Le Patriote (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Manifestations de vandales à Abidjan : les miliciens de Laurent Gbagbo briment et molestent les «Blancs»

Charles Sanga

8 Juin 2004


Une atmosphère d'insécurité généralisée s'est emparée du quartier des affaires d'Abidjan, hier en début d'après-midi. Alors qu'ils vaquaient tranquillement à leurs occupations, les ressortissants français ont été pris à partie par quelques centaines de jeunes scandant des slogans hostiles à l'ex-rébellion, à l'opposition non armée et à la France. Vêtus de tee-shirts noirs, aux couleurs des milices favorables au régime en place, ces jeunes se sont immédiatement massés devant l'entrée principale de l'ambassade de France.

Armés de bâtons et de pierres, ils ont perturbé le travail pendant plusieurs heures. Selon les slogans qu'ils tenaient, il était aisé de comprendre que ces «fous de Gbagbo» protestaient contre l'information selon laquelle une trentaine d'éléments armés se seraient accaparés de la ville de Gohitafla, contrôlée par les Forces armées nationales de Côte d'Ivoire (FANCI) dans la nuit de dimanche à lundi, sans essuyer de véritables résistances.

A Abidjan, les «jeunes patriotes» étaient donc décidés à rendre la France responsable de la «chute» de Gohitafla et d'en condamner les ressortissants de ce pays.

Aux environs de 16 heures, les jeunes manifestants ont incendié des pneus usés et des palettes de bois devant le grand portail de la mission diplomatique française. Sous le regard nonchalant des éléments des forces de l'ordre nationales, les jeunes partisans de Gbagbo molestaient tout ressortissant français, en particulier et européen, en général voire tout simplement les personnes de couleur blanche. Plusieurs ressortissants de l'Afrique du Nord et du Liban, tenanciers de magasins ont été molestés.

Le service de sécurité de l'ambassade de France a dû employer les grands moyens pour tenter de disperser les manifestants surexcités. «C'est vous qui soutenez les rebelles. Vous voulez la chute de Gbagbo. Il est élu par le peuple. Il n'appliquera pas Marcoussis, mais il sera toujours à son poste», scandaient-ils.

Un Occidental circulant en voiture à une centaine de mètres de l'ambassade a été entouré par une dizaine de jeunes aux environs du Commissariat du 1er Arrondissement au Plateau. Les vitres et pare-brise de son véhicule ont volé en éclats. Les policiers ivoiriens ont suivi la scène, mais ne sont pas intervenus.

D'autres ressortissants étrangers dont de nombreuses femmes non françaises ont été surpris par la réaction violente des partisans de Gbagbo.

Hier, il ne s'agissait pas que de la France. Tout ce qui était «Blanc» faisait naître un véritable sentiment de haine chez les «jeunes patriotes». Un peu plus tard dans la soirée, le mouvement de violences tendait à gagner timidement le quartier de Treichville sans être réellement suivi. En moins d'une demie heure, le quartier du Plateau s'est totalement vidé de son monde. Les magasins ont baissé pavillon. Les portes des bureaux ont été fermées. L'administration publique et le privé n'ont pu terminer la journée. Le mouvement s'est poursuivi dans la nuit en zone 4C où des blancs ont été agressés et des biens saccagés.

Les «jeunes patriotes» répondaient-ils à un mot d'ordre précis ? Difficile de penser autrement. Car depuis quelques semaines, les incidents anti-Français se multiplient à un rythme effréné à Abidjan. En effet, le 18 mai dernier, quelques dizaines de jeunes se réclamant de la FESCI avaient tenté de pénétrer de force dans les locaux du Lycée Mermoz à Cocody. Ils avaient réussi à en défoncer les portes à coups de pierres. Des élèves et un responsable administratif avaient été molestés. Samedi dernier, prétextant un sit-in devant le 43e BIMa, des jeunes avaient agressé un ressortissant français.

Depuis quelques jours, les slogans et autres messages anti-Français venant des plus hautes autorités du régime ont refait surface. Vendredi et samedi, Mme Simone Gbagbo, en meetings à Abobo et à Anyama, avait déclaré sans retenue : «Au fil du temps, les choses se précisent. La France est complice des rebelles. Chirac n'aime pas Gbagbo parce qu'il ne correspond pas au profil que la France a tracé pour les Présidents. On ne le trouve pas policé. Au contraire, Chirac le juge trop indépendant. Car, il ne prend pas d'instructions à l'Elysée», avait-elle lancé à ses partisans. Y avait-il mieux pour pousser les «jeunes patriotes» à casser du Français ?

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