Amine Echikr
17 Mai 2004
Pour le gouvernement Ouyahia, «c'est également le succès des réformes économiques qui conditionne la construction d'un développement national substantiel et durable, capable de répondre aux attentes de la société et capable notamment de prendre le dessus sur le chômage».C'est ainsi que dans le préambule du programme du gouvernement est décrite la nécessité de mener à terme les réformes notamment financières et administratives. Ces deux derniers volets sont dévolus au ministère des Finances. Un ministère se retrouvant ainsi comme centre de décisions qui semblent simples à mettre en oeuvre mais qui, dans la réalité, paraissent autrement plus compliquées que des définitions que l'on peut trouver dans n'importe quel bon livre d'économie financière. Ainsi, le gouvernement s'engage à moderniser le système financier et améliorer en parallèle l'efficacité économique de l'Etat. Et ce, au moment où les ministres en charge de la chose économique affirment que le temps de la libéralisation totale est venu.
La modernisation du système financier
Si le chantier de la réforme bancaire est ouvert depuis plusieurs années et que la libéralisation des secteurs des banques et des assurances est effective y compris aux capitaux internationaux, il n'en demeure pas moins que le poids du secteur public reste trop important pour espérer, à moyen terme, voir un inversement de tendance. Aussi, le gouvernement ne parle plus de réforme bancaire mais de «modernisation du système financier». Un chantier plus large puisqu'il englobe la Bourse et les marchés des capitaux et des changes. Pour cela, le gouvernement aspire, par rapport à ce qui a l'air d'être un souci permanent de banques qui veulent améliorer leur rentabilité et leurs services à la clientèle dans un contexte de concurrence, «moderniser rapidement les systèmes d'information et de paiement».Second axe de cette action gouvernementale, «le renforcement du marché des crédits bancaires et la réduction du coût de l'intermédiation bancaire». Sur ce point, les banquiers seront sûrement d'accord en raison des fonds disponibles et qui peuvent être mis à la disposition d'investisseurs ou d'entrepreneurs. Le «hic» à ce niveau se situe en général sur deux points. Le premier est l'incapacité présente de l'université algérienne à former des financiers qui répondent aux exigences d'efficacité et de connaissance à la gestion et l'exploitation de banques en situation concurrentielle.
Le second est que la disponibilité financière n'est pas le seul input dans la réalisation d'un investissement. Aussi et sur d'autres chapitres, l'Etat est appelé à faire des réformes particulièrement sur la disponibilité du foncier et des infrastructures de base qui permettent l'acheminement de la production aux différents marchés et aux consommateurs in fine. Pour le premier point, le gouvernement s'engage à améliorer «la gouvernance des banques et des sociétés publiques d'assurances y compris par la promotion active du partenariat». En clair, il s'agit de trouver des partenaires qui puissent, au-delà de la prise de participations dans le capital des entreprises publiques du secteur, injecter dans le management des banques et assurances un know-how qui leur fait cruellement défaut. Par ailleurs, et devant les flux importants que détient la CNEP (500 milliards de dinars) et le besoin pressant émis par la population pour l'obtention d'un logement, le gouvernement entend promouvoir un «développement substantiel du crédit immobilier». Or, ce qui est valable pour l'investissement prévaut aussi pour le logement. La dilapidation du foncier ces quarante dernières années et une inadéquation entre les réalisations et les besoins des citoyens font que des dizaines de milliers de logements sont restés longtemps sans acquéreur et que les programmes que pourrait lancer la CNEP ne trouvent pas d'assiettes pour leur réalisation. Sur ce plan-là aussi, la réflexion du gouvernement n'est pas expliquée notamment le rôle que pourrait avoir la CNEP-Banque dans la réalisation des nouvelles villes comme Sidi Abdellah ou Boughezoul.
Mais les différents instruments mis en place à la faveur de la loi de finances, comme le fonds de garantie en faveur de la PME et les autres fonds d'investissements seront, enfin, fonctionnels. L'Etat, selon le programme du gouvernement, entend conserver «toujours des responsabilités économiques et sociales mettant à contribution ses ressources financières.
Accroître l'efficacité du rôle économique de l'Etat
En outre, et dans la phase actuelle de transition économique, l'Etat assume, temporairement, une lourde charge sociale et agit aussi en tant que principal investisseur. De surcroît, cette charge est assumée avec des ressources publiques encore structurellement aléatoires et avec une dette publique encore pesante». Cette «transition économique» ne devrait connaître une fin qu'une fois la modernisation de l'administration et la gestion des finances publiques effectives.Aussi, le ministère des Finances prévoit, pour le quinquennat actuel, de renforcer «la productivité du système fiscal» ainsi que «la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme conformément aux conventions internationales pertinentes». Ces deux actions supposent une volonté nette de la part du gouvernement d'aller vers une meilleure formation des agents du fisc et des douanes ainsi qu'une amélioration de leur situation socio-matérielle les mettant à l'abri des tentations de la corruption.D'autres actions sont prévues à l'instar de «la modernisation du processus budgétaire et l'efficacité de la dépense publique» ainsi que «l'amélioration de l'efficacité et de la transparence de l'action économique et sociale des pouvoirs publics au sein de la politique budgétaire et la modernisation des modes de financement des grands équipements et services publics». Pour ce faire, le ministère des Finances entend réorganiser partiellement ses structures «pour les adapter aux exigences de leurs missions, [développer les] ressources humaines du secteur, grâce à une revalorisation appropriée de la formation et du statut des compétences, [poursuivre] la rénovation et le développement des services extérieurs de l'administration des finances [et développer les] moyens de mobilisation et de gestion de la dépense publique pour le développement, notamment par le démarrage rapide de la Caisse nationale de l'équipement pour le développement, récemment créée». Toutes ces actions seront accompagnées d'une valorisation «efficace du patrimoine public notamment celui détenu par les entreprises et les ménages». Le patrimoine public est en effet cédé ou loué à des sommes souvent dérisoires et réduit d'autant les entrées parafiscales comme ressources de l'Etat.Enfin, le ministère des Finances entend créer «une Agence de gestion de la dette publique» dans le but de renforcer «la gestion active de la dette publique en vue d'en limiter le coût et d'en améliorer le profil» et réduire, à terme, le poids de son service dans le budget de l'Etat. Des actions qui semblent simples à réaliser mais qui, au vu des résistances connues, risquent de compliquer une tâche nécessaire pour que l'Etat retrouve une efficacité qui lui fait défaut.
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