Mbaye Bâ
18 Mai 2004
Grâce à la mobilisation de la communauté, l'information, la sensibilisation, l'assainissement et, surtout, l'utilisation de moustiquaires imprégnées d'insecticide, les populations Thiénaba, une bourgade du département de Thiès, sont parvenues à faire baisser, en 2003, de 60 % le nombre de malades du paludisme.
À Thiénaba, une bourgade de 17.410 habitants située à l'est du département de Thiès, le paludisme, comme presque partout ailleurs au Sénégal, est la maladie qui tue le plus. Pourtant, nombreuses sont les approches qui ont été développées pour réduire la mortalité et la morbidité liées à cette maladie, mais des résultats durables ont été assez rarement obtenus. À Thiénaba, l'approche communautaire, accentuée depuis 1999 avec l'engagement de l'association islamique « Sopey Naby Mohamed » (AISM), dirigée par El Hadji Diop, a pu contribuer à diminuer les cas d'accès palustres enregistrés au poste de santé de la-dite localité.
Selon l'infirmier chef de poste, Aliou Niasse, depuis 1999, le nombre de malades du paludisme qui viennent se soigner au poste de santé a considérablement diminué. Il est passé de 3.459 à 1.651 cas en 2003, soit un recul d'environ 60 %. Analysant les éléments ayant conduit à de tels résultats, l'infirmier chef de poste de Thiénaba lie cette baisse à la combinaison de plusieurs facteurs.
Il y a d'abord, l'adhésion des populations à la démarche initiée par l'AISM qui a engagé une lutte farouche contre les moustiques, en mettant l'accent sur l'assainissement. Ainsi, les concessions, leurs abords et tout autour des 27 villages dans lesquels l'association travaille, des séances de nettoiement hebdomadaire sont organisées pendant toute l'année.
Durant l'hivernage, les comités de salubrité installés dans chaque village veillent à ce que personne ne cultive dans sa concession. « Au début, cela était difficile à admettre par les populations rurales qui ont hérité de ces pratiques culturales mais, à force de sensibilisation et d'information pointues sur le paludisme et, surtout, grâce aux campagnes d'explication sur les ravages du paludisme chez les enfants, les femmes enceintes et les vieilles personnes, leur adhésion est aujourd'hui entièrement acquise », déclare El Hadji Diop.
Ensuite, il convient de souligner la prise en charge de la fièvre à domicile par les nombreux relais formés par l'association. Enfin, du côté de l'association, on souligne volontiers le nombre croissant de personnes disposant de moustiquaires imprégnées et qui l'utilisent de plus en plus.
Selon le président de l'AISM, il a fallu se battre contre de nombreuses croyances et tabous qui n'encourageaient pas les populations à dormir sous une moustiquaire. « Aujourd'hui, nous avons commandé plus de 3.000 moustiquaires que nous comptons rétrocéder aux populations. Notre objectif est calé sur celui d'Abuja qui consiste à faire dormir 60 % des populations sous moustiquaire imprégné », a-t-il indiqué. À cet effet, un cadre dénommé rencontre d'échanges communautaires (REC) a été créé afin que cette expérience de l'AISM puisse être étendue dans toutes les autres communautés rurales (Touba-Toul, Ndiéyen Sirakh, Ngoundiane) de l'arrondissement de Thiénaba.
Aliou Niasse, l'infirmier chef de poste de Thiénaba, a rappelé que le Sénégal vient d'adopter une nouvelle association de médicaments à la place de la chloroquine pour combattre le paludisme. C'est pourquoi, les populations doivent, en cas de fièvre, se rendre directement à la structure sanitaire la plus proche. « Il faut seulement tremper une couverture dans de l'eau fraîche et en recouvrir le patient au cours de son évacuation et ne plus lui donner de la chloroquine », a-t-il révélé.
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