Le Patriote (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Discours à la Nation - Soro Guillaume (secrétaire général des Forces Nouvelles) :" Le coup de force de Gbagbo a échoué"

26 Juin 2004


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Après les heurts qui ont opposé différentes factions de l'ex-rébellion les dimanche et lundi derniers, le Secrétaire général des Forces nouvelles, le ministre Soro Guillaume, a tenu à s'adresser à toute la nation ivoirienne.

Il a fait une déclaration, le vendredi 25 juin 2004 à la salle de conférence du Ranhôtel. Prévu à 15h, c'est à 16h que Soro Guillaume est arrivé au lieu de la rencontre, entouré pour la circonstance du Chef d'Etat-major, le Colonel Bakayoko Soumaïla, du com-zone Sud Chérif Ousmane, de son Chef d'Etat major particulier le Commandant Vetcho et de son chef de cabinet Amadou Koné. Dans la salle qui s'est avérée exiguë, avaient déjà pris place les responsables des organisations de la société civile, des forces impartiales et un important public.

Chers amis de la Côte d'Ivoire, chers compatriotes,

Dix huit mois après la signature des accords de Linas Marcoussis, alors que les ivoiriens attendent toujours de leur classe politique un engagement ferme et résolu pour la réconciliation nationale, les événements (attaques armées) des 20 et 21 juin nous ramènent à une triste réalité : celle des coups de force et des intrigues orchestrées par les ennemis de la paix. Ces tentatives ont heureusement été mises en échec. Une fois encore, elles ne mèneront à rien d'autre que la honte et le déshonneur de ceux qui les accomplissent et de ceux qui les soutiennent. Elles ne feront, j'en suis certain, que renforcer notre cohésion et notre détermination à lutter pour qu'une vraie démocratie reposant sur l'égalité des droits puisse triompher dans notre pays.

Chers compatriotes,

Qu'il me soit permis de revenir sur le sens de l'engagement des Forces Nouvelles.

Le 19 septembre 2002, nous nous sommes insurgés contre les dérives qui depuis des années plongeaient notre pays dans l'exclusion et dans la haine : l'ethnicisation systématique de la vie politique, les discriminations fondées sur la qualité du sang des citoyens consacrées dans la constitution, les atteintes répétées et impunies à l'intégrité physique et morale d'une frange importante de la population, sans même évoquer les parodies d'élections où le régime en place se choisit les adversaires qu'il veut affronter, ont fini par précipiter la Côte d'Ivoire dans la guerre.

Aujourd'hui nous demeurons plus que jamais fidèles à ce combat. Nous croyons fermement que notre pays, comme tous les autres grands pays, a toujours tiré sa force dans sa capacité à rassembler et à construire ensemble. Rien ne lui apparaît plus inacceptable que l'ostracisme et la xénophobie, qui du reste le déshonore et l'affaibli depuis trop longtemps. Pour nous l'unité de la Côte d'Ivoire ne peut se construire sur l'exclusion d'une grande partie de ceux qui, par leur travail, leur attachement tant de fois démontré à la patrie, ont contribué à la rendre prospère et forte.

Notre pays est fort lorsqu'il reste uni au-delà des différences. C'est pour cela que nous devons offrir aux ivoiriens la perspective d'élections transparentes, ouvertes à tous où l'alternance politique doit être désormais vécue comme un moment normal, sain, enviable, parce que tous les ivoiriens sans distinction de race ni de religion seront en mesure de choisir leurs dirigeants, à intervalles réguliers. Nous pensons que notre pays aura franchi une étape importante le jour où celui qui aura perdu les élections pourra se dire : "j'ai perdu aujourd'hui, je tâche de gagner demain."

En octobre 2002, en dépit de notre supériorité militaire sur le terrain, nous avons accepté d'entamer un processus de négociations qui nous a conduit au cessez le feu puis aux accords de Marcoussis. L'engagement de l'ensemble des partis politiques ivoiriens à assurer l'égalité des droits politiques et la neutralité de la conduite des affaires du pays jusqu'aux élections était porteur d'espoir pour toute la Côte d'Ivoire. Tout en gardant une totale vigilance sur le plan militaire, nous avons accepté de renoncer à demander le départ de M. Laurent Gbagbo du pouvoir ainsi que la dévolution des ministères de la défense et de la sécurité aux Forces Nouvelles. Ces renoncements étaient lourds ; ils étaient justifiés par l'importance de la réussite du processus de paix pour tous les ivoiriens.

Cela n'a visiblement pas suffit, bien au contraire. A l'opposé de la lettre et de l'esprit de Marcoussis, le clan présidentiel s'est appuyé sur nos concessions pour renforcer ses capacités militaires en vue de la reprise des hostilités et pour multiplier les tentatives de passage en force. Les accords qu'il a signés semblent n'avoir été que des artifices pour lui permettre de gagner du temps.

Très tôt, nous avons compris que la guerre n'avait pas cessé d'être l'unique option stratégique de ce régime minoritaire : son soutien à des milices tribales, entraînées militairement, à se substituer voire à combattre demain l'armée régulière,

en est la manifestation évidente. La violente répression de la marche du 25 mars dernier en est la démonstration tragique.

Conscient que le pays risquait à nouveau de courir à la catastrophe, nous n'avons cessé d'interpeller la communauté internationale et de multiplier les mises en garde, sans être écoutés. Tout porte à croire que les attaques du 20 juin ne sont que la continuation logique de ce processus belliciste. Hélas, là encore nos avertissements sont demeurés lettre morte.

