Fraternité Matin (Abidjan)
Théodore Kouadio, envoyé spécial à Accra
20 Juin 2004
Abidjan — Deux solutions s'offrent aux étudiants. Rester dans un des nombreux «hostels» (auberges ou foyers des étudiants) construits généralement par les propriétaires des grandes écoles privées internationales ou bien se trouver une chambre dans l'un des quartiers populaires ou bidonvilles.
Beaucoup d'étudiants ivoiriens qui envisagent de continuer leurs études aux Etats-unis d'Amérique ou en Angleterre transitent par le Ghana. Histoire de maîtriser la langue de Shakespeare. Afin de passer haut les mains le texst de toefel exigé dans ces grandes universités. Seulement, la vie dans le pays de Kwame N'Krumah n'est pas toujours aisée pour la plupart.
La grande majorité des étudiants qui arrive à Accra n'a pas de bourse. En plus des frais d'écolage et les effets scolaires qu'ils payent, ils doivent faire face à la dure réalité de la vie quotidienne à Accra.
«Les Ivoiriens font en général une mauvaise lecture du coût de la vie dans la capitale ghanéenne. Pour certains parents restés à Abidjan , comme le FCFA est plus lourd que le Cédi, il suffit d'avoir un peu d'argent et on peut aller à l'école et se payer un séjour décent dans ce pays », souligne amère Elvis Konan, un Etudiant en marketing.
Ainsi plusieurs élèves qui ont à peine terminé la classe Terminale se retrouvent souvent seuls à Accra. Car, une fois la scolarité assurée, souvent en totalité, se pose à eux la première difficulté: le logement. Comme toutes les capitales africaines, Accra est confrontée à un déficit de logements. Alors l'épineux problème est: comment se trouver un logis à moindre coût ?
Difficile de se loger
Deux solutions s'offrent aux étudiants. Rester dans un des nombreux «hostels» (auberges ou foyers des étudiants) construits généralement par les propriétaires des grandes écoles privées internationales ou bien se trouver une chambre dans l'un des quartiers populaires ou bidonvilles.
Dans les « hostels » les étudiants n'ont pas d'intimité. C'est comme à l'internat au Lycée. Certains dorment à 4 sur des lits superposés dans une chambre et partagent les mêmes toilettes. « L'avantage, c'est que le loyer est perçu par mois, même s'il varie entre 20 et 25.000 Fcfa par mois. », explique Sylvie Gnahoré, une locataire d'un « hostel » du quartier Tesano. Selon elle, il y a une dizaine « d'hostels » à Accra.
Ceux qui veulent vivre seuls doivent payer le loyer sur un an au moins en avance.
«La propriétaire de la maison que j'habite a exigé que je m'acquitte de mon loyer sur une période de deux ans en avance, avant qu'elle ne me cède une chambre dans une cour commune.», révèle Patricia Adjama Attoua.
Elle habite une petite chambre dans le quartier Caprice, qui contient à peine ses bagages. Son père a dû débourser la coquette somme de 288 000 Fcfa pour louer ce studio.
Les plus futés se mettent à trois ou à quatre pour une maison de plusieurs pièces où chacun a une chambre.
Les autres, pour se trouver des chambres à des coûts acceptables, se dirigent vers les quartiers populaires comme « New Town », « Tesano », « Accra », etc.
D'autres encore habitent dans les quartiers périphériques de la ville. Comme « Kasoa » et « Weidja ». Ainsi que dans les bidonvilles tels que « Nima ».
«Les logis sont relativement abordables dans les banlieues. Mais le problème, c'est qu'il faut dépenser beaucoup dans les frais de transport pour aller à l'école et dans le centre ville. Quand bien même le coût du transport est abordable comparativement à Abidjan.», révèle Landry Koudou.
