M'Hamed HAMROUCH
18 Juin 2004
music review
Rita Saher "très satisfaite d'avoir apporté au public des moments de bonheur"
"Il n'y a pas de musiciens marocains capables de disputer des prix internationaux». C'est ce que «certains» se plaisent à dire pour justifier l'absence de virtuoses de bien de chez nous lors de concours «internationaux» organisés bel et bien chez nous !
Erreur. Voire. Paradoxe. Car si de ce côté, des «organisateurs» ignorent à l'insu de leur plein gré qu'il existe des talents marocains capables de concourir aux côtés de bien d'autres étrangers, ils n'ont qu'à voir à l'étranger où ces talents marocains non seulement ont pu participer à des concours internationaux mais, fait marquant, ils ont pu décrocher des prix.
Rita Saher, une brillante jeune pianiste marocaine, offre ici une preuve éloquente. Formée, entre autres grands musiciens français, par le pianiste Jacques Lagarde, elle a décroché un Prix au célébrissime Concours international de Piano de Vienne (Autriche).
La qualité d'un musicien se jugerait-elle sur la seule base d'un concours?
Le public qui a assisté aux trois récitals de Rita Saher (à Rabat, puis à Casa et enfin à Marrakech) aura sans doute apprécié, par-delà la virtuosité de la jeune pianiste, sa finesse, sa simplicité convaincante et une grande sensibilité artistique.
Dans ce qui suit, Rita Saher nous parle de sa première aventure au Maroc, de la réceptivité du public marocain à la musique classique, de sa préparation aux prochains concours internationaux de piano (Poulenc et Porto) et d'une carrière en musique qui s'annonce très prometteuse.
Libé: Avez-vous obtenu les effets souhaités pour votre tournée?
Rita Saher: A la base, il n'y a pas d'effets souhaités. Je me suis lancée dans une aventure qui m'était inconnue, vu que c'était ma première tournée au Maroc, c'était le mystère. Je voulais surtout satisfaire le public et lui apporter un moment de bonheur et de plaisir. Et je pense que cette tournée a eu l'effet escompté, et même plus. J'ai eu un accueil très émouvant et émotif aussi du public, c'est la plus grande satisfaction.
On dit que la musique classique ne fait pas partie de notre culture. Comment estimez-vous la réaction du public marocain à votre récital?
Le public a été très réceptif à cette musique. Et contrairement à ce que l'on peut penser, la musique classique n'est pas «élitiste» et moins encore «savante». De toutes les manières, comme n'importe quel art, la musique s'adresse et touche les coeurs, fait appel aux sentiments et non à l'intellect. Et pourvu qu'il y ait un peu plus d'information sur ce genre de manifestations, il y aura sans doute de plus en plus d'intérêt pour la musique classique.
Les concours internationaux de musique organisés de ce côté «brillent» par l'absence de musiciens marocains. Le prétexte trop souvent avancé est qu'il n'y a pas de musiciens nationaux capables de concourir. Dans votre cas, cela est-il vrai?
Les récitals que je viens de donner sont une réponse claire à ces hypothèses, parce que je ne pense pas que ce soit des affirmations. Et puis, nous sommes plusieurs musiciens marocains à participer à des concours de musique internationaux organisés à l'étranger. Et là, à titre d'information, je me prépare à participer à deux concours de musique internationaux, celui de Poulenc organisé par Jacques Lagarde qui est un très grand pianiste et puis celui de Porto (Portugal).
Je crois qu'il y a des pianistes marocains capables d'avoir le niveau requis pour disputer des prix internationaux. Et puis, la qualité d'un musicien ne se juge pas sur la base d'un concours parce que la musique, c'est d'abord un art.
Envisagez-vous de faire carrière en musique? Si oui, pensez-vous qu'un art comme la musique peut faire vivre?
En ce qui concerne ma carrière, elle a déjà commencé. Et bien sûr, ce serait un grand bonheur que de continuer sur cette lancée. Pour le reste de la question, jepense qu'en musique comme dans n'importe quel autre domaine il n'y a pas d'autre garantie que le travail.
Après une riche période de formation, estimez-vous à présent capable de composer?
Le métier de concertiste et celui de compositeur sont tout à fait différents et, donc, requièrent deux formations différentes.
Pour vous, interpréter une oeuvre musicale signfie-il la reproduire telle quelle?
Pour pouvoir interpréter, il faut d'abord avoir travaillé minutieusement la partition telle qu'on la voit dans les moindres détails, vu que c'est la volonté du compositeur. Après avoir fait ce travail de base qui est obligatoire, on peut donner libre cours aux passions, que ce soit la souffrance, ou la joie. Et puis, cela se ressent par le public...
Identifieriez-vous à un musicien? Lequel?
J'aime beaucoup Mozart ainsi que beaucoup d'autres compositeurs. Mais en musique et dans n'importe quel art chacun a sa propre personnalité. Et heureusement d'ailleurs parce que c'est ce qui fait la diversité...
Pourquoi faites-vous de la musique?
Parce que c'est l'une des seules choses au monde qui me remplit de bonheur. Quand je joue du piano, c'est la joie absolue, sans aucune contrariété. Et puis aussi, j'aimerais faire partager cet amour aux autres.
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