L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Centre culturel islamique : à la découverte des richesses de l'Ourdou

Tania HUËT

18 Mai 2004


Port Louis — Mohammad Kaleem Noori Kanpuri, grand poète indien, était présent hier.

Une voix fluette s'élève, elle tournoie autour des silhouettes du Centre culturel islamique (ICC). C'est celle d'une élève de la Dr Idrice Goomany Government School. Les chants traditionnels retentissaient hier dans le splendide bâtiment de l'ICC. Entre les cloisons vertes et blanches de ce bâtiment aux allures de tour, Abdullah Hossen, l'adjoint au maire de Port-Louis a donné le coup d'envoi de la semaine ourdoue.

Elle est organisée par l'Urdu Speaking Union et le National Urdu Institute. Du 17 au 22 mai plusieurs événements sont prévus. Dont une exposition qui retrace l'épopée et les valeurs culturelles de l'ourdou, à Maurice et dans le monde. C'est le premier événement qu'accueille le bâtiment flambant neuf de l'ICC, inauguré le 13 mars 2004.

L'ourdou est une langue indo-européenne, avec des zestes d'origines venant de l'Iran et du nord de l'Inde. Un mélange de sanskrit et de vieux perse. Cette langue s'est introduite dans notre pays grâce aux immigrants indiens, notamment grâce à la famille du premier ressortissant, Gassy Sobedar en 1791.

Lorsque la masse d'immigrants débarque sur nos terres, sortant de Bihâr, du Bengale, de Bombay ou de la frontière pakistanaise, Maurice fait face au problème de la diversité des langages, entraînant de fréquentes difficultés à communiquer. L'ourdou est alors utilisée pour faciliter l'apprentissage des autres langues comme l'anglais et le français.

Le 31 octobre 1855, le gouverneur Higginson propose à la Cour législative que les Indiens aient des écoles spéciales où on utiliserait leur dialecte. La première école s'ouvre en 1856. La langue ourdoue a cependant connu des difficultés. En 1972, sur 131 081 Musulmans, 23 470 la parlaient comme langue principale. En 1990, seulement 6810 individus l'utilisaient chez eux.

Mais comme le souligne Shehzad Abdullah Ahmed, président de l'Urdu Speaking Union et du National Urdu Institute, "belle et élégante, la langue ourdoue titille beaucoup les écrivains et les poètes". Belle dans le parler , magnifique dans l'écrit et empreinte d'émotion, l'ourdou a souvent inspiré. Le premier livre paru en ourdou, en 1829, Talim Nama en est l'illustration.

Cet événement regroupe des soirées culturelles, des concours de diction et des quiz, entre autres. "La propagation de l'ourdou est l'un de nos projets parce que cette langue est incluse dans le cursus scolaire depuis 1952", explique le président de l'ICC, Reshad Uteem. Divers livres sont proposés au public pour découvrir des poèmes et des histoires ourdous. La journée d'hier a été agrémentée de chants, le quiraat et de récitals de poèmes. Dont l'un récité par Mohammad Kaleem Noori Kanpuri, éminent poète indien.

Dès 10 heures aujourd'hui, il est possible de visiter l'exposition. Mercredi 19 mai, toujours à partir de 10 heures, un concours de dictée aura lieu ainsi que la finale de la Naat Competition à 20 heures. A effeuiller, dans le décor majestueux et élancé du centre, la richesse de l'ourdou, son écriture architecturale et son parler tel un roucoulement de mots.

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