Altervision (Abidjan)

Niger: Bénin-Niger : bataille feutrée pour le contrôle de l' île de Lété.

26 Mai 2004


Abidjan — Le Bénin et le Niger ont récemment dépêché à la Cour Internationale de Justice de la Haye au Danemark, d'importantes délégations pour présenter leurs dossiers sur le contentieux frontalier de l'Ile de Lété qui les oppose depuis 40 ans déjà.

Ce différend est à l'origine de plusieurs confrontations entre les populations de l'île ; plus d'une fois, les armées des deux pays se sont succédées sur les lieux ; ce contentieux frontalier a même permis au défunt Président Nigérien Diori Hamani de surmonter en 1963, le premier soulèvement de son armée ; le Capitaine Amadou Hassane Diallo y fût envoyé pour refouler l'occupation béninoise ; il n'arrivera jamais à destination, puisque les forces favorables au Président Diori Hamani l'arrêteront, sur sa route, en Décembre 1963 ; le Capitaine Diallo purgera de longues années de prison ; il est aujourd'hui le Président de l'Association des Anciens Combattants du Niger.

Pour prendre en charge le dossier de l'île de Lété, le Gouvernement Nigérien a mis en place depuis Février 2001 un Comité ad hoc chargé d'apporter un appui à l'équipe de Conseils Avocats de l'État du Niger.

Le Comité est présidé par le Ministre des Affaires Etrangères ; il comprend les organes suivants : un sous-comité politique et un sous-comité technique.

Le sous-comité politique est l'organe de direction, de coordination et d'impulsion de l'ensemble des activités du Comité ; il représente le Niger devant la Cour Internationale de Justice.

Parmi les autres membres du Sous-comité politique figurent le Ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du Territoire, qui en est Vice-Président ; il est, en même temps, Co-agent auprès de la Cour Internationale de Justice.

Egalement membre du sous-Comité politique, le Ministre de la Justice ; il est aussi Co-Agent du Niger devant la Cour Internationale de Justice, tout comme le Ministre de la Défense nationale.

Quant au Sous-comité technique, il est l'organe exécutif du Comité ad hoc et à ce titre, il a, sous l'autorité du Président du Comité, pour mission, de superviser les travaux de recherche, de collecte et d'archivage et de mettre à la disposition des Conseils/Avocats du Niger, l'ensemble de la documentation nécessaire à la confection des pièces à produire devant la Cour Internationale de Justice ; d'assurer la gestion administrative du dossier ; d'harmoniser et de coordonner les interventions, communications, actions et activités liées au différend frontalier Bénin/ Niger.

Il peut faire appel à toute personne, dont la compétence notoire, l'expertise ou l'expérience dans l'un de ses domaines d'intérêt, est jugé utile à l'accomplissement de sa mission.

Le Comité ad hoc est doté de moyens financiers conséquents ; les frais de justice et les honoraires des Avocats du Gouvernement s'élève à 1 100 000 000 de F CFA.

Côté béninois, le même dispositif est mis en place et Maître Robert Dossou a été commis par le Gouvernement, pour appuyer des juristes internationalistes français, le Professeur Pelé, dans la défense de ce dossier.

les Autorités nigériennes et dahoméennes sont convenues de permettre à leurs ressortissants de vivre en parfaite harmonie sur l'île de Lété, jusqu'au règlement définitif de la question ".

Les 19 et 20 Août 1993, une Commission de délimitation des frontières s'est rendue sur l'île de Lété ; elle a examiné les voies et moyens pour le règlement du conflit.

En Février 2000, l'affaire prend un nouveau tournant. En effet, les Autorités béninoises y avaient autorisé la construction d'infrastructures administratives. Informé de cette situation, le Préfet Nigérien du Département de Dosso s'est rendu sur les lieux au mois d'Avril 2001 pour constater les faits.

Le 2 Mai 2001, il fait débarquer sur l'île des militaires nigériens, qui détruisent les infrastructures communautaires en construction, molestent les ouvriers ; enlèvent les groupes électrogènes, emportent avec eux les documents et d'importantes sommes d'argent.

Les 3 et 4 Mai 2001, les Ministres Béninois et Nigériens de l'Intérieur se rendent sur la petite île ; au terme de cette visite, une réunion a lieu à Gaya au Niger et les deux parties conviennent de la convocation pour les 7, 8 et 9 Juin 2001, au Niger, de la Commission mixte paritaire de délimitation des frontières entre les deux pays.

Cette commission est chargée de définir le tracé historique de la ligne frontalière et de procéder à une reconnaissance de terrain sur l'ensemble de la frontière.

On croyait les tensions ainsi apaisées, lorsque, le 9 Mai 2001, les Nigériens détruisent les constructions entreprises sur l'île par les Béninois.

Selon les Béninois, les données autour de ce conflit paraissent plus compliquées qu'on ne le pense, parce que, s'il y a aujourd'hui contestation, malgré les accords de Yamoussoukro, c'est que ceux-ci ont été obtenus grâce à la médiation du Feu Président Houphouët-Boigny, mais sans aucune base juridique ; ils ne pouvaient donc êtres réellement imposés aux parties en conflit.

En principe, après l'accord de 1965, la Commission mixte devait poursuivre la recherche des voies et moyens de règlement définitif du conflit ; mais cette Commission a été inactive du fait de l'insuffisance de moyens de fonctionnement que les deux pays devaient lui fournir.

Vu de Cotonou, les Nigériens ont gagné du terrain sur l'île ; ainsi, aujourd'hui, les Nigériens dépasseraient les Béninois dans l'île en termes d'infrastructures et de population.

Alors que les tracés hérités de la colonisation " semblent bien accorder la possession de cette île au Bénin, la cette forte présence des Nigériens sur l'île pose un réel problème, car c'est une situation de droit qui s'oppose à une situation de fait".

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