Claude Tadjon
15 Juin 2004
Frustré par des échecs à répétition, l'ancien secrétaire d'Etat américain James Baker a démissionné de son poste de représentant spécial des Nations unies pour le Sahara occidental après sept années passées à tenter de trouver une solution au conflit opposant le Maroc et les rebelles du Front Polisario.
Selon des indiscrétions à l'Onu, M. Baker s'était à plusieurs reprises plaint des obstacles et blocages posés par le Maroc, soutenu par la France, contre ses propositions. C'est en 1884, après la conférence de Berlin consacrée au "partage de l'Afrique", que les Espagnols s'implantent sur la côte du Sahara occidental. Jusqu'au milieu du XXe siècle, l'Espagne ne maintient qu'une bien faible autorité sur ce territoire dénommé Río de Oro (il était autrefois traversé par l'une des grandes routes de l'or du Soudan vers le Maroc).
Les choses changent avec la découverte d'un important gisement de phosphates qui, dans cette période de décolonisation générale, incite les Espagnols à envisager la création d'un micro-État (70 000 h.) dont il leur sera facile de guider les orientations économiques. Cette perspective est à l'origine du sentiment national sahraoui. Le Front Polisario est créé en 1973.
Le Maroc estime avoir des droits sur ce territoire qui, avant la période coloniale, faisait partie de la zone d'hégémonie chérifienne: il veut les faire valoir. L'évacuation du Sahara par les Espagnols, en 1975, précipite les événements, et laisse le champ libre aux Marocains qui organisent la "marche verte" et occupent le territoire. Le Front Polisario, qui réclame l'indépendance du Sahara occidental, proclame une "République arabe sahraouie démocratique". Elle sera progressivement reconnue par 72 États et admise à l'Oua en 1982.
Tension régionale
Une tension régionale naîtra ensuite, opposant à des degrés divers trois États voisins: la Mauritanie, le Maroc et l'Algérie. Les arguments avancés varient selon les parties concernées. La revendication marocaine s'enracine dans l'histoire. Vieil État-nation, le Maroc veut reconstituer une entité nationale rassemblant toutes les terres autrefois sous domination marocaine. La Mauritanie, au nom de la continuité géographique, ethnique et culturelle, formule depuis son indépendance des revendications sur les territoires occupés par l'Espagne. L'Algérie, qui n'a pas de revendication territoriale à formuler, ne peut se désintéresser du sort du Sahara. Elle défend le respect des frontières coloniales. En soutenant cette thèse, proclamée par l'Oua, elle songe non seulement au Sahara occidental mais à ses propres frontières sahariennes avec le Maroc. Quant au peuple sahraoui, l'expérience montre qu'il est animé par un sentiment national vif et profond. Il est récent et se forge dans la lutte qu'il conduit.
L'évolution de la situation depuis 1975 a conduit à la restriction du conflit qui s'est progressivement décanté, se limitant à un strict cadre régional. La Mauritanie s'est rapidement désengagée (1979). Le Maroc a consenti de très gros investissements dans le territoire a organisé un mouvement migratoire. Il estime avoir refait une grande partie de son handicap territorial saharien en occupant l'intégralité ou presque du terrain abandonné par les Espagnols. En 1988, des espoirs de règlement se font jour, mais la situation reste délicate. Le plan de paix de l'Onu accepté par le Maroc et le Front Polisario prévoit la proclamation d'un cessez-le-feu (6 septembre 1991) et l'organisation d'un référendum d'autodétermination (début 1992). Bien des obstacles peuvent se dresser sur le chemin de la paix. Le référendum est retardé et n'a toujours pas eu lieu. Les opérations d'enregistrement des électeurs sahraouis ont débuté en août 1994 mais rencontrent des difficultés. Pour le Maroc, la consultation à laquelle il s'est finalement rallié devrait se réduire à un référendum confirmatif sur l'intégration du Sahara au royaume chérifien. De son côté, le Front Polisario ne peut accepter un scrutin dont les conditions de préparation et de déroulement ne garantissent pas la libre expression des Sahraouis.
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