Dippah Kayessé
18 Mai 2004
Soixante-dix nouveaux médecins sont attendus à Douala pour enrayer définitivement l'épidémie.
"Il est peut-être encore tôt de parler d'un nouveau pic de la maladie. Ce qui est certain, nous vivons une sévère épidémie de choléra depuis des mois. Elle a fini par s'étendre au-delà de Douala et toucher d'autres localités de notre province. Ceci impose ipso facto un nouveau déploiement sur le terrain." C'est en ces termes que le Dr Jérémie Sollé, délégué provincial de la Santé publique pour le Littoral, qualifiait l'épidémie de choléra qui a marqué son retour en fin de semaine dernière à Douala. C'était à l'occasion de la réunion d'évaluation de l'épidémie tenue vendredi, 14 mai dernier, à l'Hôtel Sawa. Comme celle du 4 février 2004, cette séance de travail était présidée par Urbain Olanguena Awono, ministre de la Santé publique. Une mobilisation qui montre bien que la situation demeure critique et nécessite une nouvelle prise de conscience. Au cours de ces assises, le Dr Sollé a dressé le bilan des différentes opérations menées jusqu'à ce jour.
Il s'agit, entre autres, de la réalisation d'un forage à Bépanda par Médecins sans frontières, de la distribution de 160 mille litres d'eau potable, de la chloration de 15 000 puits et de la désinfection de 5 200 domiciles à Douala. La prise en charge préventive, a t-il expliqué, s'est articulée autour de la chimioprophylaxie et de l'éducation des populations à travers des causeries et la distribution de 500 mille dépliants. Près de 100 médecins, personnels médicaux et paramédicaux ont, en plus, reçu des formations spécifiques pour combattre l'épidémie. La prise en charge gratuite et le suivi épidémiologique des populations sur le terrain n'étaient pas en reste. Le coût global de cette lutte, qui dure depuis cinq mois, est estimé à plus de 258 millions de francs Cfa, répartis entre l'achat de médicaments et consommables, les hospitalisations, la gestion des ressources humaines, la logistique et l'appui aux partenaires.
Chiffres
Malgré l'action concertée des pouvoirs publics et des partenaires étrangers comme l'Oms, Médecins sans frontières, l'Unesco etc., on se rend très vite compte, et avec amertume, que l'épidémie est bien loin de vivre ses derniers moments à Douala et dans ses environs. Selon le dernier pointage des autorités sanitaires de la ville, le vibrion cholérique, en reprenant du poil de la bête, fait bien des ravages. Déclenchée le 6 janvier dernier au quartier Bépanda, l'épidémie, après une accalmie marquée par l'absence des malades dans les centres de santé, a connu une fulgurante ascension à partir de la 17ème semaine épidémiologique. "A la fin de la 19ème semaine, il s'est établi un plateau avec une moyenne de 6 cas par jour ", selon le rapport épidémiologique de la délégation de la Santé pour le Littoral. Depuis le début de l'épidémie jusqu'à ce jour, 2028 cas ont été enregistrés et répartis selon différents foyers : Douala (1922), Cap Cameroun (63), Manjo (34) et Loum (09). Le nombre de décès s'élève officiellement à 35, dont 29 à Douala, et 06 dans la région insulaire de Cap Cameroun.
Dès le déclenchement de l'épidémie à Douala, les acteurs impliqués dans la lutte s'étaient pourtant donné trois mois pour éradiquer le mal. C'était apparemment sans compter avec certaines réalités sociales. Selon M. Gounoko Haounaye, gouverneur de la province du Littoral et coordinateur provincial de la lutte contre le choléra, les campagnes de communication et de sensibilisation n'ont pas atteint leurs cibles, les programmes de chloration des puits n'ont pas été effectifs, non plus. Autre entrave, la quasi totalité des arrondissements de Douala regorgent des biotopes à risques. On peut aussi citer Bépanda, Zone Mboppi, Nganguè, New-Town aéroport, Njong Mabi, Oyack, Vallée Kondi, Mambanda, Ngwele, entre autres. " Tout ceci ne peut que faire de Douala une ville endémique qui subit une épidémie de choléra tous les 3 à 4 ans d'intervalle, à raison de 50 à 100 cas chaque année", a déclaré le Dr Sollé.
Après évaluation de la situation, il était donc impératif pour le ministre de faire de nouvelles propositions. "Cette fois-ci, il est question de repartir avec plus de détermination et rompre la chaîne de contamination. Ceci pourra nous éviter de nouveaux décès. Pour ce fait, il faudra avant tout mettre l'accent sur la responsabilité des populations dans la lutte", a t il martelé. En matière d'hygiène et d'assainissement, le choléra étant une maladie hydrique, c'est-à-dire qui se transmet essentiellement par des eaux souillées, le représentant du gouvernement a promis "la réalisation imminente de 26 forages à un coût de 200 millions de francs Cfa. Cet argent a d'ailleurs déjà été décaissé". Pour mieux juguler l'épidémie, le ministre a réitéré la gratuité de la prise en charge des malades dans les établissements sanitaires publics et privés. Il a promis que "dès lundi 17 mai 2004, soixante-dix jeunes médecins sortis tout récemment de la Faculté de médecine viendront renforcer les équipes dans les hôpitaux et sur le terrain de la sensibilisation".
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2004 Le Quotidien Mutations. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.