Fraternité Matin (Abidjan)
Paulin N. Zobo
18 Mai 2004
Abidjan — Les chefs traditionnels et les populations du département de Bangolo ont décidé de se rendre ce matin à la Primature au Plateau et demain au siège de l'Opération des Nations unies à Cocody pour y rencontrer respectivement le Premier ministre Seydou Diarra et le Pr Albert Tévoédjré, président du Comité de suivi pour l'application de l'accord de Linas-Marcoussis.
La rencontre de l'ONUCI s'étendra également aux généraux Abdoulaye Fall et Jean-Michel Joana, respectivement commandants des forces de l'ONUCI et Licorne. Cette information a été donnée, hier, au cours d'une conférence de presse prononcée, au Conseil économique et social, conjointement par Me Hamza Attéa, président du collectif des avocats des victimes de guerre, et M. Glé Diaha Emmanuel, chef central de la sous-préfecture de Diéouzon. L'objet des ces visites est, ont-ils dit, de dénoncer les souffrances et les pillages dont sont victimes les populations wè dans leurs villages situés pourtant dans la "zone de confiance" de la part des "rebelles" et au vu et au su des forces françaises de l'opération Licorne. Elles expriment ainsi la raison de leur colère : "Non assistance à personne en danger, complices des assassinats et des tortures exercées par les rebelles, photographies et films que les forces Licorne font pendant les exactions." Les populations de Bangolo entendent par conséquent exiger de leur interlocuteurs, entre autres, "le désarmement immédiat des rebelles, le départ des forces françaises de la ligne de front, le bilan de l'accord de Linas-Marcoussis, la condamnation par l'ONU de l'agression armée du 19 septembre 2002". En cas de non satisfaction, les populations entendent "prendre leurs responsabilités" pour libérer leur région parce qu'elles disent être fatiguées de se faire tuer. Sur le plan judiciaire, elles n'excluent pas le dépôt d'une plainte contre les Présidents Jacques Chirac de France et Blaise Compaoré du Burkina Faso.
Alors qu'elles ont accepté, en dépit des "atrocités" de la guerre, de regagner leurs villages et de se réinstaller à la demande du Président de la République et avec le soutien des forces françaises qui les "avaient rassurées quant à la leur sécurité totale", les populations disent ne plus comprendre les raisons des attaques répétées. Leur "constat est, disent-elles, plus que douloureux. Ce sont les forces Licorne qui aident les rebelles encore armés et déguisés en dozos. Elles les entraînent et les protègent. Elles filment froidement les actes meurtriers des rebelles, mieux justifient leurs actions lorsqu'un groupe de villageois ou même le chef de village allaient pour se plaindre. Les forces Licorne pillent nos forêts et nos richesses. Elles emploient les rebelles dans nos plantations que les rebelles nous ont obligés à quitter et ce sont nos productions de café et de cacao que les rebelles exportent au Mali et au Burkina Faso. Quant aux mines d'or de Zérégbo, elles sont aux mains des forces Licorne et le mont Péco, réserve classée, est pillé."
Tel est l'extrait de la déclaration des chefs coutumiers du département lue par M. Glé Diaha Emmanuel. Tous les villages ont, dans leurs témoignages, déclaré que leurs agresseurs sont des gens qu'ils connaissent parfaitement: "Ce sont les rebelles d'hier qui sont revenus sous une autre forme".
Pour Me Hamza, les populations de l'ouest n'ont pas nécessairement besoin d'armes pour se libérer, la pression et la mobilisation suffisent. La Côte d'Ivoire doit "dénoncer les photos et les films" qui sont faits car ils pourront être "utilisés contre elle" plus tard et tout mettre en oeuvre pour ne pas se transformer en un Rwanda ou Liberia. Se prononçant sur le rapport de l'ONU et la décision du Conseil de sécurité qui a suivi, elle a dit ne pas être satisfaite. Elles estime que la Côte d'Ivoire a été agressée de l'extérieur. Par conséquent, la communauté internationale doit reconnaître les victimes de guerre pour que justice leur soit rendue, seule condition pour une paix véritable.
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