En effet, comme dans la plupart des capitales de la sous-région, le transport urbain est géré à Accra par une entreprise publique, la « Metro Mass Transit », à l'image de la Sotra d'Abidjan. Le ticket est à un prix unique de 1000 Cedis, sur toutes les destinations. Ce qui fait environ 65 FCFA.
Le transport privé existe aussi. Ce sont en général des mini-cars (Gbaka) et les taxis ville (woro woro). Ils sont communément appelés «Totro».
Ceux-ci desservent les différents quartiers de la capitale : Kasoa, Weidja, Tesano, Caprice, Osu, Accra, Nima, Adabraka, Kaneshie, Accra New Town , Airport, etc.
A côté de ces véhicules, il y a les taxis que les clients prennent en course. Qui ont pour nom «dropping». Le prix de la distance à parcourir se discute à la tête du client. Á Accra, vous ne trouverez pas de taxi-compteur.
La nourriture, le casse-tête chinois
Le second problème des étudiants à Accra est la nourriture. L'alimentation ghanéenne est facile à trouver . Cependant, les produits alimentaires les plus populaires n'entrent généralement pas dans les habitudes des Ivoiriens. Les mets ghanéens sont en général composés de : « Banku », à la base de pâte de maïs fermentée.
Le « Fufu », lui, est fait à base de manioc écrasée et de la banane plantain ou d'igname. Il est servi avec de la sauce arachide.
Le «Garden Eggs » (Oeufs de Jardin), ce sont des légumes à la taille de citron de couleur blanche ou jaune.
La soupe d'arachide (Ground-nut soup) . C'est un mélange de beurre d'arachide et du potage de tomate, contenant du poulet ou de la viande et servi avec l'igname, le riz, la banane plantain, le fufu, kenkey, ou des rouleaux de pain.
Le Kenkey , c'est la pâte de maïs fermentée enveloppée dans des feuilles de maïs séchées et cuite à la vapeur.
« Même si nous avons les mêmes produits alimentaires, la façon de préparer diffère totalement. De sorte que nous avons du mal à manger les plats typiquement ghanéens vendus dans les restaurants populaires. Alors que ce sont ces mets qui ont des prix abordables.», souligne Patricia Adjama Attoua.
Dans ce cas, les étudiants ont le choix entre préparer chez eux ou manger dans un restaurant moderne. Mais cela revient un peu cher pour la bourse de ces étudiants. Ainsi donc, pour minimiser les dépenses, certains se mettent ensemble avec des compatriotes pour solliciter les services d'une servante, surtout ceux qui louent les villas. Elle fait le ménage et prépare la nourriture. « L'année dernière, nous étions une dizaine sur le palier d'un immeuble à New Town. Chacun donnait 330.000 Cedis soit 20.000 Fcfa par mois pour la popote et le salaire de la servante », explique Landry Koudou.
Ceux qui sont très attachés à la cuisine ivoirienne confient leur destin à certaines restauratrices ghanéennes qui ont séjourné une fois en Côte d'Ivoire. Á côté des plats qu'elles vendent, elles préparent sur commande des mets typiquement ivoiriens destinés à ces étudiants. C'est le cas de Roméo N'Da et ses amis, qui donnent chacun 412.500 Cedis, soit 25.000Fcfa par mois aux restauratrices.
La difficile maîtrise du Cédi
L'autre difficulté est la maîtrise de la monnaie ghanéenne, le Cedi. Celui qui vient d'Abidjan à tendance à se dire que puisque le Cedi est faible par rapport au FCFA, le coût de la vie l'est aussi. Ce qui n'est pas toujours vrai. «Vous pouvez avoir 50.000 FCFA lorsque vous faites les changes vous êtes autour de 825.000 Cedis. La circulation de l'argent est tellement facile que vous pouvez dépenser cette somme en moins de 2 semaines.», déclare un habitué des lieux. Un avis partagé par les étudiants qui affirment qu'ils ont du mal à gérer leur argent. De sorte qu'ils en sont toujours à court.
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