Justin Daboné
17 Mai 2004
A quelques semaines des éliminatoires jumelées de la coupe du monde et de la CAN 2006, le président de la Fédération burkinabé de football, M. Seydou Diakité, a animé un point de presse vendredi dernier au centre technique national. Le bilan financier de la CAN 2004 et le budget des échéances à venir constituaient les points focaux.
Pour ce point de presse, le président de la Fédération burkinabé de football (FBF) avait à ses côtés la plupart des membres du comité exécutif. L'importance de cette rencontre a même obligé certains à être là. D'entrée de jeu, il dira qu'on parlera des choses qui sont déjà connues. Mais qu'il est quand même utile que la fédération puisse donner les informations nécessaires à la compréhension de tous. Selon lui, il n'y a pas de développement véritable sans communication. Il a rappelé que ce point de presse était prévu à la fin du mois de février ou début mars, mais que s'il n'a pas eu lieu c'est parce qu'à leur retour de la Tunisie, il y a un certain nombre de choses qui ne leur ont pas permis de tenir leurs engagements. Aujourd'hui, a-t-il précisé, les conditions sont réunies pour le faire et cela au moment où le football burkinabé est engagé sur trois fronts : coupe du monde et CAN 2006, championnat d'Afrique junior au Bénin et championnat d'Afrique des mois de 17 ans (Gambie 2005). Avant d'aborder ces échéances, le patron de la FBF est revenu sur la participation des Etalons à la CAN 2004, qui a été, selon lui, quelque peu bâclée avec à la clef une déception totale pour le peuple burkinabé, qui s'était pourtant mobilisé autour de l'Initiative Nationale de Soutien aux Etalons (INSE). Il a déclaré que les finances accompagnent le football et qu'ils ont pu disposer de toutes les largesses possibles pour pousser les Etalons. Malheureusement, ils n'ont pas eu les résultats auxquels on était en droit de s'attendre. Toutefois, il a demandé aux uns et aux autres de ne pas condamner les « enfants » même s'ils n'ont pas été à la hauteur. Un match de football, a-t-il précisé, tient à peu de choses. Si les joueurs, comme on dit, n'ont pas mouillé le maillot, le président Diakité n'est pas passé par quatre chemins pour indexer l'encadrement technique. L'entraîneur Jean Paul Rabier, a-t-il dit, a commis quelques erreurs de coaching lors du match contre le Mali. Et comme si cela ne suffisait pas, il a encore manqué de doigté dans le choix des hommes contre le Kenya. Visiblement, Diakité était très amer contre son ex- employé, qui n'appréciait pas les remarques qu'on lui faisait. Pire, lors du stage des Etalons à Toulon, il aurait dit aux joueurs qu'il ne renouvellerait pas son contrat. Il croyait qu'il irait aux Emirats Arabes Unis puisqu'il avait séjourné là-bas avec quelques membres de la fédération, dans le cadre de la coupe du monde junior. Diakité a confessé qu'il regrette de l'avoir amené aux Emirats, et qu'il ne savait pas qu'il allait profiter de l'occasion pour entrer en contact avec des responsables de clubs alors qu'il était chargé de détecter parmi les juniors les joueurs capables de renforcer la sélection senior.
850 millions pour le mondial junior et la CAN 2004
Pour la participation des seniors à la CAN 2004 et celle des juniors à la coupe du monde, le président Diakité a affirmé que beaucoup de choses ont été dites sur le plan financier. Donnant des informations chiffrées, il a déclaré qu'ils ont en tout et pour tout reçu pour la préparation des deux équipes un milliard soixante quinze millions trois cent quarante cinq mille deux cent quatre huit francs CFA (1 075 345 288). De ce montant, a-t-il précisé, il faut déduire 120 269 052 FCFA, remboursés par le ministère des Sports et des Loisirs à la fédération au titre des préfinancements antérieurs à la préparation des équipes nationales. Ce qui veut dire, selon lui, que la fédération a reçu la bagatelle de 850 millions de FCFA pour préparer la coupe du monde junior et la CAN 2004. Dans cette somme, 241 647 454 de FCFA ont été financés pour la préparation et le séjour des juniors aux Emirats Arabes Unis. En ce qui concerne les seniors, il a été débloqué 522 832 796 FCFA pour le stage et également le séjour en Tunisie. « Lorsque nous sommes rentrés de la Tunisie, nous avions un solde de 190 595 987CFA », a-t-il indiqué. Le sourire en coin, il a dit qu'ils ont souvent entendu que l'Initiative nationale de soutien aux Etalons a mobilisé 800 millions de FCFA au profit de la fédération et que l'Etat a encore mis à sa disposition 1 milliard cent mille francs. Dans certains milieux, on parle même d'un milliard huit cent mille ou neuf cent mille FCFA. Selon Diakité, la fédération n'avait pas de contact direct avec l'INSE. Pour bien faire les choses, elle exprimait ses besoins auprès du ministère des Sports et des Loisirs, qui, à son tour, s'adressait à ceux qui géraient les fonds. Et c'est après qu'on virait l'argent dans le compte de la fédération. En résumé, en tout et pour tout et prenant en compte la déduction qui a été faite pour le remboursement des préfinancements, il a laissé entendre qu'ils ont reçu à peu près 850 millions de FCFA. Le solde de 190 595 987 FCFA est là et cette somme était destinée au prolongement du séjour en Tunisie et au paiement des primes. Il a regretté le fait qu'il y avait autant d'argent et que les joueurs n'ont pas su en profiter. Le rapport du bilan, a-t-il précisé, a été transmis au cabinet du ministre des Sports et des Loisirs le 1er mars 2004 soit trois semaines après le retour de la délégation de Tunisie.
