Younes Hamidouche
29 Juin 2004
Imposée par les mutations que connaît le processus socio-politique en Algérie, l'adaptation de l'organisation du sport passe, en cette année 2004, à sa troisième grande phase. Après le «code de l'éducation physique et sportive» datant de 1976, plus vastement des «années fric», et le «système national de culture physique et sportive» de 1989, inscrit dans le cadre de la «démocratisation» impliquant -notamment depuis 1995- «l'autonomie» des fédérations, ligues et clubs sportifs, voici venue une nouvelle étape qui voit une loi en gestation, à travers un projet qui sera soumis cette semaine au débat parlementaire.
Cette voie vers une nouvelle vision du sport rappelle que le seul idéal olympique ne se suffit plus dans un monde dans lequel tout semble être repéré et régulé par l'économique. Cela est d'autant plus valable que le milieu ambiant et le contexte d'il y a plus d'un quart de siècle et les réalités économiques, idéologiques, sociales et culturelles de nos jours sont loin d'être similaires. Le constat étant fait, quelles issues se présentent devant le sport national et l'exigence de professionnalisation qui l'accompagne ? Car, il s'agit aujourd'hui de trouver les moyens, d'abord humains puis matériels et légaux, aptes à remplacer l'engagement, sur le plan du financement, des entreprises publiques et ouvrir ainsi des perspectives nouvelles et, surtout, fiables. Nécessairement, l'obligation de réussir des opérations primordiales dans la nouvelle organisation et gestion du sport brasse des axes nombreux et diversifiés comme le sponsoring, la concession, les droits de publicité et ceux de retransmission télévisuelle. Le tout devant mener à l'impératif de renforcement de l'autonomie évoqué par le texte du projet de loi en question et par son exposé des motifs. Ce dernier souligne, concernant l'aspect financier, la nécessité d'établir un «nouveau schéma» dans la «refonte globale» ambitionnée, touchant notamment le cadre législatif régissant le secteur du sport.
Bien que maintes fois évoquée ces dernières années, la professionnalisation du sport est restée un simple voeu avec de timides tentatives de concrétisation, partielle en sus, ayant quasiment toutes fini par échouer. L'exemple édifiant de la concession des stades peut le confirmer. Et le plus grand club de football du pays, la JSK en l'occurrence, demeure un cas précis puisque récemment son président, Mohand Cherif Hannachi, a publiquement indiqué que le club ne veut plus de la gestion de la vieille enceinte sportive du 1er Novembre. Et les illustrations du genre ne manquent point. Les retombées économiques des vitrines d'un pays, résumées dans le tourisme culturel, pourraient bien associer le fabuleux miroir qu'est le sport. Uniquement mode de loisir le sport ? Assurément, non ! L'enjeu économique prédomine à l'heure de l'économie de marché. Des milliers de personnes, aujourd'hui, vivent grâce et autour des disciplines sportives, le football en premier. En effet, il ne faut point réduire cet aspect économique aux seuls contrats juteux que signent les joueurs mais bien s'attarder sur les meilleurs moyens de parvenir au nivellement de l'éducation sportive avec ce qui se pratique de mieux dans les pays développés et rentabiliser, par là même, un segment de la vie économique, certes non apparent de façon claire mais qui, une fois sorti de cette phase de perfusion étatique et parapublique, conformera le sport, son sillage et son environnement, avec la réalité qui s'imposera d'elle-même dans les années à venir.
Lorsqu'on admet que la mondialisation et ses faits et effets imposent cette «refonte», il est utile d'ajouter que, facteur d'éducation générale à la citoyenneté, essentiellement comme le souligne le texte du ministère de la Jeunesse et des Sports, le sport sert également la santé physique et mentale de l'individu, ce qui, par extension, contribue pleinement à la cohésion sociale. Cela passe par la généralisation de la pratique sportive d'où peut, professionnalisme oblige, émerger un sport d'élite et de haut niveau capable de rehausser le prestige et redorer l'image du pays. Encore faudra-t-il savoir qu'entendre par professionnalisation et quelles conditions réunir pour sa concrétisation et sa réussite. Selon le texte du ministère, il est préconisé, en ce qui est lié aux statuts des fédérations, que soit surmonté le «dualisme juridique induisant les rapports entre les pouvoirs publics et le mouvement associatif sportif». Trois types de clubs sont, par ailleurs, prévus : amateurs, semi-professionnels et professionnels. Concernant le club professionnel, il peut l'être sous la forme soit d'Entreprise unipersonnelle sportive à responsabilité limitée, soit de Société sportive à responsabilité limitée ou alors de Société sportive par actions. Développer le sport afin de rendre plus visible sa création de valeurs ajoutées économiques, sociales est ainsi clairement visé. Il est vrai que, pour une population d'un peu plus de trois dizaines de millions d'habitants, le chiffre moyen des salaires que devrait induire le secteur sportif est d'environ, et c'est un minimum, cinquante mille postes d'emploi.
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