Le Journal de l'Economie (Dakar)
Malick Sylla
14 Juin 2004
Dakar — Le secteur de l'artisanat est en train de connaître un nouveau souffle avec l'Agence pour la promotion et le développement de l'artisanat. Celle-ci s'est dotée d'un plan d'opérations stratégiques sur cinq ans afin d'accroître la compétitivité du secteur. Le plan a été unanimement validé par les différents acteurs intervenant dans la filière.
Le secteur de l'artisanat est en train de subir petit à petit une importante mutation sous l'égide de l'Agence pour la promotion et le développement de l'artisanat (Apda). Celle-ci, créée il y a seulement 20 mois à travers le décret 2002/934 du 3 octobre 2002, vient de se doter d'un plan d'opérations stratégiques (Pos) pour la période 2004-2008.
C'est dans ce sens qu'un atelier de validation, regroupant tous les acteurs intervenant dans le secteur, s'est tenu le 8 juin dernier. De l'avis de M. Youssoupha Diallo directeur général de l'Apda, la tenue de l'atelier de validation " revêt une importance capitale car devant décliner pour les cinq ans à venir, les objectifs et la stratégie de l'Apda ". selon M. Diallo, le Pos est le fruit d'une démarche participative. En effet, souligne-t-il, c'est une commission large et plurielle de 20 personnes ressources comprenant des membres de plusieurs ministères et directions nationales, de l'union nationale des chambres de métiers (Uncm), de la chambre de métier de Dakar, des organisations professionnelles d'artisan (Opa), d'Ong, de consultants et d'agents de l'Apda, qui a travaillé de façon méthodique autour des axes définies dans la feuille de route de route proposée par la direction générale de l'Apda. Cette démarche a été également saluée par M. Seyni Seck le président de l'Uncm. Il a rappelé l'importance qu'occupe le secteur de l'artisanat dans l'économie notamment dans la réduction du chômage où chaque atelier occupe entre 10 et 20 artisans.
De son côté, le ministre de l'industrie et de l'artisanat M. Landing Savané a évoqué quelques nouvelles tendances de l'artisanat sénégalais avec notamment la baisse relative de la compétitivité du secteur dont la contribution au Pib est passée de 12% en 1992 à 9,18% de 1996 à 2001 en dépit de la croissance régulière du niveau d'emploi, l'expansion de la pauvreté dans le secteur artisanal. Compte tenu de ces tendances, le ministre a invité les artisans et leurs organisations à s'approprier le contenu du Pos.
Un secteur très peu compétitif
Le diagnostic fait par l'équipe pluridisciplinaire ayant en charge la conception du Pos a dressé un certain nombre de constats préoccupants du secteur de l'artisanat. Selon M.Souley Kanté, directeur des opérations stratégiques de l'Apda, les données statistiques extraites des comptes nationaux révisés du Sénégal de 1996 à 2001 sont assez significatives de la baisse de la compétitivité globale du secteur de l'artisanat. C'est ainsi que la contribution du secteur au Pib estimée à 12% en 1992, se retrouve comprimée dans une moyenne annuelle de 9,18% de 1996 à 2001.
Pourtant, le secteur avait enregistré au lendemain de la dévaluation une croissance de 31%. Paradoxalement, l'emploi s'est considérablement accru et de manière régulière durant cette période à un taux moyen de 2,6%, s'établissant à 454.400 artisans contre 160.000 en 1992.
La filière confection/habillement et textile est la première filière du secteur artisanal aussi bien en termes de contribution en valeur ajoutée qu'en termes d'emplois générés. D'un point de vue organisationnel, 22 ans après la mise en place des chambres de métiers et de l'Uncm, les espoirs placés dans ces institutions consulaires n'ont pas été atteints avec très peu d'artisans inscrits dans les chambres de métiers. Dans le domaine du financement, souligne le directeur des opérations de l'Apda, plusieurs concours ont été apportés à l'entreprise artisanale : des crédits pour financer les équipements, les besoins en fonds de roulement, l'approvisionnement en matières premières, le renforcement des capacités en gestions, la participation à des foires nationales et internationales. Plusieurs intervenants ont participé à la résolution de l'équation du crédit : Etat, partenaires au développement, ONG. Mais toutes ces initiatives n'ont pas intégré un certain nombre de facettes comme la construction d'infrastructures devant servir de cadre d'évolution de l'entreprise artisanale, la promotion et la communication. Ces aspects sont d'autant plus importants que très peu d'entreprises ayant bénéficié de ces concours ont réellement émergé pour se transformer en structures organisées et viables.
L'évolution du secteur de l'artisanat sénégalais fait apparaître aujourd'hui, en plus de la classification technique entre artisanat de production, artisanat de services et artisanat d'art, une autre classification socio-économique plus opérationnelle. On distingue ainsi un artisanat populaire de survie qui représente près de 85% des effectifs d'artisans. Il dégage peu ou pas d'épargne, accède rarement au crédit bancaire et investit très peu. De l'autre côté, il y a l'artisanat d'entreprise. Celui-ci regroupe environ 12% des effectifs et est constitué essentiellement de Très petites et micro entreprises artisanales (Tpmea).C'est un artisanat dynamique, précise M. Kanté, qui remplit certaines fonctions de l'entreprise moderne. Il dégage une certaine épargne, investit dans les équipements et accède plus ou moins au crédit bancaire. Ce type d'artisanat a un potentiel de croissance appréciable. Cependant, ce type d'entreprise est dans l'incapacité de répondre à des commandes importantes. Ce qui représente un handicap pour la pénétration et la conquête de marchés porteurs à l'exportation.