Le 21 mai 2004, nous avions en effet prévenu la communauté internationale en ces termes : "Ces jours ci, nous notons des velléités de reprise des hostilités du côté du clan présidentiel. Les positions avancées et les lignes de front ont été renforcées. Les armements majeurs ont été redéployés. Des infiltrations dans nos zones à des fins de subversion ont été opérées. Tout semble indiquer que le clan présidentiel a planifié de façon concrète des attaques sanglantes aux frontières et à l'intérieur de nos zones. Les interpellations de certains infiltrés nous permettent d'établir avec exactitude l'imminence d'une attaque. En collusion avec le Chef d'Etat d'un pays voisin qui d'ailleurs au début du conflit lui avait apporté un soutien logistique (munitions et armes de guerre), le clan présidentiel s'apprête à nouveau à faire transiter ses troupes par ledit pays en vue d'attaquer nos positions de l'Ouest et du Nord-ouest, notamment les villes Danané, Man, Touba et Odienné. Des complicités internes existent que nous avons heureusement démasquées." Ce discours d'avertissement n'a pas été entendu.

La suite est connue : des attaques particulièrement meurtrières et sanglantes ont été commises à Ouangolodougou, Korhogo et Bouaké. Rentrant de mission j'ai été victime, avec mes collaborateurs, d'une attaque ciblée. D'autres assaillants, également bien organisés, s'en sont pris aux principales poudrières des zones placées sous la responsabilité des chefs Fofié Kouakou et Mobio afin de pouvoir rapidement neutraliser nos forces. Nous n'avons pas encore tiré tous les enseignements de ces événements douloureux. Mais dores et déjà apparaissent un certain nombre d'évidences :

1 - La synchronisation des attaques simultanées et l'armement déployé par les assaillants, indiquent l'importance des moyens financiers dont a bénéficié cette opération. L'étude des numéros de série relevés sur ces armes devrait révéler leur provenance exacte.

2 - La présence conjointe parmi les combattants faits prisonniers de ressortissants guinéens et libériens, d'éléments dissidents des Forces Nouvelles et d'éléments infiltrés depuis les zones sud démontre que cette opération n'a pu être entièrement préparée dans nos zones.

A ce stade des investigations et à l'analyse de ce qui précède, nous pouvons affirmer que de fortes et sérieuses présomptions pèsent sur les présidents Gbagbo et Lansana Conté de Guinée en collusion avec certains éléments issus de nos rang, qui ont mis leur énergie à attaquer leurs propres frères d'armes, au compte de l'ennemi commun. Dès lors, la rupture idéologique est consommée.

Ivoiriennes, Ivoiriens,

Je voudrais d'abord m'incliner devant la mémoire de toutes les victimes quelles qu'elles soient dont ceux qui se sont battues pour que la folie guerrière ne puisse pas s'emparer à nouveau de la Côte d'Ivoire. Je veux témoigner à leur famille toute notre compassion et au delà, la reconnaissance de tout un peuple.

Je voudrais également saluer la bravoure et la sagacité de nos vaillants combattants qui ont courageusement et avec intrépidité repousser les agresseurs puissamment armés et cela en moins de 24 heures. Par cette riposte, ils ont illustré à nouveau la détermination, l'efficacité et le professionnalisme de nos forces armées à assurer le maintien de la paix et de la sécurité. Notre force de frappe reste intacte.

En ce qui concerne le sort des prisonniers, j'ai donné instruction au chef d'état major des forces armées des forces nouvelles de les présenter aux organisations internationales et particulièrement à la Croix-Rouge, pour que des observateurs impartiaux vérifient qu'ils sont traités dignement dans le respect des conventions internationales.

Je m'associe au message de solidarité, de soutien et à l'appel au calme, déjà lancé par l'Etat Major et les commandants de zone. Ensembles offrons le pardon à ceux des nôtres qui nous ont trahi. Prenons de la hauteur.

Je rassure les braves populations, que des dispositions énergiques et fermes ont été prises pour les sécuriser. Nous poursuivrons résolument nos efforts dans la voie de la paix et nous leur recommandons à nouveau la sérénité et la confiance.

Je voudrais ici remercier tous ceux qui, par leurs prières et leurs bénédictions nous ont permis d'échapper à cette entreprise sinistre.

Le coup de force a échoué, mais notre pays reste dans l'impasse politique.

Malgré les tentatives de déstabilisation, les Forces Nouvelles conservent la conviction que l'application stricte et intégrale des accords de Linas Marcoussis reste le seul gage d'une sortie définitive de la crise.

Elles se déclarent prêtes, une fois encore, à prendre toute leur part à la construction de la paix. A ce titre, elles tiennent à saluer les initiatives sous régionales de médiation et réaffirment les deux objectifs qui sont prioritaires à leurs yeux pour rétablir la confiance et la sécurité :

Des mesures énergiques de renforcement et de garantie du cessez le feu

Une avancée rapide des réformes politiques réclamées par le G7 et prévues par les accords de paix.

C'est le lieu de dénoncer avec force les pratiques inacceptables de jeunes miliciens appelés " patriotes, qui n'ont pas hésité sous les yeux du conseil de sécurité de l'ONU à séquestrer le ministre d'Etat Issa Diakité, Commissaire du gouvernement à l'assemblée Nationale, dans l'exercice de ses fonctions aux motifs, qu'il refusait de cautionner le vote d'un projet de loi relatif à la commission électorale indépendante que le clan présidentiel avait vidé de toute sa substance.

Les Forces Nouvelles remercient enfin pour leur engagement les nations représentées au Conseil de Sécurité de l'ONU, qui devra se donner les moyens d'imposer les conditions d'élections démocratiques, transparentes et ouvertes à tous, seules capables de mettre un terme définitif à la guerre dans notre pays.

La paix est à ce prix

Je vous remercie

Vive la Côte d'Ivoire

Fait à Bouaké, le 25 juin 2004

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