Françoise NDAME (stagiaire)
17 Mai 2004
Le massacre des musulmans de la localité de Yelwa par des miliciens chrétiens n'aura pas été impuni. Et ce malgré l'appel au calme lancé par le président Obasanjo.
Les tensions entre chrétiens et musulmans se sont exacerbées après le massacre le 2 mai de plusieurs centaines de musulmans par des milices chrétiennes dans la localité de Yelwa dans le centre du pays. Quelques temps après, le président du Conseil des Oulémas, Umar Ibrahim Kabo, a déclaré : « Nous lançons ici un ultimatum de sept jours au président Obasanjo pour prendre des mesures effectives et mettre fin à ces tueries sinon il portera la responsabilité de tout ce qui pourrait arriver à l'issue de cet ultimatum. » Mais son ultimatum n'a pas été respecté. Après ces déclarations, des manifestations ont été organisées le 11 mai dans la ville de Kano pour protester contre les massacres de Yelwa. Des contingents de policiers ont été déployés pour éviter tout débordement mais la précaution a été vaine.
Les manifestants ont érigé des barrages dans certains quartiers de la ville et ont réussi à incendier des maisons appartenant à des chrétiens. « Un couvre-feu a immédiatement été décidé, mais ce sont les quartiers périphériques de Kano qui ont connu des troubles visant la minorité chrétienne. » Au terme d'une émeute qui aura duré deux jours, mercredi, 12 mai « le bilan s'élevait à 30 morts, 40 personnes gravement blessées ont été admises à l'hôpital et 45 ont été arrêtées » indiquait Abdul Ganiyu Dawodu, chef de la police de l'Etat de Kano. Mais bien entendu, comme tous ces débordements, les chiffres ne sont jamais concordants. Ainsi, le secrétaire général pour le nord du Nigeria de l'Association chrétienne du Nigeria, Saidu Dogo, avance lui un bilan de 400 morts, « le chiffre de 30 morts donné par la police est largement sous-estimé. Selon nos, rapports, plus de 400 chrétiens ont été tués et plus de 10 000 sont déplacés. » Et le président Olusegun Obasanjo, d'obédience chrétienne, a renouvelé son appel au calme et demande un peu de temps aux différentes communautés pour prendre les décisions qui s'imposent, tout en affirmant « la volonté de son gouvernement de punir ceux qui doivent être punis. » Une décision qui est vraiment attendue tant les affrontements inter-ethniques et inter-religieux sont courants et ont déjà coûté la vie à des milliers de personnes. Aujourd'hui, " plus de 30 000 habitants de Kano, pour la plupart membres de la minorité chrétienne, ont quitté leurs foyers à la suite de ces violences et sont regroupés dans six camps autour de la ville ", a indiqué Balarabe Mohammed, responsable de l'agence pour la gestion des crises de l'Etat de Kano. Et les tensions, vendredi 14 mai, restaient vives notamment à l'hôpital général de Kano où l'accès à la morgue, complètement saturée, a été interdit aux familles venues chercher des proches disparus. Selon un médecin, cette décision a été prise pour " restaurer la paix à Kano ".
Une situation explosive
La situation est d'autant plus épineuse qu'il faut ajouter au caractère ethnique et religieux du contentieux, l'aspect foncier. « Les Tarok, chrétiens, et responsables du massacre du 2 mai sont plutôt agriculteurs et sédentaires alors que les Haoussas et Fulani, sont éleveurs et quelque peu nomades. Les uns et les autres revendiquent la propriété de la terre. » Pour endiguer le flot de haine, des mesures ont été prises par la police qui s'évertuait à éviter les contacts entre les deux communautés. Ces affrontements font sérieusement craindre la propagation dans le reste du pays. Et jeudi, le président Olusegun Obasanjo s'est rendu dans le centre du pays pour y évaluer les conséquences de ces émeutes. M. Obasanjo a rencontré des responsables chrétiens et musulmans à Jos, capitale de l'Etat du Plateau, au cours d'une réunion destinée à ramener la paix entre ces deux communautés. " Nous ne pouvons pas demeurer dans une situation où une partie du pays est devenue une plaie, une source d'instabilité et d'insécurité ". La plaie est encore grande ouverte et continue à saigner. C'est pour cette raison qu'"à Lagos, la capitale économique, la sécurité a été considérablement renforcée pour éviter une propagation des troubles et en raison de la présence du président Obasanjo dans la ville ". Le porte-parole de la police de Lagos, Emmanuel Ighodabo explique ce déploiement de mesures de sécurité : " nous sommes très sérieux sur la sécurité. Nous savons que nous avons une large population haoussa donc nous devons être vigilants. Les événements de Kano et de Yelwa ne devraient pas se propager à Lagos ".
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