18 Mai 2004
Le Centre d'Orientation et d'Etudes Africaines (Centro Orientamento Studi Africani - COSA), ONG sénégalo-italienne dirigée par Alioune Ndiaye dit Baye, organise à Dakar un colloque sur le thème " Image de l'Afrique et culture contemporaine ".
Les travaux, ouverts hier matin au ministère des Affaires Etrangères, se poursuivent aujourd'hui et demain au Centre culturel français.
Me Adama Dieng, Sous-secrétaire général des Nations Unies et membre du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR), a profité du colloque organisé par le COSA pour évoquer la situation des enfants en Afrique qui continue de se dégrader malgré les moyens juridiques mis en place. Il a rappelé que les enfants, qui représentent environ la moitié de la population africaine, font face à une précarisation de leurs droits liée au contexte politico-économique du continent. Ils sont en proie à tous les maux : pauvreté, maladies, guerres, trafics et exploitation. Autant de facteurs qui, selon lui, compromettent sérieusement l'avenir de la jeunesse africaine. Le juriste s'est penché sur le cas des enfants soldats. " Sur trois cent mille enfants soldats dans le monde, on estime que cent vingt mille se trouvent en Afrique ", a-t-il estimé. Une telle pratique a été froidement mise en lumière lors des conflits au Libéria, en Ouganda et en République Démocratique du Congo. Aujourd'hui encore, ces pays violent en toute impunité le Droit de ces enfants dont l'avenir est incertain. " La personnalité de ces enfants s'est construite uniquement sur la base de la violence et de la terreur.
Ils ont été manipulés pour commettre des actes dont la gravité leur échappe ", explique Me Adama Dieng. Et une fois les armes déposées, la question de la réinsertion des rescapés dans la société se pose de manière flagrante. " Les moyens pour éradiquer le fléau des enfants soldats restent trop modestes ", concède-t-il. Il existe bien une charte des droits et du bien-être de l'enfant, mais " une convention internationale n'est jamais une panacée ", selon le conférencier. Alors que penser de la récente résolution 1539 du Conseil de Sécurité de l'ONU visant à mettre fin aux impunités et aux crimes de guerre perpétrés contre les enfants ?
Au-delà de ce cas tragique des enfants soldats c'est l'enfance africaine qui est menacée et la crise socio-économique que traverse le continent y est pour beaucoup. Les enfants sont une population très vulnérable à la pauvreté qui règne en Afrique où l'éducation est souvent considérée comme un luxe. Dans cet environnement, ils constituent une main-d'oeuvre très prisée et font l'objet d'un trafic comparable à l'esclave. L'année dernière, une réelle mobilisation est née en faveur de la protection des droits de l'enfant et un arsenal juridique a même été édifié. Cependant, la situation reste paradoxale entre, d'un côté, une ossature juridique robuste et, de l'autre, la fragilité de l'existence des enfants africains. " Il y a urgence pour créer un cercle vertueux et honorer les promesses faites aux enfants. Il faut mettre les problèmes des enfants au coeur des réflexions au sein des instances africaines ", a déclaré Me Adama Dieng. Il est convaincu que, plus que des mots, il faut des plans d'actions clairs assortis d'échéances.
Il a lancé un appel à la communauté littéraire et artistique africaine, aux médias, pour dénoncer le sort des enfants et renforcer l'influence de la société civile. C'est une action de "conscientisation" que ces acteurs doivent mener et leur engagement doit se traduire par une dénonciation des violations des droits de l'enfant et non par un silence coupable. "C'est par la contestation que naissent les changements politiques et sociaux", a affirmé le fonctionnaire onusien qui se réfère à l'histoire coloniale. Les défis à relever par la communauté internationale et les pays africains sont immenses, mais il en va du devenir des enfants africains.
XAVIER MORONI (STAGIAIRE)
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