Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Rédaction en ligne : quel avenir en Afrique?

David Ya

18 Mai 2004


analyse

Abidjan — Il est désormais accepté de la majorité des professionnels de la presse que la rédaction en ligne est, sinon elle en fait partie, l'avenir de la profession.

Du nord au sud, d'est à l'ouest, aucun organe de presse sérieux ne peut et ne veut se priver des merveilleux atouts qu'offre cette nouvelle manière d'informer. Rapidité, champs de communication sans limite, malléabilité sans commune mesure, sont autant de facilités offertes par la cyberinfo. Mais et la cible africaine dans tout cela? En effet, dans un environnement africain, où les besoins primaires sont encore à satisfaire, l'ordinateur, seul moyen pour s'arrimer sur l'autoroute de l'information reste un luxe auquel peu de gens, même parmi les intellectuels, ne peuvent avoir accès.

A Abidjan, comme dans de nombreuses Capitales africaines, le succès de l'Internet semble indiscutable. Enfants et adolescents, adultes et vieillards ; analphabète, lettrés et intellectuels se succèdent dans les cybercafé à défaut d'avoir une connexion individuelle. Un intérêt qui fait le bonheur des promoteurs de cybercafés, dont le nombre ne cesse d'accroître.

Hélas, la majorité de ces internautes ne fréquente pas un cybercafé, pour s'informer. Et les pages Web autres que celles des sites qui proposent des rencontres amoureuses ou des pronostic hippiques ou encore de ses choses qui promettent de transformer leur vie pleine de soucis liés à la pauvreté rampante, en un tour de baguette magique ne présentent aucun intérêt pour eux.

Dans ces conditions, il va sans dire que la rédaction en ligne, même quand elle est éditée dans un pays africain, a besoin de trouver ailleurs son lectorat. Heureusement qu'il existe une forte diaspora africaine pour qui les rédactions en ligne éditées en Afrique constituent le cordon ombilical avec leur mère patrie. Faut-il pour autant désespérer de l'avenir de la cyberinfo en Afrique ? Sûrement pas ! l'expérience de fratmat.net indique qu'au Mali comme au Burkina, au Sénégal comme au Bénin pour ne citer que ces pays-là, des internautes se connectent quotidiennement pour s'informer sur le site du groupe de presse Fraternité Matin. Même si leur taux de fréquentation est loin des 17% de Français sur la centaine de milliers de visiteurs que nous enregistrons quotidiennement.

En outre, on constate que lorsque de graves crises soco-politiques empêchent la parution des publications " papier " des différents journaux ivoiriens (pour ne citer que cet exemple), www.fratmat.net connaît une pointe de visites extraordinaire. C'était le cas, le 25 mars et jours suivants lors de la marche réprimée de l'opposition ivoirienne à Abidjan. Que retenir de cela ?

D'abord, le fait que les lecteurs nationaux se rabattent sur la publication électronique à l'absence des éditions " papier ", révèle que lire le journal " papier " ou électronique relève d'un choix lié à leur pouvoir d'achat. Pour deux cents francs CFA, on s'offre presque la même information, pour laquelle il faudra débourser plus de 1000F si on la veut sur la toile mondiale.

En suite, le comportement des " cyberlecteurs " occasionnelles de ce 25 mars suggère que la rédaction en ligne est connue des populations locales. Mais les habitudes font qu'elles restent attachées aux éditions physiques. Puisque sous cette forme, le lecteur a la possibilité de conserver le journal chez lui, et le brandir comme preuve au cours d'une discussion ou tout simplement, si le besoin se faisait sentir de le relire à un moment ou à un autre. Il s'agit donc d'une question de culture.

En fin, notons que peu de personnes en Afrique, s'adonnent à la lecture. La majorité des personnes se contente de lire les titres journaux exposés dans les Kiosques, pour en suite, aller les commenter. Quoi qu'il en soit, le continent noir ne saura être une barrière au développement de la cyberinfo. Les hommes politiques, locomotive du développement de la presse, dans la nouvelle Afrique de l'information " plurielle " et " libre ", se sont déjà laissées inoculer le virus de la communication via la toile mondiale. Tous les politiciens développent le réflexe de se faire construire un site ou de faire héberger les journaux proches de leur obédience sur le Net. Un intérêt croissant qui va incontestablement orienter la masse populaire vers ce nouveau moyen d'information.

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