Les joueurs ont placé la barre très haut
Comme à chaque CAN ou aux éliminatoires d'une compétition importante, l'intérêt financier joue beaucoup et il est même une arme pour les footballeurs. Le président Diakité a révélé qu'avant de quitter Ouagadougou, chaque joueur a perçu à titre de prime de sélection une somme de 1 300 000 FCFA. Au départ, la fédération était partie sur la base de 900 000 FCFA. Mais les joueurs ont jugé qu'il fallait faire une rallonge parce que tout près de nous, plus précisément sur les bords du Djoliba, les Maliens avaient le double de ce qu'on leur proposait ici. Il a souligné au passage que les sélectionnés n'étaient pas en rébellion comme on a tenté de le faire croire. Ils ont continué à s'entraîner et pendant ce temps, la fédération a engagé des négociations. Diakité avait chargé son conseiller Salif Kaboré, qui était de passage à Paris, de se rendre à Toulon pour épauler quelques membres du bureau exécutif qui étaient avec l'équipe. Les joueurs, pendant leur stage à Toulon, demandaient une prime de sélection de 1 500 000 FCFA et 3 000 000 de FCFA de prime par match. Tout ça parce qu'ils estimaient qu'au Mali, c'est ce qu'on avait prévu pour les Aigles. Et mieux, on leur avait encore fait croire que le président de l'Initiative avait remis au président de la fédération un chèque de 800 millions de FCFA. Pour lui, quand c'est comme ça, chacun demande donc sa part. Ce qui est logique, mais ce n'était pas le cas. Les joueurs sont revenus à de meilleurs sentiments et la fédération a conclu avec eux un accord. Ainsi, pour Tunisie 2004, la prime de victoire a été fixée à un million de FCFA par match gagné. Après le premier match contre le Sénégal, qui s'est soldé par un nul (0-0), la prime est passée à 1 500 000 FCFA. Mais les joueurs n'ont pas su saisir leurs chances et l'argent est resté où il était. Lors du dernier match contre le Kenya où il fallait au moins quitter la compétition avec une victoire, c'était la même proposition. Mais là encore, c'était l'échec. Tenez-vous bien, on avait prévu 3 millions de FCFA pour chaque joueur en cas de qualification pour le second tour. Le président Diakité fera remarquer que quand on fait le point de toutes les promesses qui avaient été faites, ils étaient largement au-dessus de ce qui avait été arrêté par la Fédération malienne de football. Selon lui, le Mali n'avait pas prévu des primes de match, mais des primes d'objectif. Si les Aigles se qualifiaient pour les quarts de finale (ce qui a été fait), ils percevraient une enveloppe de 5 millions de FCFA. Pour le président, sur le plan de la motivation, la fédération a consenti des efforts et si ça n'a pas marché comme on l'aurait souhaité, en quoi est-t-elle responsable de cet insuccès ? Le développement du football à la base est une nécessité. C'est d'ailleurs ce qui motive aujourd'hui la Fédération à mettre en place une direction technique qui sera dirigée par des techniciens expérimentés. Il y aura une antenne à Ouaga et une autre à Bobo, qui seront coiffées par le Français Jean Macagno, le responsable de cette direction technique, qui vient de Lens. Quant à la Ligue nationale de football, elle sera dirigée par le colonel Ali Bouda. Ses vice-présidents sont le président de la Ligue du Centre et celui de la ligue de l'Ouest. Pour les échéances futures, la fédération a déjà élaboré un budget. Pour les éliminatoires de la coupe du monde et la CAN 2006, il y aura cinq journées. Le président Diakité a dit que pour la première phase, le budget est de 350 millions de FCFA. Pour les juniors, qui entreront en compétition en juillet prochain contre la Tunisie, le budget est de 93 millions de FCFA. En ce qui concerne les cadets, dont la sortie, c'est en novembre 2004 contre le Cameroun, le budget est de 83 millions de FCFA. Comme on le voit, on sortira encore beaucoup d'argent. Pour vu que nos représentants (les seniors, les juniors et les cadets) soient à la hauteur des attentes. Signalons qu'à cette rencontre, le président de la fédération a informé la presse de la fracture au nez de Mamadou Zongo et de la blessure à la cheville de Wilfried Sanou qui doivent participer à partir de ce lundi 17 avril au stage des Etalons à Lens. Si le premier pourrait manquer à l'appel, le second par contre fera le déplacement pour y recevoir des soins.
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