Les grands axes du plan d'opérations stratégiques
C'est à partir de ce diagnostic que le Pos a été bâti. Les objectifs spécifiques visés sont l'amélioration de la qualité des produits de l'artisanat, la promotion et l'appui à la créativité en milieu artisanal, l'augmentation de la productivité des artisans et l'élargissement de débouchés pour la commercialisation des produits et services artisanaux dans ce contexte qu'est apparu l'Apda. Le Pos est constitué de quatre orientations stratégiques (OS) avec pour chacune un certain nombre de lignes d'actions stratégiques. Pour la première OS qui concerne l'appui à l'artisanat populaire, il a été suggéré de mettre en place des lignes de crédit pour de petits fonds de roulement et petits équipement, sans compter l'appui aux mutuelles d'épargne et de crédit des artisans ainsi que l'alphabétisation, la formation et le perfectionnement des artisans. La deuxième OS concerne le développement de l'artisanat d'entreprise. Pour ce volet, certaines actions sont envisagées. Il en est ainsi, notamment de la mise sur pied d'un fonds d'appui à l'artisanat, la création de zones d'installations et de promotion artisanales (Zipa) dans des lieux à fort potentiel artisanal identifié les actions suivantes, une meilleure promotion et commercialisation des produits artisanaux avec la création à Dakar d'un centre national de promotion et d'exposition artisanale permanente, de galeries régionales de l'artisanat dans les régions à fort potentielles touristiques, de vitrines de l'artisanat sénégalais à l'extérieur etc.
Dans la troisième OS, il est prévu l'établissement de passerelles entre l'artisanat et l'art par e moyen du design. Dans ce chapitre, les actions ont trait à l'insertion des diplômés de beaux-arts dans l'artisanat par le financement et l'appui à la création d'entreprises, la création d'un institut du design et l'organisation tous les deux ans d'un salon national de la créativité doté d'un grand prix du chef de l'Etat afin d'encourager la recherche et la création artisanale. Enfin, la dernière OS concerne l'accompagnement du renforcement institutionnel et de la modernisation des organisations d'artisans. Parmi les lignes d'actions ciblées il y a le développement institutionnel des chambres de métier et des Opa par un appui institutionnel fondé sur un audit organisationnel et stratégique permettant l'identification de leurs besoins prioritaires, le renforcement des capacités des artisans par l'alphabétisation fonctionnelle en langues nationales et en français, le développement des capacités techniques, technologiques et managériales des leaders d'artisans.
C'est dans la ligne de ses objectifs stratégiques que l'Apda articule les programmes et projets de mise en oeuvre de son Pos qui s'inspire du document de stratégie de réduction de la pauvreté (Dsrp) et de la lettre de politique de développement de l'artisanat (Lpda). Les programmes et projets sont définis selon un certain nombre d'axes stratégiques notamment le renforcement des capacités en gestion des entreprises, l'adaptation de l'environnement juridique et réglementaire, le perfectionnement des qualifications professionnelles. Trois programmes ont été sélectionnés comme opérationnels avec des composantes. Il s'agit du programme de renforcement des organisations, des compétences et de la communication des artisans (Procca), du programme d'appui à l'entreprenariat en milieu artisanal (Paema). Ces deux programmes, note le directeur des opérations stratégiques de l'Apda, sont destinés à résoudre les problèmes diagnostiqués chez les artisans et qui se traduisent par leurs difficultés à maîtriser les fonctions principales de leur entreprise ainsi que par la faiblesse de leur capacité financière, techniques et managériales. L'objectif global est d'accroître les capacités de production de richesses par le secteur artisanal.
Dans le but d'avoir une maîtrise avisée du secteur artisanal en général et dans le cadre de la mise en oeuvre des projets et programme inscrits au Pos en particulier, les responsables de l'Apda comptent réaliser des études. Neuf sont mentionnées parmi lesquelles il y a le plan d'affaires de l'Apda 2004-2008, l'étude stratégique de développement de l'artisanat au Sénégal à l'horizon 2018, l'étude de création et de gestion d'une base de données sur le secteur de l'artisanat.
Qu'en est-il de la mise en oeuvre, du suivi et de l'évaluation du Pos ?
M.Kanté se veut clair. Chaque programme sera doté d'une unité de gestion principale qui initiera une méthode de gestion par mode de projet. La réalisation des études donnera lieu à la mise en place de comités de pilotage suffisamment représentatifs pour les nécessités de transparence et de supervision du travail. La mise en oeuvre de chaque composante du Pos passera par trois étapes :une phase d'initialisation dont l'objectif est de réaliser un cahier des charges le plus complet possible, une phase de réalisation comportant des tâches à accomplir et des indicateurs qualitatifs et quantitatifs, et enfin une phase de finalisation.
Le système de suivi/évaluation comporte une dimension statutaire référée au Conseil de surveillance qui est l'organe de supervision, de contrôle, de suivi et d'évaluation des actions de l'Apda en vertu de l'article 4 du décret de 2002.
Les professionnels ont insisté sur la nécessité pour les artisans de garder leur créativité afin de mieux vendre leurs produits. Dans ce volet, il a été suggéré d'insister sur les stratégies à mettre en place pour la commercialisation des produits de l'artisanat. L'urgence de trouver un nouveau site touristique hors de la ville de Dakar qui est saturée, a été rappelée.
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