Fraternité Matin (Abidjan)
LANDRY KOHON
8 Juin 2004
Abidjan — Après plusieurs semaines de négociations, le projet MAP va être soumis à approbation.
Au ministère de la Lutte contre le sida, on attend fiévreusement la date du 22 juin. Les négociations avec la Banque mondiale relativement au Projet multisectoriel de lutte contre le VIH/sida (PMLS) se jouent ce jour-là. L'enjeu, c'est un fonds de 50 millions de dollars US soit près de 30 milliards de francs CFA sur une période de cinq ans qui pourraient être octroyés à la Côte d'Ivoire pour la lutte contre le VIH/sida. Les premiers décaissements pourraient se faire dès octobre prochain.
Projet multisectoriel mettant en jeu plusieurs acteurs nationaux, des secteurs public, privé et communautaire, en milieu urbain et rural, le PMLS a pour objectif de réduire fortement la vulnérabilité des populations face à l'épidémie du VIH et à la maladie du sida. Il s'inscrit dans le cadre du MAP, le programme plurinational de lutte contre le VIH/sida en Afrique lancé par la Banque mondiale en 1999 ; programme à l'éligibilité duquel la Côte d'Ivoire a souscrit en décembre dernier. Il a fait l'objet de discussions techniques tenues à Abidjan, au cours d'un atelier à Grand-Bassam en janvier dernier et une mission de la Banque mondiale a séjourné en Côte d'Ivoire du 12 janvier au 6 février pour procéder à sa pré-évaluation. Une autre mission dite d'évaluation effectuée du 22 mars au 8 avril aura permis, entre autres, de finaliser les éléments et détails du projet : contenu, coût, mécanismes de mise en oeuvre, d'achever le rapport d'évaluation du projet et de commencer à préparer les négociations entamées à partir du 12 avril.
Des discussions avec les responsables du ministère de la Lutte contre le sida, il a été convenu au niveau de la stratégie de mise en oeuvre du projet que celle-ci consistera à "la mise en oeuvre d'activités essentielles de qualité en faveur des groupes vulnérables prioritaires avec leur propre participation". Pour ce qui est des activités à base communautaire, il est attendu que les micro-projets les soutenant soient "mis en oeuvre de manière à ce qu'ils soient, autant que faire ce peut, complémentaires aux activités des acteurs sectoriels du gouvernement et du secteur privé, en vue d'atteindre les résultats pertinents dans le sens de la réduction de la vulnérabilité", avec l'appui des comités régionaux de lutte contre le sida qui devront veiller "à garantir ce partenariat et cette complémentarité".
Un Conseil national de lutte contre le VIH/sida (CNLS) créé le 7 janvier 2004 est chargé de la mise en oeuvre du projet. Il est présidé par le Chef de l'Etat et regroupe des représentants de toutes les couches socioprofessionnelles de Côte d'Ivoire, ainsi que les associations de personnes vivant avec le VIH/sida.
Les fonds qui seront alloués dans le cadre de ce projet ne seront pas gérés par le ministère de la Lutte contre le sida, mais par une Unité de coordination du projet (UCP) placée sous la tutelle du secrétariat technique du CNLS. Structure légère composée de contractuels qui seront recrutés par voie de concours, cette unité a pour mission d'assurer la coordination, la gestion, le suivi et l'évaluation des activités du projet.
Le Fonds mondial, l'Initiative Bush et la KfW sont les principales composantes de l'enveloppe de financement global, à hauteur de 18,1, 14 et 18 millions de dollars US respectivement. Ils serviront solidairement à appuyer la PTME (Prévention de la transmission mère-enfant) et les ARV (Antirétroviraux), la mobilisation communautaire, la prise en charge globale et le marketing social du préservatif.
Au terme de sa mission de pré-évaluation, la Banque mondiale avait relevé au nombre des risques potentiels pouvant entraver la bonne exécution du projet "la situation socio-politique et la lenteur du processus de DDR (Désarmement - démobilisation -réinsertion)" avant de noter avec satisfaction "un climat de décrispation politique favorisé par le retour, après trois mois d'absence, des ministres issus des Forces nouvelles aux réunions du Conseil des ministres". La situation socio-politique a, depuis, connu des péripéties qui ne devraient pas toutefois influer négativement sur la décision de la Banque mondiale, tant le désir de paix demeure vivant en Côte d'Ivoire malgré les quelques crispations qui émaillent le processus.
ELVIS KODJO
- Mme Adjobi interpelle les enseignants
L'agence Prestige-Afrique, une agence de communication que dirige Mme Delesse Marie Générosa a décidé de voler au secours des enseignants vivants avec le Vih/Sida. Cela s'est concrétisé en fin de matinée hier, en présence du ministre de la Lutte contre le SIDA, Dr Christine Nebout Adjobi, par la remise de plusieurs kits nutritionnels constitués de sacs de riz, de boîtes de conserve, de pâtes alimentaires, de l'huile et du savon, le tout d'un coût estimé à plus de quatre millions de francs au ministre de l'Education nationale, M. Michel Amani N'Guessan.
La cérémonie qui a eu pour cadre, le cabinet du ministre Amani à la tour D, a été l'occasion pour le ministre Christine Adjobi de rappeler l'ampleur que prend la propagation de cette pandémie qu'est le Sida dans notre pays. Avec chiffres à l'appui, elle fait clairement comprendre à tous que le système éducatif est l'un, sinon le secteur le plus atteint par la propagation du VIH/SIDA en Côte d'Ivoire. En ce qui concerne l'enseignant, la première responsable de la lutte contre le Sida révèle qu'à cause du Sida, le taux moyen d'indisponibilité est de six mois. Et que sa carrière se trouve réduite à 13 ans au lieu de 30. Fatalement, l'espérance de vie de l'enseignant chute de 50 à 36 ans en moyenne. Toujours selon Dr Adjobi, sur 218 cas de décès d'enseignants, 140 sont morts de Sida en 1996-1997, soit un taux de 64,22%.
Dans le même temps, en terme de morbidité dans la ville d'Abidjan, l'on enregistrait chez les élèves, 66 cas d'infection à VIH avec 41 filles pour 25 garçons. Devant ce tableau, combien sombre, le ministre Christine qui a salué le geste de l'Agence Prestige-Afrique, a fait un véritable plaidoyer en direction de la grande famille de l'Education nationale afin que la lutte puisse s'intensifier à tous les niveaux.
Les dons ont été immédiatement remis à Mme Sophie Constance Eby Boa, directrice de la Mutualité et de la politique sociale du ministère de l'Education nationale qui se chargera de les acheminer à leurs destinataires.
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