(source : Pana)
9 Juin 2004
La communauté française d'Abidjan a passé la nuit du lundi à mardi terrée chez elle et ceux qui n'ont pas pu rentrer chez eux sont restés au bureau ou dans les locaux de l'ambassade de France, sous la garde vigilante des gendarmes, a-t-on constaté sur place.
La veille, les forces de sécurité ont eu fort à faire pour contenir la foule des manifestants qui tentaient de prendre d'assaut les locaux de l'ambassade. «Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. Mon mari a dormi au consulat. Ni lui ni moi n'arrivions à dormir. On s'est constamment appelés. Nous avions pris toutes les dispositions pour une éventuelle évacuation nocturne», a confié à la PANA Mme O. G, les traits tirés et les yeux cernés. Elles sont nombreuses, comme Mme O. G, à avoir vécu des heures d'angoisse, accrochées au téléphone, guettant le moindre bruit venant du dehors, attendant les premières lueurs du jour qui chasseront une nuit cauchemardesque.
Les enfants n'ont pas été davantage épargnés par cette atmosphère lourde et pesante comme une chape de plomb qui régnait encore ce mardi matin au sein de la communauté française dont tous les établissements scolaires ont été fermés. Certains d'entre eux gardent le pénible souvenir de la brutale intrusion dans leur univers d'un groupe de «jeunes patriotes», membres de l'Alliance des jeunes pour le sursaut national, mouvement se réclamant du chef de l'Etat ivoirien, Laurent Gbagbo. Beaucoup de «Blancs», des Français, des Européens et d'autres ressortissants occidentaux ont vécu des moments particulièrement pénibles lundi après-midi au Plateau, le centre des affaires de la capitale économique ivoirienne, et même dans la nuit, notamment dans le quartier résidentiel de la zone 4 ou de Bietry qui abritent de nombreux bars, restaurants et boîtes de nuit.
Pourchassés comme des malfrats par une meute de manifestants armés de gourdins et de cailloux, vociférant toutes sortes d'insanités, un groupe de jeunes Français, dont des filles, n'a dû son salut qu'aux gardiens de l'immeuble abritant les services du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) où ils ont pu trouver refuge. D'autres, qui ont eu moins de chance, ont été sévèrement bastonnés par les agresseurs qui les ont dépouillés de tout ce qu'ils avaient sur eux : argent, portables, chaînes en or, bagues, etc. Le spectacle était particulièrement pénible sur le pont Général de Gaulle où les «jeunes patriotes» ont établi de véritables postes de contrôle, arrêtant tout véhicule transportant des personnes de race blanche ou tout ce qui pouvait y ressembler. Ces passagers étaient extirpés sans ménagement des véhicules pour subir ce que certains manifestants appelaient cyniquement «le traitement réglementaire», c'est-à-dire une série de coups de poings et de gifles. Voyant de loin ce spectacle effroyable et soucieux d'échapper au sort peu enviable qui les attendait, beaucoup d'automobilistes de race blanche qui se trouvaient dans la file tentaient alors de faire demi-tour au risque de provoquer des carambolages ou d'entrer en collision avec les véhicules venant en sens inverse. Ceux qui réussissaient leur manoeuvre étaient pourchassés à coups de pierres par des manifestants sous l'oeil impassible, voire compréhensif, des policiers postés sur le pont depuis le milieu de l'après-midi. «C'est à croire qu'on les a envoyés ici pour regarder la lagune», fulminait une jeune dame qui avait difficilement réussi à se frayer un passage au milieu de la meute déchaînée qui faisait un raffut d'enfer. «A chacun son petit blanc», avait crié Jean-Yves Dibopieu, ancien Secrétaire général de la Fédération scolaire et estudiantine de Côte d'Ivoire (FESCI) au plus fort des manifestations anti- françaises de l'année dernière, sur la place de la République, à Abidjan. Les violentes manifestations d'hostilité dont ils ont été l'objet et les sévices qu'ils ont subi lundi, à Abidjan, ont dû provoquer une douloureuse réminiscence chez beaucoup de membres de la communauté française d'Abidjan qui se demande, avec l'angoisse que l'on devine, de quoi demain sera fait.
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