Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Marché de l'emploi : les diplômes ne collent toujours pas

Moustapha Barry

18 Mai 2004


La semaine nationale de l'emploi s'est ouvert sur un constat qui pourrait même être considéré comme un procès du système de formation au Sénégal. Un système qui forme des cadres presque inutilisables par différentes branches professionnelles.

Hier, à l'ouverture de la Semaine de l'emploi, les intervenants ont été unanimes : au Sénégal, les demandes d'emploi ne répondent pas aux besoins en qualification. D'où le nombre important de chômeurs. Affirmer que le système éducatif sénégalais n'est pas adapté aux besoins de l'entreprise devient dès lors une lapalissade. D'où l'invite à revoir le système de formation lancée à la fois par les organisations syndicales et patronales, mais surtout par le Premier ministre Macky Sall venu présider les travaux.

Pour le secrétaire général de l'Unsas, Mademba Sock, il urge d'orienter la formation professionnelle dans le sens d'une adaptation aux besoins en qualification réellement exprimés par le marché de l'emploi. Pour y arriver, M. Sock préconise la création d'une structure institutionnellement et techniquement adéquate, qui serait chargée, entre autres, de réunir et de fiabiliser les informations chiffrées relatives au marché de l'emploi.

A sa suite et abondant dans le même sens, le secrétaire général de la Cnts, Mody Guiro, fera remarquer que sur 100 mille demandeurs d'emploi, seuls près de 3,2 % ont un diplôme de l'enseignement technique et de la formation professionnelle. Dès lors, analyse le secrétaire général de la Cnts, "la question de l'orientation professionnelle soulève des interrogations liées à l'inadéquation entre la demande de formation par rapport au branches professionnelles existantes et porteuses". Et les contenus doivent être revus et adaptés pour prendre en compte la demande de formation de l'économie locale et une prise en charge de l'informel, de l'agriculture, de l'élevage et de la pêche.

Du côté du patronat, Mansour Cama de la Cnes souligne que deux obstacles se dressent à l'insertion des jeunes. Il s'agit de "l'insuffisance de leur niveau de formation ou de l'inadéquation de cette formation aux caractéristiques des offres d'emplois ou encore de l'impossibilité d'acquérir une gamme large de qualifications utiles sur le marché de l'emploi qui réclame sans cesse plus de faculté d'adaptation. A cette première raison s'ajoutent le manque d'expérience professionnelle, le niveau de productivité à l'embauche inférieur au coût salarial courant". La croissance accélérée suppose que l'entreprise soit soumise à un ajustement permanent et la nécessité de disposer d'une main d'oeuvre capable de contenir la pression concurrentielle. Alors M. Mansour Cama invite à trouver "le meilleur lien formation/insertion (...).

C'est tout l'intérêt de maîtriser le jeu complexe des relations interactives entre marché du travail et système d'éducation/formation". Pour le patron de la Cnes, il y a lieu de "s'affranchir" de la logique des études générales pour s'orienter vers les formations professionnalisantes. Ce qui permettrait de désengorger les facultés, renchérit-il, en proposant la création de cycles courts de formation professionnelle à partir de la classe de troisième. Selon le vice président de la commission sociale du conseil national du patronat, (Cnp), Charles Faye, "poser le problème de l'emploi, c'est poser celui de la formation professionnelle et de son financement. Notre système n'est pas assez structuré, lisible et généralisé à tous les salariés". Pour le représentant du Cnp, le Sénégal traîne des lacunes dans les métiers techniques. "Des offres d'emplois qualifiés insatisfaites restent à pourvoir, notamment dans le secteur de l'électronique, l'automatisme, la régulation, le génie climatique, la maintenance, les Ntic et l'industrie textile", souligne Charles Faye qui révèle dans la même lancée que plusieurs chefs d'entreprise affirment être le plus souvent obligés de maintenir en activité des techniciens et ingénieurs spécialisés déjà à la retraite.

Après toutes ces interventions, le Premier ministre promet que "l'orientation professionnelle reprendra des couleurs pour contribuer davantage à l'accroissement du volume du travail et soutenir les investissements par une grande lisibilité du marché de l'emploi" après le coup d'arrêt qu'elle a connu pendant les années 1980 avec les programmes d'ajustement structurels. Pour cela, Macky Sall annonce la mise en place de "l'Observatoire national des emplois et qualifications professionnelles avec une gouvernance tripartite, l'élaboration d'un référentiel unique des emplois et métiers à travers un répertoire opérationnel des métiers et emplois et l'extension du cadre d'aide à l'accès à l'emploi à d'autres catégories de citoyens comme les personnes âgées de plus trente cinq ans particulièrement frappées par le chômage de longue durée". Le Premier ministre annonce aussi une revue de la politique nationale de l'emploi pour actualiser ses stratégies et instruments permettant d'amplifier les performances enregistrées.

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