de perdants ou de gagnants, puisque tous deux baignent dans une parfaite harmonie.
Ces deux pièces folkloriques closent la première partie du programme, trop classique au goût de certains, pour aborder, dans la deuxième partie, une approche plus «up to date». La Cumparsita de M. Rodriguez et la mélodie du film Un homme et une femme se vêtent d'un «costume» chatoyant, contemporain tout en ayant une allure quelque peu «conventionnelle» relevée au contact du violon et de violoncelle. Ces deux airs jouent, en quelque sorte, le rôle d'intermédiaire entre le monde classique et le monde moderne. Cette partie fait la part belle au jazz dans toutes ses expressions. Le public a eu à déguster The Entertainer de S. Joplin, Memory de A. L. Weeber, Fiddler on the roof de J. Bock, A day in the life of a fool de L. Bonfa, Take five de D. Brubeck, Fly me to the moon de B. Howard et enfin Mad about him, Sad without him, How can I be Glad without blues de L. Markes et D. Charles pour une clôture en beauté du concert.
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